Mais quel est donc cette maladie? Sa source est-elle
vraiment en provenance du secteur de Baie-Saint-Paul? Quels en étaient
les symptômes? Combien de personnes ont été atteintes?
Autant de questions auxquelles nous pouvons désormais apporter
des réponses grâce au travail de l’historien Rénald
Lessard. En fait, le mal de Baie-Saint-Paul était certes une
maladie plutôt horrible, sans toutefois que son caractère
épidémique soit si grand que la rumeur populaire l’a
souvent laissé croire.
Tentons d’abord d’éclaircir la source de cette
affreuse maladie. Le Mal de la Baie-Saint-Paul serait une forme de
syphilis nommée « mal écossais » ou «
sibbens ». Cela veut-il dire que cette maladie a été
apportée par des marins écossais suite à la Conquête?
Peut-être bien...mais pas nécessairement puisque le mal
de la Baie-Saint-Paul se transmet surtout à cause des mauvaises
conditions d’hygiène de l’époque. Il n’en
demeure pas moins que le mal possède des caractéristiques
fort impressionnantes qui rendent très inquiétantes
sa rapide propagation dans la colonie.
Les symptômes du mal de la Baie-Saint-Paul sont presque repoussants.
La maladie se manifeste par « des petits ulcères sur
les lèvres, la langue, l’intérieur de la bouche
et les parties secrètes ». Les ulcères contiennent
une matière blanchâtre purulente qui peut communiquer
l’infection. La maladie peut être mortelle, même
si quelques personnes atteintes parviennent quelquefois à en
guérir. Les effets progressent rapidement: Pourrissement du
nez, du palais, des gencives, des dents et des bosses sur le crâne,
les os, les doigts. Le malade qui en meurt subit d’intenses
douleurs avant de rendre l’âme.
Le mal de la Baie-Saint-Paul affecte plusieurs localités de
la colonie. Les cas sont cependant très nombreux dans la région
de Charlevoix. À Baie-Saint-Paul, 295 cas sont dénombrés
et 30,5 % des 966 habitants sont atteints par la maladie. À
Petite-Rivière, il y a 33 cas sur 185 habitants (17,8%). Aux
Éboulements 39 cas sont signalés sur 395 habitants (9,9%).
Il y a seulement neuf cas à La Malbaie sur 254 habitants (3,6%).
Ces chiffres sont cependant discutables. Le docteur James Bowman chargé
par les autorités de la Colonie de recenser les cas du mal
de la Baie-Saint-Paul a tendance à les multiplier car il est
payé par tête de personnes malades. Pour le docteur Bowman,
plus il y a de cas dénombrés et plus son salaire s’élève.
L’appât du gain l’a-t-il incité à
hausser le nombre des malades? La plupart des historiens affirment
ce fait. Il n’en reste pas moins que les cas sont nombreux dans
la région et surtout à Baie-Saint-Paul.
Faut-il croire que le mal origine de la Baie-Saint-Paul comme l’affirme
bien des légendes populaires. Ou encore de La Malbaie peuplé
par quelques écossais comme l’affirme un historien...
originaire de Baie-Saint-Paul. Rien de tout cela n’est mystérieux.
Cela ne se réfère pas non plus aux querelles de clocher.
Le mal de Baie-Saint-Paul a touché une grande partie de la
colonie entre 1782 et 1796 et pas seulement le territoire de Charlevoix.
Il n’y a rien qui permet d’affirmer qu’il possède
sa source précise à Baie-Saint-Paul ou ailleurs dans
la colonie. Toutefois, il est clair que Baie-Saint-Paul a été
une localité très touchée par cette maladie.
Il est probable qu’à cause de cela cette triste épidémie
ait pu être nommée « mal de la Baie-Saint-Paul
». Pour le reste, le mal est partie comme il est venu et sans
crier gare. Les cas sont devenus de moins en moins nombreux. Au début,
du XIXe siècle, il fait déjà partie des tristes
souvenirs. Le mal de la Baie-saint-Paul fait par la suite souvent
les frais de la chronique historique mais il n’est plus possible
aujourd’hui de retenir des légendes à son sujet
puisque le cas est désormais bien identifié sur le plan
médical.