Laure Gaudreault (1889-1975)
pionnière du syndicalisme enseignant
PAR SERGE
GAUTHIER, historien et ethnologue
Président de la Société d'histoire de Charlevoix
| L’école
de rang d’autrefois n’était pas nécessairement
un lieu pittoresque pour les institutrices rurales. C’est
ce « bon vieux temps-là » que la syndicaliste
Laure Gaudreault s’est efforcée de changer en obtenant
l’accès au syndicalisme pour ces enseignantes.
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L’école de rang du XIXe et de
la première moitié du XXe siècle au Québec
évoque des images pittoresques. Les anciens élèves
se souviennent le plus souvent du charme désuet de la
petite école surplombée de sa cloche où
habitait une maîtresse d’école parfois sévère,
parfois gentille mais dont on se rappelle avec nostalgie. Les
autres qui n’ont pas vécu cette époque connaissent
l’école de rang grâce aux images véhiculées
par le roman d’Arlette Cousture « Les
filles de Caleb » et aussi par la série
télévisée qui s’en est inspirée.
L’école de rang c’était en quelque
sorte le « bon vieux temps ». Pourtant cette époque
révolue cache d’autre part une réalité
moins édifiante. L’école de rang c’est
le temps de la grande noirceur. Un temps où les institutrices
rurales peinaient dans des classes surpeuplées pour un
pauvre salaire annuel de 150 $ au début du XXe siècle!
C’était une vie faite de renoncements et d’isolement.
C’est ce « bon vieux temps-là » que
Laure Gaudreault s’efforça de changer.
Laure Gaudreault est née à La Malbaie le 25 octobre
1889 dans un rang de la paroisse connu sous le nom de Snigoll
( déformation du mot anglais Seagull ou goéland
qui étaient très présents sur ce territoire)
aujourd’hui rattaché à la municipalité
de Clermont. Comme il n’y a pas d’école de
rang dans le secteur où elle habite, la petite Laure
Gaudreault étudie sous la direction de sa mère
Marguerite Bergeron-Gaudreault qui possédait une bonne
formation. Ce n’est qu’à l’âge
de treize ans que Laure Gaudreault connaît la vie scolaire.
Elle devient alors pensionnaire au Couvent des Soeurs de la
Charité à La Malbaie. Laure Gaudreault est une
brillante élève. Elle obtient notamment le prix
Prince de Galles -alors une des plus hautes décorations
à être décernées dans les institutions
d’enseignement du Québec- de même que la
Médaille d’or d’enseignement pratique alors
qu’elle étudie à l’École Normale
Laval de Québec. À l’âge de seize
ans, elle devient institutrice à l’école
numéro 1 de la paroisse des Éboulements. Son salaire
annuel est de 125 $. Par la suite, elle enseigne à Clermont,
sa paroisse d’origine. En 1920, Laure Gaudreault quitte
sa région natale de Charlevoix pour se rendre enseigner
à Saint-Coeur-de-Marie au Lac-Saint-Jean. Son salaire
annuel passe alors à 300 $ par an.
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Rapidement lassée
par les dures conditions faites aux institutrices rurales, Laure
Gaudreault quitte l’enseignement et travaille alors comme
journalisme écrit à l’emploi du journal Le
Progrès du Saguenay. Elle rédige deux chroniques
sous la rubrique « Le Coin des enfants » et «
Au foyer ». Plusieurs de ses articles sont signés
sous le pseudonyme « Cousine Laure » et s’adressent
aux institutrices rurales. Laure Gaudreault revient toutefois
dans Charlevoix en 1932 et elle reprend l’enseignement à
l’école de Rivière-Mailloux à La Malbaie.
Au total, elle a été journaliste professionnelle
durant dix ans. |
À partir de 1936, Laure Gaudreault se donne pour objectif
de réunir les institutrices rurales afin de tenter
de rendre plus acceptables leurs conditions de travail. Le
2 novembre 1936 lors d’une réunion tenue à
La Malbaie, elle fonde avec d’autres institutrices l’Association
Catholique des Institutrices rurales du district d’inspection
primaire de La Malbaie (A.C.I.R.) dont elle est élue
secrétaire. Cette association se donne notamment comme
objectif d’obtenir un salaire minimum de 300 $ par année
et d’abaisser à 20 ans le nombre d’années
de service pour obtenir une pension de retraite. Le projet
est ambitieux.
Rapidement l’association créée à
La Malbaie n’est plus seule. Dès juillet 1937,
un premier Congrès de la Fédération des
Institutrices Rurales (F.C.I.R.) se tient à La Malbaie.
Cette Fédération naissante regroupe déjà
à ce moment 13 associations en provenance de 30 comtés
du Québec. Laure Gaudreault devient alors la première
syndicaliste laïque rémunérée au
Québec et elle obtient un salaire de 450 $ par année.
Le travail syndical de Laure Gaudreault parvient à
faire avancer grandement la cause des institutrices québécoises.
Laure Gaudreault mène des luttes difficiles et le gouvernement
provincial dirigé par le premier ministre Maurice Duplessis
ne lui rend pas la partie facile. Toutefois, la bouillante
syndicaliste ne s’en laisse pas imposer. Elle déclare
elle-même : « lorsque les
négociations étaient plus ardues et que Duplessis
frappait un poing sur la table, moi je frappais les deux!
». Les résultats sont étonnants:
en 1942, la F.C.I.R. obtient le salaire annuel de 300 $ par
année pour les institutrices rurales; en 1958, le congédiement
obligatoire des institutrices par les commissions scolaires
à la fin de l’année est aboli; en 1959,
le salaire minimum légal des enseignants et enseignantes
fait un bond prodigieux de 600 $ par an à 1 500 $ par
an! Peu de chefs syndicaux peuvent se vanter d’avoir
obtenu une telle augmentation pour leurs membres lors de la
négociation d’une convention collective! Mais
en fait il s’agit d’un juste rattrapage qui aurait
peut-être encore tardé sans la détermination
de Laure Gaudreault.
Durant les années 1960, Laure Gaudreault prend sa retraite
de l’action syndicale. La « Révolution
tranquille » amène des changements importants
dans le monde syndical et la syndicaliste est parfois un peu
étonnée de cette rapide évolution. Elle
consacre les dernières années de sa vie à
la cause des enseignants retraités. Laure Gaudreault
voit à la fondation de l’Association des retraités
de l’Enseignement du Québec (A.R.E.Q.) en 1961.
Elle s’occupe de cette oeuvre jusqu’en 1974, soit
à peine quelques mois avant sa mort survenue le 22
janvier 1975. Laure Gaudreault est alors âgée
de 85 ans.
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Le
travail de Laure Gaudreault a favorisé la naissance du
syndicalisme enseignant au Québec. L’histoire la
consacre à juste titre comme la fondatrice de la Centrale
des syndicats du Québec (CSQ) autrefois la Centrale des
enseignants et enseignantes du Québec (CEQ). Laure Gaudreault
a permis, grâce aux luttes qu’elle a menées,
l’amélioration de la condition des enseignants
et enseignantes du Québec. Laure Gaudreault a été
reconnue par les siens en recevant le titre Grande de Charlevoix
(à titre posthume) en 1989. La réalisatrice Yolande
Cadrin-Rossignol a consacré un film à la vie de
Laure Gaudreault en 1983. Ce film a été présenté
sur les ondes de Télé-Québec à plusieurs
reprises. Laure Gaudreault disait: « c’était
pas le bon vieux temps, on s’est arraché le coeur
à le changer. ». Il faut reconnaître
que son travail en plus de favoriser la reconnaissance de la
profession des enseignants et enseignantes a aussi donné
à l’ensemble des Québécois et Québécoises
des écoles mieux organisées fort éloignées
des écoles de rang d’hier peut-être pittoresques
mais qui étaient loin d’offrir le cadre d’éducation
plus adéquat offert aux écoliers québécois
d’aujourd’hui. |
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Bibliographie sommaire
Revue d’histoire de Charlevoix
(Laure Gaudreault, pionnière du syndicalisme), 39, Avril
2002, 20 pages.
Giroux, Michel. Les souvenirs
de Laure Gaudreault. Une chronique du journal l’Enseignement,
1966-1967. Québec, Centrale de l’enseignement du
Québec, 1996. 85 p.
Le film réalisé par Yolande Cadrin-Rossignol s’intitule
« Rencontre avec une femme
remarquable: Laure Gaudreault
». production des Film du Cénatos. Durée:
89 minutes. 1983. Il est possible d’obtenir des copies
de ce film sur vidéo à l’adresse de la CSQ
à Québec ( 320, rue Saint-Joseph Est, bureau 100,
Québec, G1K 9E7)
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