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Histoire de lire

 

Dans la mesure du possible, dorénavant, nous consacrerons quelques pages additionnelles de chacune de nos parutions à la recension de quelques publications, récentes pour la plupart, dignes de mention. Qu'on ne cherche pas dans ces pages des critiques «négatives, bêtes et méchantes». Nous ne retiendrons que les volumes susceptibles de présenter un réel intérêt pour nos lecteurs. Grand merci aux maisons d'édition qui jugeront bon de nous alimenter. Mais l'espace étant restreint, on ne pourra parler de tout, tout comme il est possible que certaines publications de qualité nous échappent. Une attention particulière sera consacrée aux réalisations des sociétés membres. On trouvera d'ailleurs dans les pages du présent numéro deux articles puisés à même les trésors de la Société historique du Marigot et de la Société d'histoire et de généalogie de Rivière-du-Loup. C'est une façon de souligner l'excellence de ces travaux.

Gilles Boileau

Les voyageurs d'autrefois sur la Côte-du-Sud
Par Gaston Deschênes (Septentrion, 2001)




Excellent connaisseur de l'histoire de la région, président de la Fondation Héritage Côte-du-Sud, directeur des éditions du Septentrion, l'auteur nous livre à partir de récits, de cartes, de photographies et de croquis, un aperçu des conditions de voyage rencontrées sur la Côte-du-Sud depuis plus de trois siècles.

Cette région du bord du fleuve Saint-Laurent est une des premières colonisées au Québec, tout de suite après celle de Beauport en 1634. Lieu de passage très fréquenté par les missionnaires, les arpenteurs, les militaires, les immigrants, peuplée ensuite par des agriculteurs et visitée par des villégiateurs jusqu'au début du XXe siècle, cette région nous offre une grande variété de récits qui piquent la curiositéé du lecteur et lui donne envie de se rendre sur la Côte.

C'est d'ailleurs, semble-t-il, le but de l'auteur qui, depuis le premier récit du Père Le Jeune, en 1634, jusqu'aux témoignages des automobilistes du début du XXe siècle, nous brosse un tableau passionnant de cette région comme destination touristique. Ce livre est une véritable mine d'or pour ceux qui veulent mieux connaître l'histoire, à travers des villages anciens, des pamphlets publicitaires et des portraits anciens. Le lecteur passera en revue les anciennes concessions de Bellechasse, de l'Islet, de Kamouraska, y retrouvera des récits d'époque des arpenteurs, des pamphlétaires comme Arthur Buies, l'histoire des phares, des hôtels de Kamouraska au XIXe siècle, du grand Tronc, des îles aux Oies et aux Grues, des voyages en canot ou en bateau à vapeur, des témoignages de la vie en hiver, et même des textes de vieilles chansons.

Les documents présentés en appendice sont signés par des personnages aussi connus que Paul le Jeune, Gédéon de catalogne, Philippe Aubert de Gaspé, Joseph Bouchette et, bien sûr, Arthur Buies: en vérité, une merveilleuse anthologie. L'ouvrage de Gaston Deschênes restera d'une utilité incontestable à tous ceux qui s'intéressent à la Côte-du-Sud.

Le Témiscamingue, son histoire et ses habitants
Par Marc Riopel (Fides, 2002)

Chaque nouvel ouvrage consacré au Témiscamingue suscite toujours une grande curiosité en raison surtout du caractère particulier de la région, c'est-à-dire sa position sur la frange du territoire québécois, son éloignement des grands centres, la faiblesse et la jeunesse relative de son peuplement, et son mode de mise en valeur. Trop souvent associé à l'Abitibi, le Témiscamingue a longtemps été oublié et son histoire peu connue. Le pari que s'était fixé l'auteur au moment d'entreprendre la rédaction de cet ouvrage a été tenu: il nous fait découvrir une région dynamique avec son identité propre. Et ce qui donne encore plus de poids à cette vibrante histoire, c'est qu'elle est l'oeuvre d'un «historien», un vrai, et Témiscamien par surcroît.

Entre la découverte du mode de vie des Algonquins, les premiers occupants du territoire, et l'émergence des organismes de développement socio-économiques contemporains, le Témiscamingue a connu des moments de grande intensité que l'on revit avec un intérêt sans cesse renouvelé. En suivant de près, avec l'auteur, la conquête et l'organisation du territoire qui mèneront finalement à la création d'un milieu à l'image de ses occupants, on finit par comprendre en quoi le Témiscamingue diffère des autres régions du Québec. À ce «pays» différent correspond une histoire différente dont la découverte ne peut que nous enrichir - j'allais dire nous réjouir - mais surtout nous permettre de comprendre et d'admirer ces Québécois qui ont sans doute souventes fois l'impression d'être délaissés.

En terminant son ouvrage, Marc Riopel souhaite que ce livre soit «une modeste contribution à la préservation de la mémoire collective témiscamienne». Qu'il se rassure, l'objectif est atteint. Non seulement nous dévoile-t-il les grandes périodes par lesquelles est passée la région, mais il nous fait pénétrer dans la mentalité de ses habitants... les Algonquins, les missionnaires, les défricheurs, les mineurs, les gens des villes... Nous les connaissons tous un peu mieux maintenant et nous savons pourquoi le Témiscamingue est un «beau »pays.


La mémoire du paysage
(Histoire de la forme urbaine d'un centre-ville: Saint-Roch, Québec)
Par Lucie K. Morisset (Presses de l'Université Laval, 2001)

Retracer la mémoire du paysage de Saint-Roch a permis à l'auteur, grâce à l'histoire urbaine de ce quartier de Québec «d'explorer ce qui, à travers l'évolution de la forme de Saint-Roch, a fait la personnalité de ce lieu».

Il s'agit, comme le dit l'auteur, «d'une histoire de la forme urbaine de Saint-Roch, quartier de la basse-ville de Québec, berceau et coeur de la ville depuis longtemps». Le premier objet de l'étude est le paysage bâti du quartier, d'une part en plan, dessiné par le tracé des rues, la forme des îlots, le parcellaire, puis ensuite en volume par la silhouette des bâtiments et les éléments du mobilier urbain, mais aussi par la mémoire des perceptions et des représentations qui ont abouti à l'image actuelle du quartier.

L'auteur fait appel à ce qu'elle désigne comme les strates de la morphogénèse du quartier, en passant par les découvreurs, les premiers propriétaires, ce qu'elle appelle ensuite «le faubourg britannique» et le «faubourg des artisans».

À l'aide de plans, de cartes, de gravures, de relations de voyage, de recensements, de procès-verbaux, de rapports d'ingénieurs, de photographies et d'articles d'époque, c'est une histoire de l'évolution de Saint-Roch, fort bien documentée, qui suit le «court du temps».

L'auteur se défend d'avoir voulu livrer une étude exhaustive de l'histoire du quartier: «mon objectif était avant tout de retrouver la cause et la cohérence de la forme urbaine actuelle, et c'est d'ailleurs pourquoi, comme je l'ai exposé, je n'ai abordé les projets que dans la mesure où ceux-ci me paraissaient avoir transformé l'existant».

Le livre est à recommander fortement car il intéresse grandement tous ceux pour qui le quartier Saint-Roch est au centre de leurs préoccupations, étudiants, urbanistes, chercheur et même citoyens résidents.

Alimenté par beaucoup de gravures, de photographies en couleurs, une abondante bibliographie et de très nombreuses notes, c'est un ouvrage unique et une source inégalée de connaissance pour l'histoire urbaine de ce quartier. Et compte tenu du caractère historique et patrimonial du quartier, cet ouvrage peut intéresser chacun d'entre nous.


Les Instituts Nazareth et Louis-Braille (1861-2001)
Par Suzanne Commend (Septentrion, 2001)

L'auteur est historienne et aborde un sujet à peu près inexploré jusqu'ici. Cet ouvrage s'appuie sur une recherche fouillée, effectuée à partir de sources à la fois écrites et orales, notamment les archives des Soeurs Grises de Montréal, celles des Clercs de Saint-Viateur, des Sulpiciens, de l'Archevêché de Montréal et de l'Université de Montréal. On y retrace l'histoire de l'Institut Nazareth, de l'Institut Louis-Braille et enfin de leur réunion sous le nom d'Institut Nazareth et Louis-Braille.

Aujourd'hui, une personne aveugle peut s'instruire, travailler, devenir autonome et même s'intégrer dans la société. C'est l'histoire de ce cheminement qui nous est décrit. Cette idée révolutionnaire est née au XVIIIe siècle en France et a été amenée au Canada par un membre de la Compagnie de Saint-Sulpice qui a confié son projet aux Soeurs de la Charité de Montréal. L'auteur retrace les débuts des différents systèmes d'écriture en relief, du premier alphabet de Louis Braille, décrié à l'époque comme étant un code secret qui isolait les aveugles et les dotait d'un alphabet différent.

À travers l'histoire des réseaux de charité du XIXe siècle, nous faisons connaissance avec l'oeuvre de Benjamin-Victor Rousselot, p.s.s., qui fit construire à ses frais l'Asile Nazareth en 1861, d'abord considéré comme une institution d'assistance. En 1869, un premier local sera attribué à l'oeuvre pour aveugles. La musique va ensuite contribuer largement au rayonnement de l'Institut Nazareth. Louis Braille ayant également inventé une notation musicale, les religieuses font venir de Paris les premières partitions pour aveugles. Paul Letondal et Rosalie Euvrard seront les premiers musiciens professeurs pour aveugles et vont fonder l'École de Musique de l'Institut Nazareth.

Cette recherche, fort bien documentée, nous fait revivre aussi les débuts de l'enseignement de l'ophtalmologie au Québec avec le Dr Édouard Desjardins qui créera en 1873 la Chaire d'ophtalmologie à l'École de médecine et de chirurgie de Montréal. Nous pouvons suivre l'histoire des institutions pour aveugles, de la Fondation Mira des chiens-guides, et de l'expansion des services de réadaptation.

En un mot, un livre essentiel pour ceux et celles qui partagent avec l'auteur les mêmes préoccupations, soit l'accès à l'éducation et au travail pour les aveugles au moyen d'un matériel adapté et pour mieux comprendre des compatriotes qui n'ont jamais été gâtés par la société.


Les traités des Sept-Feux avec les Britanniques
Par Denys Delâge et Jean-Pierre Sawaya (Septentrion, 2001)

Depuis «Le pays renversé» publié aux Éditions du Boréal en 1991, il n'est plus nécessaire de présenter ce professeur de l'Université Laval. Quand ce sociologue et historien parle des Amérindiens, il n'y a qu'à l'écouter. Son enseignement apporte toujours une lumière bienfaisante sur les sujets qu'il traite. Avec Jean-Pierre Sawaya, le professeur Delâge présente dans cet ouvrage des textes et documents témoignant des relations entre les Britanniques et la fédération des Sept-Feux. Reconnaissons au départ que cette appellation des «Sept-Feux» en étonnera plus d'un. Et pourtant, les premières nations que l'on rassemble sous cette image ne sont en réalité que ces regroupements d'autochtones habitant, après la conquête de la Nouvelle-France, près des établissements des colons canadiens.

Ces Amérindiens dont il est question étaient catholiques et étaient «domiciliés» dans huit villages, échelonnés le long du Saint-Laurent essentiellement, d'Akwesasne à Wendake, passant par Odanak et Kahnawake. C'est en ce sens qu'on pouvait dire qu'ils «tenaient feux». S'il est évident que la Proclamation royale de 1763 constituait un engagement solennel de la part des Britanniques à l'endroit de la Confédération des Sept-Feux, bien d'autres traités aussi ont eu une profonde influence sur les communautés amérindiennes.

On ne peut bien comprendre la qualité, bonne ou mauvaise, des relations actuelles entre «enfants blancs» et «frères rouges» sans une bonne connaissance de tous ces traités auxquels ont été mêlées les Premières Nations. La découverte de ces traités, parfois consentis, parfois imposés, ainsi que l'invocation de leur caractère sacré pourrait-elle contribuer à une solution acceptable de certains problèmes que vit actuellement la société québécoise.

Tel qu'écrit en sous-titre, les «droits et pièges d'un héritage colonial au Québec» sont fort justement mis en pleine clarté par cet ouvrage qui pourrait avoir le mérite non seulement d'être un judicieux instrument de connaissance mais aussi devenir un instrument de réflexion dont plusieurs auraient besoin. À lire en priorité!


Histoire du Richelieu-Yamaska-Rive-Sud
Institut québécois de recherche sur la culture, 2001
Par un collectif d'historiens



Que de chemin parcouru depuis la publication de l'Histoire de la Gaspésie, en 1981. La mission confiée à l'Institut québécois de recherche sur la culture est en voie d'accomplissement. En ayant recours, en quatrième de couverture, à un texte tiré de la légendaire Description géographique du Bas-Canada de Joseph Bouchette (1815), les éditeurs veulent sans doute signifier, en quelque sorte, que leur réalisation entre elle aussi dans la légende et deviendra un incontournable. Cela va de soi.

En deux siècles, ou presque, nos connaissances se sont approfondies, ont été multipliées, se sont diversifiées et nombre de publications sont apparues, toutes aussi diverses les unes que les autres. L'histoire régionale s'est développée à un rythme étourdissant. À des régions aux limites changeant avec les auteurs correspondaient souvent des perceptions différentes de l'histoire. Loin de nous l'idée de condamner l'originalité ou la diversité des «histoires régionales» mais il faut quand même se réjouir de la création, il y aura bientôt un quart de siècle, de cette collection dont l'utilité n'a d'égale que la qualité.

La collection Les régions du Québec est devenue la source de référence première que personne ne peut ni ne doit ignorer. Cette collection a été conçue avec le souci de permettre à chaque Québécois de retrouver sa région et de pouvoir s'y identifier. En s'éloignant de la traditionnelle division du territoire en régions immenses, les concepteurs de la collection ont permis une connaissance plus profonde et plus juste de «nouvelles régions».

Consacrer tout un volume à la région dite Richelieu-Yamaska-Rive-Sud aurait été inconcevable il y a quelques décennies. Tout comme on ne pensait pas, du moins dans les ouvrages classiques, à reconnaître que la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent pouvaient avoir des visages et des histoires différents. C'est tout à l'honneur de l'IQRC d'avoir permis à chacun de se rapprocher de son «pays» et surtout de mieux le connaître. Le ravissement n'en est que plus grand. On le dit dans l'introduction... La région historique, c'est d'abord la région d'appartenance. Cet ouvrage est dans la lignée des précédents: essentiel à la connaissance de notre histoire.


Juger et punir en Nouvelle-France
Par André Lachance (Libre Expression, 2000)

Cet auteur nous a toujours donné des ouvrages de qualité et d'un grand intérêt, en sachant miser sur des sujets sensibles et présentés avec vivacité. Ses récentes Chroniques de la vie quotidienne au XVIIIe siècle ne déçoivent pas. C'est un monde inattendu que l'auteur nous révèle. À l'aide de quelques récits bien choisis et fort bien tournés, il nous dévoile un autre volet de la vie quotidienne en Nouvelle-France.

Les archives judiciaires canadiennes du Régime français ont été une source généreuse d'informations et de réflexions dont André Lachance a su tirer profit. En nous révélant la vie quotidienne cachée de gens de condition modeste, il nous aide à percevoir un peu mieux ce que devait être la vie de plusieurs de nos ancêtres, avec son cortège d'imprévus, d'ennuis, de conflits et de déceptions.

En plus d'histoires de sorciers, d'assassins, de faux?monnayeurs, d'enfants abandonnés ou de bourreaux, il y a surtout dans cet ouvrage la découverte de «cet espace social bien défini, celui des relations entre l'homme et la femme, le maître et la servante, l'habitant et son voisin, le père et la mère, les parents et leurs enfants». On imagine facilement ce que peuvent être ces histoires vraies tirées des archives judiciaires. Cela faisait partie de la vie de chaque jour dans les villages et les campagnes. C'était surtout le lot presque quotidien des ancêtres. Leurs problèmes devaient souvent ressembler aux nôtres. C'est peut-être bon de se le rappeler parfois. André Lachance nous y aide d'une façon fort agréable. Après tout, quelle famille n'a pas une histoire de procès à raconter.. ou dont elle n'ose pas parler...


Les ficelles du pouvoir
Par Georges Aubin (Éditions Varia, 2002)

Reconnu pour la qualité de ses recherches, Georges Aubin est un travailleur infatigable et un auteur consciencieux. Titulaire du prix Rodolphe-Fournier décerné par la Fédération des sociétés d'histoire du Québec en collaboration avec la Chambre des Notaires du Québec, M. Aubin se présente comme un «chercheur en histoire des Patriotes». Et c'est dans la foulée de ses vastes recherches qu'il nous propose cette étude où il examine la correspondance échangée entre Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin, entre 1840 à 1854. Cet ouvrage n'est pas sans nous rappeler La petite loterie de Stéphane Kelly auquel il vient ajouter encore plus de lumière.

Bien sûr, tous ceux qui mettent en doute la fidélité de La Fontaine aux Patriotes et à leur cause, seront ravis et bien servis à la lecture de cet ouvrage qui leur révélera quelques nouvelles facettes du visage de celui qui fut successivement l'ami et l'adversaire de Papineau. La Fontaine, c'est celui qui plus que tous les autres a pensé que le «gouvernement responsable» était peut-être la meilleure garantie contre le pouvoir de Colborne et de ses semblables.

Ceux qui s'intéressent à cette période de notre histoire seront donc fort heureux de pouvoir enfin prendre connaissance de cette riche correspondance entre les deux chefs politiques. Georges Aubin a comme grand objectif de «mettre à la disposition des francophones du Québec et du Canada un échange de propos à forte teneur politique - les «ficelles» du pouvoir - entre les deux piliers du premier gouvernement de l'Union canadienne. C'est une précieuse contribution à la connaissance de notre histoire et nous l'en remercions. Poursuivant inlassablement ses recherches, l'auteur nous annonce une suite à cette publication. Tant mieux car les publications qu'il nous offre sont toujours un précieux apport à la connaissance de notre destin.

 

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