Cette entreprise est achetée,
en 1852, par la Compagnie du Grand Tronc. La ligne est rattachée
à Portland, au Maine, sur l'initiative de I'Américain
John A. Poor: on l'inaugure à Portland le 18 juillet 1853.
La compagnie du Grand Tronc développe d'importantes installations
au port de Portland, dont deux élévateurs de grains.
La compagnie établit également une liaison avec
le réseau de la Boston & Maine
Railroad qui relie Portland à Boston.
À Longueuil, I'activité
ferroviaire est considérable pour l'époque; la compagnie
emploie environ 300 personnes à son terminus sur le bord
du Saint-Laurent, près de l'actuelle Place Longueuil. Il
y a là plusieurs installations: des ateliers de reparations,
une fonderie, un atelier de peinture, une petite école,
une gare d'été sur le bord du quai et une d'hiver
plus près de la route, des entrepôts, un petit poste
de pompiers et les fameuses maisons de style néo-classique
dites Brick Row, rue Victoria. Quatre
de ces cinq maisons existent encore aujourd'hui.
Le tracé de cette ligne,
dans Longueuil, commence à une jonction située sur
le lot 114, qui fait face au chemin de Chambly, à l'extrémité
sud de la municipalité de la paroisse de Saint-Antoine
de Longueuil, aux limites de la Ville de Saint-Hubert: la voie
ferrée emprunte ensuite un trajet qui descend légèrement
à l'ouest de la rue de Lyon, puis emprunte l'équivalent
à la rue Châteauguay jusqu'à son terminus.
Cette ligne de chemin de fer est abandonnée lors de l'inauguration
du pont Victoria, en 1860. Le Grand Tronc déménage
alors à Pointe-Saint-Charles.
De 1873 à 1887,
la compagnie Montreal, Portland et Boston,
installe son terminus à Longueuil, d'où les gens
prennent le traversier pour se rendre à Montréal.
Cette ligne, baptisée Sud-Est,
aboutit à la partie ouest du quai de la rue Quinn. La compagnie
est abolie en 1887, lors de l'ouverture du pont de Lachine et
d'une restructuration des lignes de chemins de fer dans le Maine
alors que la Boston & Maine
achète la ligne Portland,
Saco and Portsmouth Railroad.
La ligne Montréal-Sorel est inauguréc en 1882 et
emprunte, pendant de nombreuses années, l'emplacement actuel
de la longue piste cyclable, nommée le Parc linéaire,
qui longe le boulevard Desaulniers. Cette voie relie Longueuil
à Montréal huit fois par jour au cours des années
1920. Le Canadien National décide de l'abandonner en en
1968. La gare de Longueuil, construite en 1889, est située
entre les rues Grant et Caroline, au sud de la rue Guillaume.
Elle devient la propriété du CN 1923. Une autre
gare, près du boulevard Quinn, est construite en même
temps, mais son utilisation est de courte durée. À
Boucherville, une gare est construite en 1886 pour accommoder
les voyageurs désireux d'utiliser cette ligne de transport
vers Montréal.
Un chemin de fer sur la glace
du Saint-Laurent est aussi mis en service de 1880 à 1883.
L'inauguration a lieu le 30 janvier 1880: la ligne relie Longueuil
au quai Hochelaga près de la rue Iberville. Cette entreprise
périlleuse, fondée par Louis-Adélard Sénécal,
suscite l'admiration de plusieurs reporters. Il fallait en effet
enlever les rails rapidement, au printemps, avant que la glace
fonde. Les incidents furent inévitables et, au début
du mois de janvier 1881, une locomotive s'enfonce sous l'eau.
Du plomb dans I'aile, la compagnie ferme ses portes en 1883.
Les diligences
À l'époque de
la Nouvelle-France, un des moyens de transport les plus répandus
est la carriole ou la calèche, toutes deux tirées
par un cheval. Ce moyen de transport n'est qu'individuel et par
conséquent très limité. Le transport public
se fait par bateau pendant la période de l'année
où il n'y a pas de glace.
L'apparition des diligences
ou stages vient changer quelque peu la situation. Ces voitures,
partiellement recouvertes, sont munies de roues. La base emprunte
souvent une ligne ovale; elles sont aussi munies de portes latérales.
Les diligences sont tirées par au moins deux chevaux. Leur
premier trajet au Québec se fait entre La Prairie et Saint-Jean-sur-Richelieu,
dès 1792. Joseph Simmons, de longueuil, fait la navette
sur la rive sud, de La Prairie à Boucherville, dès
1810. Dans les années 1830, la famille Duclos, de La Prairie,
assure une liaison entre La Prairie et Montréal. De plus
en plus d'Américains l'empruntent pour se rendre à
Montréal.
Les diligences font normalement
double emploi: transport des passagers et transport du courrier.
Elles tentent de respecter le plus possible un horaire fixe. Le
conducteur utilise le cor pour annoncer l'arrivée du courrier
ou le départ de la diligence. Il existe aussi une ligne
de Longueuil A Chambly. L'état des routes dans la première
moitié du XlXe siècle est lamentable autant pour
celle de Longueuil-Chambly que pour celle de La Prairie-Saint-Jean-sur-Richelieu.
Joseph Bouchette indique dans son rapport de 1831: «The
stage routes from St. John's, through Blairfindie, to La Prairie,
or by Chambly to Longueuil, are exceedingly bad, and the latter
in particular, when traversing the swamp between the villages
of St. Joseph and Longueuil».
Pierre Lambert, dans son ouvrage
sur les anciennes diligences du Québec, le confirme: «Se
rendre de La Prairie jusqu'au Richelieu sur cette route boueuse
qui n'est qu'une suite d'ornières est un supplice. Alexander
y passe durant le printemps sur un chariot tiré par quatre
chevaux qui déverse tous ses passagers dans la boue. Un
autre voyageur affirme que cette route est "perhaps the worst
in the world". Vers 1835, la diligence de Murray prend plus
de sept heures pour parcourir les 20 kilomètres».
L'établissement d'une
ligne de chemin de fer, en 1836, entre Saint-Jean-sur-Richelieu
et La Prairie apporte donc beaucoup de satisfaction, du moins
pendant la période estivate car le train ne roule pas I'hiver,
du moins jusqu'en 1851. Le confort des diligences est minimal.
Lorsqu'il y a plus de quatre personnes, l'espace devient particulièrement
restreint.
Les omnibus
Vers 1875, Damase Brissette
fonde une compagnie pour faire la navette entre Longueuil et Montréal,
au moyen de voitures sur patins tirées par des chevaux.
La diligence se rend, cinq fois par jour, à l'Hôtel
de Québec puis au bureau de poste de Montréal. Le
terminus de Longueuil et alors situé à l'angle des
rues Saint-Laurent et Saint-Alexandre, près de la résidence
des Brissette. Hector Brissette prend la relève de la compagnie
au début du XXe siècle. L'été, on
munit la voiture de roues, ce qui permet à des groupes
de faire des randonnées. Il existait des omnibus à
Montréal dès 1864. La Montreal
City Passenger Railway opérait un parcours sur la
rue Saint-Laurent, et plus tard, vers 1870, la Montreal
Omnibus Company établit un circuit sur la côte
du Beaver Hall.
Longueuil et La Prairie profitent
au maximum de leur situation de terminus jusqu'à l'ouverture
du pont Victoria, en 1860. Les deux villages possèdent
des infrastructures importantes, tavernes et hotels, pour accueillir
les touristes qui n'ont plus intérêt à s'y
arrêter. À l'extérieur de la Ville de Montréal,
la rive sud était la reine de l'hébergement.
Les tramways
Au début du XXe siècle,
de nouveaux moyens de transport relient la rive sud à l'île
de Montréal. Grâce au nouveau pont Victoria, construit
en 1899, les tramways traversent maintenant le fleuve.
Les tramways font leur apparition
à Longueuil 18 ans après leur implantation à
Montréal grâce à la Montreal
Street Railway. Des tramways de la compagnie Montreal
& Southern Counties Railway effectuent le transport,
à Longueuit, du mois de mai 1910 jusqu'au mois d'avril
1931. À Saint-Lambert, la compagnie effectuait le trajet
depuis le mois de novembre 1909. Le service s'étend à
Mackayville au mois de novembre 1912.
Cette compagnie est fondée
par Albert Corriveau, en 1897. Le tramway part du pied de la rue
McGill, à l'angle de la rue Youville, à toutes les
vingt minutes, et se rend jusqu'au terminus de Longueuil, situé
près de l'édifice actuel de la Société
historique et culturelle du Marigot,
sur le chemin de Chambly, en face de la rue Guillaume. Le propriétaire
de l'édifice, M. Maher, y vend les billets.
De plus, l'horaire du trajet
de la compagnie nous indique que I'accès à la rue
Saint-Charles est fermé pendant la période hivernale
et que le tramway ne fait I'aller-retour que sur les rues Saint-Laurent,
Saint-Jean et Guillaume. Il nous confirme aussi que le trajet
se fait de Saint-Lambert à Montréal-Sud et à
Longueuil. Le tramway continue de circuler à Greenfield
Park, à Mackayville, à Saint-Lambert et à
Montréal-Sud jusqu'en 1956. La distance entre le terminus
de la rue McGill et celui de la rue Sainte-Hélène,
à Montréal-Sud, est de 8,5 kilomètres.
LE PONT JACQUES-CARTIER
En 1930, le pont Jacques-Cartier
est ouvert à la circulation. L'ouverture du pont Victoria,
en 1859, a des conséquences désastreuses pour Longueuil,
qui perd ainsi une importante partie de sa population qui vivait
des installations du quai du Grand Tronc devenues inutiles. Par
contre, l'ouverture du pont Jacques-Cartier a des conséquences
tout à fait inverses. Ce pont fait aujourd'hui partie du
paysage quotidian de milliers de Longueuillois qui l'empruntent
pour traverser le fleuve.
Cette structure de 3,4 kilomètres
de longueur, dont les plans furent élaborés par
la firme d'ingénieurs Montsarrat
et Pratley de Montréal, associée à
J.B. Strauss de Chicago, relie Longueuil à l'île
Sainte-Hélène et à Montréal. La pierre
angulaire, installée au mois d'août 1926 sur le pilier
sis entre les rues Saint-Antoine et Notre-Dame à Montréal,
renferme une cinquantaine d'objets de l'époque dont des
journaux et des pièces de monnaie.
Les travaux, commencés
le 26 mai 1925, se terminent en juillet 1929 alors que les deux
rives sont enfin reliées. Même s'il est possible
de s'y promener dès le mois de septembre 1929, l'ouverture
à la circulation automobile n'a cependant lieu que le 14
mai 1930. Le premier camion à traverser le pont est celui
de I'ancien maire de la paroisse de Longueuil et premier
maire de Jacques-Cartier, Joseph-Rémi Goyette; le premier
piéton est Eugène Lacasse, jeune écolier
de Longueuil, et A. Freiner a I'honneur d'être le premier
automobiliste. L'inauguration officielle a lieu le 24 mai suivant.
Pierre Vennat raconte dans La Presse:
Le pont avait été
décoré de multiples oriflammes. Sur la travée
centrale avait été hissés l'Union Jack et
le drapeau français. L'inauguration officielle se fit exactement
à 11h50 alors que le premier ministre Mackenzie King, pressant
un bouton de son bureau d'Ottawa, dévoila les deux plaquettes
élevées à l'extrémité de l'estrade
où avaient pris place les invités d'honneur. La
bénédiction du pont par Mgr Gauthier avait eu lieu
juste auparavant et quelques minutes plus tard, le Duchess of
Richmond, du Pacifique canadien, devenait le premier paquebot
à passer.
On baptise d'abord la structure
«Pont du Havre», puis
pour célébrer le 400e anniversaire de la découverte
de Jacques-Cartier, le 30 juin 1934, on lui confère son
nom actuel. La France fait don, le 1er septembre 1934, d'un buste
de bronze de Jacques Cartier encore présent à l'entrée
de l'île Sainte-Hélène où il fut transféré
en 1962.
Les coûts du pont s'étant
élevés à environ 20 millions de dollars,
le gouvemement fédéral compte se rembourser en instaurant
le péage, dès l'ouverture. Le tarif varie pour chaque
catégorie de passants: une voiture à traction animale,
un troupeau, un passager à pied, un cycliste ou une voiture.
Le prix diffère aussi s'il s'agit de moutons, de porcs
ou de chevaux. Des rails pour les tramways ont été
posés entre les trottoirs pour piétons et le tablier
du pont, mais ne seront jamais utilisés.
Le tablier du pont au-dessus
de la rue Saint-Charles est alors beaucoup plus bas qu'actuellement;
il est relevé lors de la canalisation du Saint-Laurent,
en 1958. De nouvelles entrées et sorties sont construites
par la firme Grant Mills au coût
de 150 000 $. En 1959, on ajoute alors une cinquième voie
à la circulation et la perception du péage devient
automatique. Un édifice, au centre des postes de péage,
est alors aménagé pour la surveillance et les policiers
de la Police provinciale. En 1961, on installe des feux de circulation,
symbolisés par des flèches rouges et vertes, et
on installe une nouvelle rampe pour accéder à l'île
Sainte-Hélène, du côté de la Ronde.
Finalement, en 1962, après de nombreuses et persistantes
pressions, le péage est aboli. En 2001, on entreprend la
réfection complète du tablier du pont.
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