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Histoire de lire

 

HISTOIRE SOCIALE DES IDÉES AU QUÉBEC (1760-1896)



Par Yvan Lamonde

Fides, 2000

S'il est vrai que «les idées mènent le monde», il faut lire et approfondir l'étude plus que remarquable du professeur Yvan Lamonde publiée en l'an 2000 par la maison Fides. Ces 575 pages sont incontournables à qui veut connaître et comprendre le Québec d'aujourd'hui. C'est un texte fondamental et indispensable. Que dire de plus? Première synthèse d'histoire intellectuelle du Québec, cet ouvrage suit sur deux siècles une double trame: celle des grands courants d'idées qui ont marqué la société et celle du développement de ses institutions culturelles.

Depuis l'apparition de la flotte anglaise devant le Bic et dans les parages de l'Isle Verte en 1759 jusqu'aux vigoureux débats qui, à la fin du XIXe siècle, ont marqué les débats entourant le respect du dimanche, le professeur Lamonde scrute finement et sérieusement les idées sous-jacentes à tous ces événements qui ont marqué notre histoire. Aucune époque n'a été négligée, aucun grand moment de la vie de la société québécoise n'a été ignoré. Pour refaire nous-mêmes (quelle prétention!) le travail colossal effectué par Yvan Lamonde, il faudrait que nous commencions par relire tous les journaux et toutes les chroniques de l'époque.

L'auteur a analysé des dizaines et des dizaines de dossiers. Libéralisme, loyalisme, nationalisme, ultramontaniste... tout y passe, depuis le début du régime anglais jusqu'à la fin des années 1800. C'est toute la dimension culturelle de notre société qu'on découvre dans cette étude indispensable à notre propre connaissance. En parcourant les 60 pages de notes et références, les mordus de l'histoire ne pourront que se réjouir. Mais ils se réjouiront encore davantage quand ils auront terminé la lecture - ou l'étude devrait-on plutôt dire - de cette merveilleuse synthèse de l'histoire sociale du Québec.

Au sortir de cette lecture envoûtante, vous comprendrez sans doute encore mieux qu'auparavant de nombreux pans de notre histoire comme le rôle des notables dans les Fabriques, la grande répression de 1837, l'affaire Guibord ou la position des évêques devant le projet de Confédération. Lecture indispensable. Merci au professeur Lamonde pour cet outil qui nous manquait et qui demeurera. Merci aussi à Fides.

EMPIRES ET MÉTISSAGES
(Indiens et Français dans le Pays d'en Haut (1660-1715))

Par Gilles Havard
Septentrion & Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2003

On doit déjà à Gilles Havard La Grande Paix de Montréal de 1701 - Les voies de la diplomatie franco-amérindienne (Montréal, Recherches amérindiennes au Québec, 1992). À leur tour les Éditions du Septentrion nous offrent, du même historien, Empire et métissages - Indiens et Français dans le Pays d'en Haut (1660-1715). L'auteur y analyse en profondeur les conséquences de la rencontre des Indiens et des Français dans cet immense territoire qui s'étend des rives des Grands Lacs au Mississippi, à l'époque où la Nouvelle-France sort de son confinement dans la vallée du Saint-Laurent pour pénétrer loin à l'intérieur du continent nord-américain.

De multiples formes d'échanges et d'acculturation vont se développer entre les deux peuples. Gilles Havard en étudie la genèse et l'évolution tout comme il se penche sur l'émergence de cet espace au fur et à mesure que se créent et se développent une multitude de formes de métissage et d'interdépendance, découlant des contacts entre Indiens et Français. L'auteur fait appel à l'histoire, à la géographie, à la sociologie et à l'anthropologie pour comprendre la nature des nouvelles relations entre ces deux peuples. Conscient de l'apparition d'un double mécanisme de colonisation et de conquête, il se penche sur ce phénomène qui englobe simultanément l'indianisation des Blancs français et l'immixtion des Indiens dans un nouvel espace culturel.

Avec ce nouvel instrument de connaissance que nous donne Gilles Havard nous arriverons à découvrir et mieux comprendre les fondements de cet espace vaste comme un demi-continent dont le missionnaire récollet Hennepin disait qu'il allait «former le plus grand Empire du monde». C'est aussi de ce Pays d'en Haut que Lahontan disait qu'il était «le bout du monde». Grâce à Gilles Havard, nous, nous en savons plus que Hennepin et Lahontan.

 

LA RÉVOLUTION QUÉBÉCOISE
(Hubert Aquin et Gaston Miron au tournant des anneés soixante)



Par Jean-Christian Pleau

Fides, 2002

Les Éditions Fides poursuivent leur tradition et nous permettent de jumeler histoire et littérature. Qui oserait prétendre qu'à leur façon Hubert Aquin et Gaston Miron nons pas été de perspicaces «historiens de l'avenir». Il serait gênant de parler de prophètes, mais ils ont quand même indiqué la voie. Universitaire reconnu, l'auteur qui détient un doctorat en littérature française de la renommée université Yale, s'adonne avec intelligence et objectivité à une relecture plus que nécessaire à la «Révolution tranquille». Il parle plutôt de «Révolution québécoise». Il nous fait comprendre - enfin - qu'une vraie révolution, sans appeler à la violence sous quelque forme que ce soit, ne peut pas être «tranquille».

Depuis la «Grande noirceur», gouvernements et institutions ont contribué à modifier le destin du Québec, avec plus ou moins de succès selon les années et les auteurs des actions entreprises. Mais parallèlement - et dans bien des cas antérieurement - aux interventions et décisions politiques des hommes de pouvoir, une nuée de poètes et d'écrivains ont «préparé» le terrain et les esprits». C'est à deux grandes figures de cette époque que l'auteur s'intéresse. Il nous donne rendez-vous avec Hubert Aquin et Gaston Miron. Ces deux hommes étaient plus que des militants ou des écrivains. Ils ont été des éveilleurs de conscience. C'est presque avec ravissement que nous pouvons mieux connaître le rôle joué par ces deux écrivains dans la prise de conscience politique des années soixante.

En se livrant à une utile approche historique de la pensée politique de ces deux écrivains, Jean-Christian Pleau nous permet d'élargir nos horizons et d'élargir surtout l'éventail des critères d'interprétation de notre histoire. La perception du Québec d'alors par Aquin et Miron et leur interprétation, grâce à l'analyse qu'en fait l'auteur, nous donnent l'occasion de voir et de comprendre «autrement» ce «vrai pays» qui reste à faire. Qu'on ne s'y méprenne pas, ce document en est bel et bien un d'analyse historique. On ne s'y livre pas à une fastidieuse critique littéraire, on y parle d'histoire, on y découvre même une autre façon d'en parler.

PATRIMOINES MÉTISSÉS
(Contextes coloniaux et postcoloniaux)



Par Laurier Turgeon

Maison des Sciences de l'homme (Paris) et
Les Presses de l'Université Laval, 2003

Professeur d'ethnologie et d'histoire à l'Université Laval, Laurier Turgeon propose ici une nouvelle approche de la notion de patrimoine, en mettant l'accent sur le mouvement, les mutations et les mélanges dans des zones de contact entre les peuples. Habituellement centrée sur l'idée de pérennité et d'identité enracinée dans les temps passés, l'auteur revient sur cette notion de patrimoine en nous proposant l'étude de cinq objets traditionnellement sensibles à la «patrimonialisation», qui sont: l'archive, l'objet matériel, le sol, le paysage et la cuisine. Il nous montre comment le patrimoine peut se construire et se transformer dans des espaces de contact et devenir un patrimoine métissé.

Par exemple, il reconstitue les chemins croisés «du chaudron et du cuivre», moyens privilégiés d'échange et de communication entre Français et Amérindiens en Amérique du Nord. Il s'attarde sur le sol de l'Île aux Basques, lieu d'escale et d'occupation ethnique, site de contact entre Basques et Amérindiens. Il ne manque pas de piquer notre curiosité, tout particulièrement dans le chapitre qui traite du paysage et s'intitule «construire une ethnoscopie basque au Québec». La MRC des Basques lui offre le moyen d'étudier la construction d'un patrimoine particulier: le paysage est saturé de signes qui renvoient à une lointaine ethnicité basque malgré l'absence totale de patronymes basques, ces patronymes étant plutôt d'origine bretonne ou normande.

Chacun des chapitres s'accompagne d'une abondante et fort sérieuse bibliographie. C'est un ouvrage incontournable sur la notion de patrimoine qui se construit, s'invente et se vit dans la mouvance du mouvement de mondialisation.

ÉCRITS SUR LE CANADA FRANÇAIS
(Mémoires - Journal - Lettres)



Par Louis-Antoine de Bougainville
Septentrion, 2003

Les Éditions du Septentrion ont eu l'heureuse idée - fort bénéfique - de reprendre les Mémoires de Bougainville ainsi que son Journal de l'expédition de l'Amérique, à partir des textes publiés dans le Rapport de l'archiviste de la province de Québec pour 1923-1924. Les encyclopédies disent de Louis-Antoine de Bougainville qu'il est né à Paris en 1729 et qu'«il servit sous les ordres de Montcalm au Canada, où il participa vaillamment à la lutte contre les Anglais avant d'être chargé, en 1757, d'organiser la capitulation des forces françaises». Dommage que les rédacteurs de l'encyclopédie Yahoo n'aient pas eu le document du Septentrion à leur disposition, cela leur aurait évité d'écrire des inepties. Loin d'avoir négocié la reddition de Montcalm plus de deux ans avant la moment fatidique, il nous apprend lui-même, dans ses Écrits, que son retour à Québec le 12 mai 1759 avait laissé présager la venue de renforts... ranimant du même coup «le coeur de tout un peuple». Les mois suivants firent cependat bon marché de cette joie.

Vivant dans l'entourage immédiat de Montcalm à titre d'aide de camp, Bougainville savait tout, voyait tout et surtout comprenait tout. Il défrichait quotidiennement l'hostilité régnant entre Montcalm et Vaudreuil, et sa clairvoyance lui avait surtout permis de saisir le rôle et l'influence des Indiens. Il avait surtout compris l'importance des alliances franco-indiennes. Les jugements qu'il porte sur les Canadiens et les Sauvages sont d'un immense intérêt. Et pourtant ce brillant militaire n'avait que 27 ans lors de son arrivée en Amérique.

C'est lui qui pendant l'hiver de 1759-1760 prit la tête des opérations de harcèlement contre la garnison anglaise de Québec. Fait prisonnier par les Anglais, il put quand même rentrer en France. Quelques mois plus tard, il songeait à créer avec l'aide de réfugiés canadiens, une nouvelle colonie qui aurait pu compenser, croyait-il, la perte de la Nouvelle-France. Son amour de la Nouvelle-France et de son pays allait même jusqu'à l'utopie. D'où l'utilité évidente de ses Écrits sur le Canada et de son Journal pour comprendre ce grand tournant de notre histoire que furent les années 1759-1760.

LES «CANADIENS» DE L'EXPÉDITION LEWIS ET CLARK
(La traversée d'un continent)



Par Michel Chaloult

Septentrion, 2003


Vingt-cinq ans après l'étude du géographe Benoît Brouillette consacrée à La pénétration du continent nord-américain par les Canadiens français de 1763 à 1846, Michel Chaloult part à son tour sur les traces des «Canadiens» qui accompagnaient Lewis et Clark dans leur traversée du continent. C'est avec un intérêt soutenu que nous les suivons depuis leur départ du camp de la rivière Dubois, sur les rives du Mississippi, en mai 1804, jusqu'en novembre 1805, alors qu'ils débouchèrent sur le Pacifique. Revivre la découverte d'un continent est toujours un moment passionnant. C'est ce que nous permet de faire avec intelligence l'ouvrage de Michel Chaloult. Son récit vient s'ajouter fort heureusement à ce que nous avait appris Denis Vaugeois, en 2002, à propos de l'expédition de Lewis et Clark et de la naissance d'une nouvelle puissance, avec son America.

D'ailleurs, l'historien Vaugeois décrit en quatre lignes le contenu du livre en même temps qu'il en reconnaît la qualité et l'intérêt... «À tous égards, un voyage sur les traces de Lewis et Clark est certes un des plus beaux et des plus instructifs qu'on puisse effectuer. La nature est sublime et l'histoire d'une extrême richesse. C'est celle des Indiens et des pionniers de l'ouest des États-Unis, dont quelques milliers de Canadiens français».

Comme il est dit... «Pour un Québécois, suivre la piste de Lewis et Clark, c'est aussi prendre conscience de son américanité et de la profondeur de ses racines sur le continent». Cette américanité, elle est active en ce sens que les Canadiens français ont été des découvreurs et des bâtisseurs. Une partie de cette américanité déborde les frontières tracées sur les cartes. Elle s'inscrit plutôt en chacun de nous. Un grand nombre de cartes, de références et d'encadrés ajoutent à l'intérêt du récit et font de ce document un objet de connaissance et de fierté.

QUAND LA JEUNESSE ENTRE EN SCÈNE
(L'Action catholique avant la Révolution tranquille)



Par Louise Bienvenue
Boréal, 2003.

Professeure au département d'histoire et de sciences politiques de l'Université de Sherbrooke, l'auteure nous aide à connaître une «certaine jeunesse», celle qui oeuvrait au sein ou autour des divers mouvements d'Action catholique avant la Révolution tranquille. Elle pose une question et nous aide à en trouver la réponse: «Qu'y a-t-il de commun entre les jeunes militants catholiques d'hier et les jeunes activistes anti-mondialisation d'aujourd'hui»? Nombreux ceux qui se sont jadis trouvés enrôlés au sein de la JOC, de la JEC, de la JAC ou de la JIC. Est-il nécessaire d'écrire ces sigles au long? Pas pour ceux d'un certain âge, mais allez-donc demander aux grands adolescents d'aujourd'hui ce qu'ils savent de la JEC? Vous seriez surpris de leur réponse. Peut-être aurait-on doit aux «Journées écologiques canadiennes»!

En confrontant ou en comparant la jeunesse d'hier et celle d'aujourd'hui, l'auteure se demande si la jeunesse du Québec a une histoire? Pour trouver la vraie réponse, il faudrait d'abord commencer par s'entendre sur une définition de la jeunesse, ce qui n'est pas facile à faire. La preuve, c'est qu'elle s'interroge sur l'existence de cette jeunesse au sens sociologique du terme. Rares en effet sont les sociétés qui en ont fait une classe d'âge ou même un groupe de citoyens distinct, avec sa propre personnalité, ses besoins et sa contribution à la collectivité. La jeunesse n'existerait-elle que dans la mesure ou les adultes veulent bien la considérer, voire même la respecter. Notre société, dans son attitude envers les jeunes, oublie souvent que si les jeunes ont des devoirs, ils ont aussi des droits. Dans son introduction, l'auteure rappelle que, remontant plus avant dans le siècle, plusieurs historiens s'accordent pour considérer l'entre-deux-guerres comme un moment fort d'émergence d'une conscience «jeune» éveillée et autonome.

Pour mieux saisir cette jeunesse et sa place tant dans la société que dans l'histoire, Mme Bienvenue a choisi de concentrer sa réflexion sur une «certaine jeunesse», celle faisant partie des mouvements de jeunesse d'Action catholique spécialisée, implantés au cours de la décennie de la Grande Crise au Québec. Dans cet ouvrage de 300 pages. C'est cette jeunesse, celle qui a vécu, grandi, étudié et travaillé entre 1930 et 1960 que nous fait connaître et comprendre cet ouvrage honnête et lumineux de près de 300 pages. Nous aurions cependant bien aimé qu'on évoque au passage les relations de cette jeunesse avec la hiérarchie religieuse tout comme il n'était peut-être pas nécessaire de nous rappeler que certaines élites de cette jeunesse sont devenus... ministres fédéraux!

 

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