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"AU VRAI L'ANNÉE 1653 MARQUE LA DATE OÙ MONTRÉAL PREND FIGURE DE COLONIE" (F.X. Garneau)

La Grande Recrue de 1653

PAR GILLES BOILEAU
géographe

Lord Durham s'est trompé. Il n'a pas vu, au lendemain des sombres jours de 1837, que ce peuple qu'il méprisait tant était en voie de se doter d'une Histoire. Cette histoire allait en être une de fierté et d'espoir. Après la triste humiliation de 1760 et la cruelle répression à l'endroit des Patriotes, viendrait le temps de la résistance, puis celui de la survivance et de la consolidation, prélude à l'épanouissement. Si sept millions de Québécois sont aujourd'hui si profondément enracinés dans une terre qui devient de plus en plus la leur, malgré les obstacles et les injustices, sans doute le doivent-ils en partie à cette centaine de jeunes gens débarqués à Ville-Marie en 1653. En donnant plus de force à la colonie naissante, ils préparaient notre avenir. Il faut s'en souvenir.



Dans son Histoire du Canada, l'historien François-Xavier Garneau écrit que «l'année 1653 marque la date où Montréal prend figure de colonie». C'est l'année où M. de Maisonneuve a recruté et ramené de France, «une centaine d'hommes venus à Montréal pour sauver la colonie naissante déjà en péril».

Dans son Histoire de la Nouvelle-France, M. Marcel Trudel écrit «L'été de 1653 fut quand même, dans l'ensemble, une saison encourageante. La Société de Notre-Dame de Montréal débarqua à Québec, en septembre, une recrue de plus de cent personnes pour son établissement de Ville-Marie». Au cours de la même année, pour leur part, les marchands de Rouen envoyèrent eux aussi deux navires vers la Nouvelle-France tandis qu'il en vint au moins un de La Rochelle, toujours selon les recherches de M. Trudel. Deux autres ouvrages de Marcel Trudel sont aussi essentiels pour comprendre les début de Montréal. On ne peut ignorer Montréal, la formation d'une société (Fides, 1976), tout comme il y a grand intérêt à consulter son Catalogue des immigrants. On ne peut arriver à découvrir l'histoire de Montréal sans avoir recours aux lumières de cet infatigable historien. À chacun de consulter ces si utiles documents.

Nombreux sont les ouvrages d'histoire où l'on parle de cette Grande Recrue mais ces documents sont d'inégale valeur et ne sont pas tous dignes d'une entière confiance, depuis Dollier de Casson dans son Histoire du Montréal 1640-1672 (oui! oui!) à Dom Guy-Marie Oury et sa recherche consacrée à Jérôme Le Royer, Sieur de la Dauversière (Éditions du Méridien, 1992).

C'est en cueillant des bribes dans chacun de ces récits que l'on finit par avoir une idée assez juste, bien que sommaire, de ce que fut cette Grande Recrue. Du moins, peut-on en saisir quelques aspects bien timides, parfois même bien accessoires. Afin de cerner la réalité le mieux possible, nous ferons appel à de nombreux chroniqueurs et historiens. Quelque part dans tous ces documents, sa cache sans doute la lumière. Ce sont ces minces filets de lumière qui finiront au total par nous permettre de mieux voir et mieux comprendre ce que fut cette Recrue de 1653.



Sur le chemin de La Flèche, le château de Sillé-le-Guillaume.

Photo : Gilles Boileau
Étaient-ils des «gens de peu»?

J'ai vraiment découvert l'histoire du Canada au cours de mes études classiques. Mais ce ne fut pas toujours facile et sans risque. Dans leur Histoire du Canada de 1945, dite «cours supérieur», les PP. Paul-Émile Farley et Gustave Lamarche, des Clercs de Saint-Viateur, consacrent un chapitre à la fondation de Ville-Marie. Pas un mot de cette centaine de colons amenés par Maisonneuve en 1653. Par contre, on nous apprend tout sur Marguerite Bourgeoys, Jeanne Mance, Marie de l'Incarnation, les Ursulines, les Hospitalières, Jean-Jacques Olier, les Jésuites et les Sulpiciens, et, bien sûr, les missionnaires et les saints martyrs «canadiens». À croire que les colons-soldats-défricheurs étaient des gens de peu. C'est avec ce manuel, entre autres, que j'ai fait mes Belles?Lettres au Collège de Saint-Laurent... c'était en 1949. Heureusement, nous avions - pour compenser la médiocrité du document - un professeur émérite.

L'alliance de la truelle et de l'épée

Les Jésuites, dans leurs Relations pour l'année 1653, furent les premiers à évoquer la Grande Recrue. Sous la rubrique «De ce qui s'est passé à Montréal» on lit ces quelques lignes:

Le secours extraordinaire qu'on a envoyé en cette habitation au dernier embarquement a donné de la joie, non seulement aux Français qui y ont leur demeure, mais encore à tout le pays. Quelques personnes de mérite et de vertu, qui aiment mieux être connues de Dieu que des hommes, ayant donné de quoi lever une bonne escouade d'ouvriers, semblables à ceux qui rebâtissaient jadis le Temple de Jérusalem, maniant la truelle d'une main et l'épée de l'autre, on a fait passer à Montréal plus d'une centaine de braves artisans, tous savants dans les métiers qu'ils professent, et tous gens de coeur pour la guerre. Dieu bénisse au centuple ceux qui ont commencé cet ouvrage, et leur donne gloire d'une sainte persévérance pour la mettre à chef.

L'auteur de cette lettre a eu le courage de souligner la valeur de cette «bonne escouade d'ouvriers» tout comme il a eu l'honnêteté de souligner la profonde compréhension et générosité désintéressée de certaines personnes «de mérite et de vertu», dont la duchesse de Bullion, sans lesquelles cette si noble aventure n'aurait jamais pu être menée à bonne fin.

Cela méritait plus qu'un peu de fumée

À la différence des Jésuites qui étaient avant tout de fidèles chroniqueurs, le sulpicien François Dollier de Casson fut le premier historien de Montréal. Homme polyvalent, il fut tout autant bâtisseur, architecte et ingénieur que missionnaire et pasteur. Dans «Une lettre qui raconte les trente-deux premières années de Montréal» intitulée Histoire du Montréal, rédigée semble-t-il en 1672, il couvre la période allant de 1640 à 1672. Écoutons-le parler de Ville-Marie et de la Grande Recrue...

La faiblesse de ce temps-là faisait jeter de grands soupirs après l'arrivée de M. de Maisonneuve avec son secours, mais enfin il ne venait point: ce qui affligeait tout le monde à tel point que la saison s'avançant sans qu'il parût, afin d'obtenir cette grande assistance que tous attendaient par sa venue, on exposa le très St-Sacrement pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que, enfin, le Ciel importuné par ces prières publiques voulut exaucer les voeux de ses peuples. Ce qui [...] le vingt-sept septembre, auquel jour on chanta à l'église le Te Deum pour action de grâces de son arrivée.



Plusieurs des recrues ont dû faire halte à Asnières. Photo : Gilles Boileau
Disons plutôt que tout ce monde que M. de Maisonneuve amena cette année, c'étaient de bons et braves gens, dont la plupart a péri pour le soutien et la défense du pays. M. de St-André eut l'honneur de lever ce monde sous M. de Maisonneuve, dans les provinces d'Anjou, du Meinne, de Poitou & de Bretaigne, qui avaient été désignées pour cet effet. Ce qui nous reste aujourd'hui de ces gens-là, sont de fort bons habitants, dont le nom sera, j'espère, mentionné dans le livre de vie pour la récompense de leurs bonnes actions. Si la manière de décrire les histoires me permettait de les nommer tous, je les nommerais joyeusement, parce que il y en a bien peu qui n'aient mérité leurs places dans cette relation. Mais puisque le discours historique ne m'accorde pas cette liberté, ils m'excuseront si je ne le fais pas; aussi bien, cela ne leur produirait que un peu de fumée, qui pourrait obscurcir la juste récompense qu'ils en attendent de celui pour qui ils ont travaillé.
Enfin, M. de Maisonneuve, ayant raconté toutes choses à mademoiselle Mance et ayant laissé quelques jours ses soldats rafraîchir, demanda deux barques pour monter au Montréal, dont celle de Mlle Mance monta la première, mais il y eut bien des difficultés à faire marcher ces soldats, d'autant qu'on ne voulait point les laisser aller sans que M. de Maisonneuve dit absolument qu'il les voulait avoir & qu'ils avaient trop coûté à la Compagnie du Montréal, pour en laisser aucun après soi, ayant un poste aussi dangereux que celui qu'il avait à défendre. Ce qu'il y avait de fâcheux en ceci, était que l'on lui devait fournir des barques et on ne lui en voulait point donner. À la fin, il en trouva &, après avoir envoyé tout son monde, il les suivit, ne voulant aller que le dernier de tous pour ne laisser personne après soi.

Près de trois siècles avant les Clercs de Saint-Viateur, le sulpicien Dollier de Casson, tout en reconnaissant le mérite et le rôle des hommes «levés» pour venir en Nouvelle-France, parle avec abondance et force louange de tous les ecclésiastiques, hommes et femmes, et des gens de noblesse mêlés de près ou de loin au départ de la Grande Recrue. S'il fait l'apologie des «bons et pieux» recruteurs, il s'abstient de parler de la centaine de ceux qui ont accepté de passer en Nouvelle-France ou d'en désigner ne serait-ce qu'un seul nommément sous le charitable et fallacieux prétexte que la liste serait trop longue. De toute façon, le sulpicien-historien préfère ne pas attirer l'attention sur ces colons afin de «ne pas leur produire qu'un peu de fumée». En somme il ne voulait pas blesser leur humilité et diminuer de ce fait la grandeur de leur sacrifice et leur mérite.



Certains travaillaient peut-être au manoir du Petit Béru.
Photo : Gilles Boileau
Mais combien étaient-ils donc?

Les biographes de Benjamin Sulte disent de ce trifluvien fort connu qu'il fut poète, journaliste, critique, conférencier et... historien. Et ce qui ne gâtait rien, Sulte était le gendre d'Étienne Parent, l'âme du Canadien de Québec, journal modéré jouissant d'un grand rayonnement à son époque. Il ne faut donc pas s'étonner que lui aussi, dans son Histoire des Canadiens-Français (1882), nous parle brièvement de ces «nouveaux colons» arrivés à Montréal en 1653.

Après avoir expliqué qu'après 1650 la situation du Canada devenait de plus en plus critique, face surtout aux humeurs belliqueuses des Iroquois, Benjamin Sulte, s'appuyant sur la mère de l'Incarnation, retrace la genèse de la Grande Recrue. Montréal était tombé, après 1651, dans un «grand état de délaissement». C'est à Maisonneuve que revint donc la lourde responsabilité d'aller chercher du renfort dans la métropole.

Sulte reprend tout ce que la plupart des autres chroniqueurs ou historiens ont écrit à propos de ce moment privilégié de l'histoire de Montréal. Pour les métiers des recrues, il cite les résultats obtenus par l'abbé Faillon à la suite de ses recherches à La Flèche: trois chirurgiens, trois meuniers, deux boulangers, un brasseur de bière, un tonnelier, un chaudronnier, un pâtissier, quatre tisserands, un tailleur d'habits, un chapelier, trois cordonniers, un sabotier, deux armuriers, trois maçons, un tailleur de pierre, quatre couvreurs, deux jardiniers, soixante défricheurs ou bêcheurs dont plusieurs étaient scieurs de long et un maréchal.

Cette liste des métiers représentés au sein de la Recrue ne concorde pas nécessairement avec quelques autres listes publiées. Cela n'a guère d'importance et trouver un menuisier de plus et deux défricheurs de moins serait purement accessoire. Certaines listes recensent huit charpentiers... et un taillandier. Parfois, on parle de «défricheurs» ou de «laboureurs».

Sulte (en 1882) dit: «La soeur Bourgeoys écrit qu'il ne débarqua à Montréal que 108 hommes de ce contingent; M. de Belmont dit 105. Notre tableau constate que 101 se retrouveront à Montréal dans les années qui suivirent. Les 53 manquant étaient ou restés en France ou arrêtés à Québec, ou, s'ils se sont rendus à Montréal, il n'existe plus d'acte constatant leur présence en ce lieu».

La Société de généalogie canadienne-française, dans un document accessible via Internet, parle de «l'apport des 106 pionniers français qui ont contribué à la survie de Ville-Marie». Par le même médium, il est aussi possible de consulter le site de la Maison Saint-Gabriel. On y trouve un excellent document consacré également à l'arrivée de la Grande Recrue de 1653 à Montréal dans lequel on ramène le nombre de «recrutés» à 102. Comme quoi les chiffres ont une valeur bien relative et que leur interprétation peut être parfois encore plus délicate.

Si l'on poursuit cette enquête sur le nombre de recrues, nous irons de surprise en surprise. Ainsi, dans le document qu'il consacre à «La recrue de 1653», dans le Rapport des archives nationales du Québec (1920-1921), E.-Z. Massicotte, archiviste en chef du palais de justice de Montréal, dénombre 102 noms. Roland Auger qui a consacré l'ouvrage le plus complet à cette recrue de 1653 affirme que 153 hommes avaient signé, en France, un acte d'engagement mais que finalement 103 seulement se présentèrent à Saint-Nazaire au moment du départ.

Enfin, comme tous les autres l'ont fait ou le feront, Sulte raconte lui aussi le départ raté du 20 juin sur le Saint-Nicolas-de-Nantes du capitaine Besson avant de parler du départ véritable le 20 juillet. Il ne manque pas de souligner également la mauvaise foi et le manque de collaboration de M. de Lauzon qui voulait garder auprès de lui, à Québec, une partie des hommes de Maisonneuve. Si les Cent-Associés avaient rempli leurs promesses, M. Lauzon n'aurait sans doute pas causé tant d'embarras à M. de Maisonneuve. À ce propos, Sulte émet un jugement très sévère: «La colonie pouvait dépérir, pourvu que les Cent-Associés en retirassent quelques bénéfices».

Malgré la mesquinerie de M. de Lauzon

Dans son Histoire populaire de Montréal (Beauchemin, 1913), Adrien Leblond de Brumath parle avec emphase de l'arrivée de la Soeur Marguerite Bourgeoys et des Sulpiciens mais se montre bien peu loquace à propos de la Grande Recrue.

Pour être retardé, le retour de M. de Maisonneuve ne devait en être que plus profitable à la colonie. Marguerite Bourgeoys rejoignit le gouverneur (M. de Maisonneuve) et les immigrants, et descendit avec eux la Loire jusqu'à Saint-Nazaire. Toutes ses craintes se dissipèrent alors, et elle s'embarqua joyeusement sur le St-Nicolas, qui quitta la rade le 20 du moins de juin 1653.

Ses épreuves commencèrent aussitôt; le bateau qui emportait les émigrants n'avait pas fait 150 lieues en mer, qu'on s'aperçut qu'il faisait eau de toutes parts, et que sa coque était pourrie... on avait tout juste le temps de regagner le port. Les soldats étaient découragés; pour les empêcher de déserter, M. de Maisonneuve les fit débarquer dans une île d'où ils ne pouvaient s'échapper.

Le temps qu'on mit à équiper un autre vaisseau retarda le départ jusqu'au 20 juillet. Cette fois, le bateau était bon, mais soit que les passagers fussent épuisés par les fatigues de la première tentative, soit pour quelque autre motif, la contagion se mit parmi eux, et les visita presque tous.

Nous arrivâmes, écrit Marguerite Bourgeoys le jour de la Saint-Maurice, le 22 septembre, mais on ne prit point garde à une arête qui s'enfonça tellement dans le navire en arrivant devant Québec, qu'il fallut le brûler sur place.


Nicolas Jousselin et Jacques Nail, de Solesmes, habitaient peut-être aux abords de l'abbaye. Photo : Gilles Boileau
Les émigrants reconnurent tout de suite que Montréal et Québec n'avaient de ville que le nom; ce n'étaient que des comptoirs et des postes militaires, avec un fort où tout le monde se retirait à l'attaque de l'ennemi. Le départ pour Montréal fut encore retardé; M. de Lauzon, qui croyait que la préservation de Québec était l'intérêt général de la colonie, voulait retenir près de lui les nouvelles recrues. M. de Maisonneuve, avec une calme fermeté, s'y opposa en vertu d'une lettre de cachet du roi, qu'il avait eu la prudence de se procurer.

M. de Lauzon montra un peu d'humeur et refusa les barques nécessaires pour remonter le fleuve au gouverneur de Villemarie et à ses compagnons; force fut donc à M. de Maisonneuve de faire construire une petite flottille pour retourner à Montréal. Au moins, toutes ces épreuves avaient-elles réussi à épurer le zèle des soldats et des émigrants; la grâce les avait tellement changés qu'ils étaient, dit la vénérable soeur, comme du linge qu'on aurait mis à la lessive. Les nouveaux soldats eurent l'occasion de montrer immédiatement leur zèle; la guerre éclatait de nouveau, grâce à la trahison des Iroquois, qui avaient voulu détacher de notre alliance les Hurons de l'Île d'Orléans»...

Parce que l'existence de Montréal était menacée

C'est un peu le thème de la recherche d'Édouard-Zotique Massicotte. Dans son étude parue il y a maintenant plus de 80 ans (1920), Massicotte prend en quelque sorte la relève de l'abbé Faillon. Il présente les résultats de sa recherche en ces termes:

En 1653, pour la première fois, notre ville reçut un groupe d'une centaine d'immigrants. Ce renfort, relativement considérable et qui doublait presque la population, venait à point; sans lui, l'existence même de Montréal était menacée.

Cet événement a paru d'une importance telle à l'abbé Faillon qu'il a cru devoir publier un rôle général de cette recrue, contenant plus de 150 noms, c'est-à-dire que cet historien a mentionné tous ceux qui promirent de partir, laissant à d'autres chercheurs la tâche de démêler quels furent ceux qui quittèrent la France, ceux qui y restèrent et ceux qui moururent en route.



Marie Lorgueuil, l'une de la quinzaine de jeunes filles de la Recrue, était peut-être voisine du vieux château de Cognac. Photo : Gilles Boileau
C'est à cette question complexe que nous allons essayer de répondre, grâce à la masse de notes que nous avons pu recueillir sur nos anciens colons, dans les archives du palais de justice de Montréal, grâce encore à la liste inédite des immigrants de 1653, conservée dans les archives du Séminaire Saint-Sulpice et dont on trouera la copie annotée à la fin de cette étude».

Massicotte voudrait bien savoir avec le plus de précision combien d'immigrants ont débarqué à Montréal. Mais faut-il vraiment le savoir? Obsession d'archiviste? Fanatique de généalogie? Puis après!

Massicotte pérore abondamment sur le nombre de passagers embarqués sur le navire. Il compare et discute les chiffres cités tant par la soeur Bourgeoys que par l'abbé Faillon ou encore par les jésuites et les sulpiciens. Que 102, 103 ou 105 nouveaux colons aient débarqué à Montréal, peu importe. La colonie y gagnait.

Ce qu'il faut retenir surtout des chiffres relatifs à cette arrivée d'immigrants, c'est le lieu d'origine et le métier. Qui étaient ces hommes et d'où venaient-ils?

Il semble bien, selon les principales sources auxquelles chacun peut avoir accès, que l'on puisse retracer le lieu d'origine d'environ 85 de ces arrivants. Mais toute tentative de les regrouper par grande région d'origine ou de partance devient cependant périlleuse, compte tenu que les frontières des grandes régions (administratives ou historiques) ont considérablement varié dans le temps et que certaines attributions peuvent être passablement arbitraires. Selon les cartes utilisées, par exemple, la ville de Nevers est considérée comme appartenant aux pays de la Loire, au Centre, ou à la Bourgogne.

Contentons-nous de dire que la moitié des recrues venaient de la Sarthe. Cela s'explique facilement puisque La Flèche était le lieu de naissance de M. de La Dauversière, l'âme et l'inspiration de cette noble aventure. Le recrutement y était plus facile, mais pas autant qu'on l'aurait souhaité si l'on considère que le tiers de ceux qui avaient été initialement recrutés ne se présentèrent pas à l'embarquement.

Chaque sillon était arrosé de sang français

Bien que considéré pendant longtemps comme notre grand et premier historien national, François-Xavier Garneau ne consacre, dans la septième édition de son Histoire du Canada (présentée - en 1928 - et annotée par son petit fils Hector), qu'une dizaine de lignes à la Grande Recrue:

C'est au milieu de ces combats journaliers [contre les Iroquois] que cette belle et grande contrée, le pays de Montréal et des Trois-Rivières, mais surtout Montréal, fut acquise à la civilisation. Chaque laboureur était devenu soldat, chaque sillon était arrosé de sang français ou de sang indien. La situation des affaires du Canada finit par attirer l'attention de ceux qui y étaient déjà intéressés en France. Maisonneuve réussit à obtenir, de l'Anjou et du Maine [principalement], du Poitou, [de la Normandie et de Paris], cent cinquante colons, dont cent cinq atteignirent Montréal avec lui (16 novembre 1653). C'étaient des hommes pour la plupart propres à la guerre et à l'agriculture. Ce renfort fut d'un grand secours, et le bruit de son arrivée alla jusqu'à l'ennemi.

Dans l'édition suivante (1944), ce paragraphe est quelque peu modifié. Garneau (sous la plume du petit-fils sans doute) affirme... «Au vrai, l'année 1653 marque la date où Montréal prend figure de colonie».

Des hommes bien choisis

Puis, en 1929, vint le tour de l'abbé Jean-Baptiste Ferland, alors professeur d'histoire à l'Université Laval. Le premier tome de sa France dans l'Amérique du Nord porte sur les Temps héroïques de la Nouvelle-France. Il consacre dix lignes à la Grande Recrue...

M. de Maisonneuve, retardé par des accidents, n'arriva à Québec que le 27 septembre; il amenait avec lui cent recrues levées dans l'Anjou, le Maine, le Poitou et la Bretagne. C'étaient des hommes bien choisis, capables de rendre service à la colonie, et comme ouvriers et soldats. La plupart d'entre eux périrent dans la suite pour la défense du pays. Difficile d'être plus concis ou d'en dire moins.

La génération de l'enracinement

Nous aurions pu nous attendre à ce que le chanoine Lionel Groulx souligne, ne fut-ce que fort brièvement, l'arrivée de la Grande Recrue. Il aurait pu le faire dans son Histoire du Canada français depuis la découverte (1952), notamment au chapitre où il parle de «la génération de l'enracinement». Le rapport entre cette génération et les membres de la Grande Recrue, bien qu'évidents, ne font pas partie des préoccupations du chanoine.

Par contre, il ne tarit pas de célestes éloges à l'endroit de ceux et celles qui ont amené ces hommes et ces femmes sans lesquelles il n'y aurait pas eu d'enracinement ni de «providentielle fondation». Il n'en a que pour l'élévation morale des chefs comme Champlain (mais quel âge avait donc sa jeune et tendre épouse Hélène?), le jeune et pieux d'Argenson, le sieur de Maisonneuve, les grands missionnaires récollets et jésuites, les femmes de tête et d'esprit mystique comme Jeanne Mance, les insignes institutrices comme Marguerite Bourgeoys... Il termine son apologie en ces termes: «À la naissance de combien de pays l'histoire coloniale peut-elle offrir rencontre d'âmes de pareille qualité?»

L'ecclésiastique historien oublie un peu vite que sans le coeur et les bras des hommes et des femmes de la Grande Recrue, tout ce beau monde aurait eu le choix entre être scalpé ou, avec un peu de chance, reprendre le bateau! Quand on fait un pays, la hache est peut-être aussi utile que la prière.


Jeanne Rousselier devait bien connaître la croix hosannière de Moëze.
Photo : Gilles Boileau
Grâce à la clairvoyance de Jeanne Mance

Gustave Lanctôt, cet avocat devenu archiviste, a surtout été un grand commis de l'État fédéral. Il en a profité pour publier chez Beauchemin, en 1964, une Histoire du Canada. Sans doute que sa familiarité avec les archives explique qu'une bonne partie de son 1er tome (De origines au régime royal) fasse une large part à la présence amérindienne au pays et aux nombreuses querelles avec quelques-unes des premières nations. Il a néanmoins consacré quelques paragraphes à la Grande Recrue.

Il rappelle en premier lieu que c'est à Jeanne Mance qu'on devrait rendre grâce pour la venue de ce contingent de nouveaux hommes.

À Montréal, qui ne comptait plus qu'une cinquantaine de défenseurs, pour la première fois, un découragement se faisait jour et l'incoercible Maisonneuve lui-même admettait la possibilité d'un abandon du poste. Ce fut la dynamique Jeanne Mance qui sauva Ville-Marie. Estimant avec clairvoyance que mieux valait sacrifier l'hôpital que de perdre l'habitation, elle remit à Maisonneuve les vingt-deux mille livres de Madame de Bullion - la bienfaitrice anonyme - pour cette fondation, en échange de cent arpents de terre, soit la moitié de la métairie des seigneurs. Avec cette somme, celui-ci accepta d'aller lever en France une recrue de secours, mais avec l'entente que, s'il échouait, il lui manderait de quitter le pays avec tout son monde...

... La situation avait déjà pris meilleure tournure avec le débarquement, le 22 septembre, de Maisonneuve à la tête d'une recrue de cent cinq hommes. Leur enrôlement ne s'était pas fait sans peine. Au récit de Maisonneuve, décrivant la périlleuse situation de Montréal, madame de Bullion, non seulement avait confirmé le transfert de vingt-deux mille livres de l'Hôpital à Maisonneuve, mais elle lui fit remettre anonymement une somme de vingt mille livres, à laquelle les associés de Montréal en ajoutèrent trente-deux mille.

Malgré ces fonds, La Dauversière et Maisonneuve éprouvèrent de grandes difficultés à trouver des volontaires prêts à s'expatrier dans ce pays lointain, de froid glacial, infesté d'ennemis barbares. Il fallut les gagner avec des offres avantageuses. Par contrat, les Associés les engageaient pour cinq ans, leur garantissant de les «nourrir, coucher et loger» pendant cette période avec plein salaire et retour gratuit en France à l'expiration de leurs services. Chose extraordinaire, afin de compléter leur contingent pour leur cité mariale, le mystique La Dauversiè_e et le pieux Maisonneuve durent se résigner à embaucher, non seulement des durs à cuire, mais même d'authentiques huguenots.

Levés à travers les provinces, de la Bourgogne à l'Anjou, ces recrues comprenaient des artisans de tout métier, charpentiers, maçons, boulangers, serruriers, cloutiers et cordonniers, avec une majorité de laboureurs. Leurs salaires s'échelonnaient entre cinquante livres pour un maître charpentier à soixante livres par an pour le travailleur agricole. Avec eux, conduisant, soigneusement choisies, douze filles à marier, arrivait Marguerite Bourgeoys, Champenoise de Troyes, âgée de trente-trois ans, esprit sérieux et femme d'action, qui, par zèle religieux, avait accepté de se consacrer à l'instruction de la jeunesse de Montréal.

Devant cette importante recrue, le gouverneur Lauzon tenta, par diverses manoeuvres, de la retenir à Québec. Il fallut que Maisonneuve lui déclarât catégoriquement qu'elle était indispensable à «un poste aussi dangereux» que Montréal. Mesquin et mécontent, Lauzon lui refusa les barques nécessaires au transport, ce qui retarda jusqu'à la fin d'octobre le départ pour Montréal, où les nouveaux venus furent accueillis avec «une joie et consolation inexplicable».

Lanctôt est l'un des rares à écrire que l'on trouvait des huguenots au sein des hommes de la Grande Recrue de 1653. Il parle même d'«authentiques huguenots». Faut-il croire qu'il y en aurait aussi des faux?

Les deux recrues de Solesmes

C'est un moine bénédictin de la célèbre abbaye de Solesmes qui fut l'un des derniers à évoquer l'épopée de la Grande Recrue. Dom Guy Oury - qui a consacré beaucoup d'ouvrages à des moments ou à des personnages de notre histoire, dont les moniales bénédictines de l'abbaye Saint-Marie des Deux-Montagnes, a commis, en 1991, aux Éditions du Méridien, une vibrante histoire de L'Homme qui a conçu Montréal: Jérôme Le Royer, Sieur de la Dauversière. Donnons-lui la parole à propos d'une autre levée de recrues, en 1659 cette fois.

La levée d'une nouvelle recrue pour Montréal destinée à prendre la mer à La Rochelle avait soulevé l'opposition; bien que la situation de la colonie ait été moins critique que d'autres années, les habitants de La Flèche avaient appris la mort violente de plusieurs des engagés de 1653 ou d'autres années: Yves Bastard, de La Flèche, tué le 11 octobre 1654 par les Iroquois, Christophe Roger, de Clermont, noyé en 1656, Jean Davoust du même village, noyé en 1657 en accompagnant le P. Dupéron; Jacques Nail, de Solesmes, tué le 25 octobre 1657 par les Iroquois; d'autres étaient morts de maladie et de misère: François Hudin, de La Flèche, en 1654, François Nochet de Chemiré-en-Charnie, le 11 décembre 1654, Jean Fresnot, de
Ruillé-en-Champagne, le 26 juillet 1655, Louis Biteau, de Clermont, le 15 février 1658.



À Poitiers, Jeanne Merrin dut prier plus d'une fois à Notre-Dame-la-Grande.
Photo : Gilles Boileau


De chez elle, Marie Renaud voyait sans doute les tours de la cathédrale d'Orléans. Photo : Gilles Boileau
Il n'en fallait pas davantage pour créer un courant hostile à M. de la Dauversière, accusé d'envoyer les enfants du pays à une vie de misère, à la mort et au massacre... Ce fut dans des conditions dramatiques que se fit la levée de 1659 pour une nouvelle recrue au bénéfice de Montréal...

Dans la nuit qui précédait le départ, une émeute populaire s'organisa pour s'y opposer; des gens se massèrent autour de l'Hôtel-Dieu, dans les rues de Port-Luneau et des Récollets; à dix heures du matin, quand vint l'heure de quitter la maison, les trois partantes [relieuses hospitalières de La Flèche] qui étaient à cheval ne purent sortir; elles étaient avec M. de la Dauversière, deux sulpiciens et quelques gentilshommes; ceux-ci mirent l'épée au clair pour impressionner la foule.

Le voyage finit par se faire, mais dans des conditions difficiles. Les habitants de La Flèche et de la région en voulaient au Sieur de la Dauversière pour une raison étonnante: il occupait une fonction administrative qui le rendait fort impopulaire: celle de percepteur des impôts pour la ville de La Flèche. Certains individus faibles d'esprit allaient même jusqu'à lui reprocher de faire la traite des blanches... avec toutes ces filles qui prenaient le bateau pour Montréal.

En rédigeant son histoire, le bénédictin de Solesmes dut revoir plus d'une fois le visage de deux de ces jeunes recrues: Jacques Nail et Nicolas Jousselin. S'engageant comme défricheurs aux mêmes conditions chacun (60 £), eux aussi venaient de Solesmes. La Providence leur réservait un bien cruel destin. Le premier a été tué par les Iroquois le 25 octobre 1657 et enterré sous le nom de Noël, et le second est mort bravement, avec Dollard des Ormeaux, dans la bataille du Long-Sault, en mai 1660.

La seconde fondation de Montréal

Parmi les réflexions consacrées à cette Grande Recrue de 1653, il ne faudrait peut-être pas oublier les pages que lui consacre le P. Henri Béchard dans Les audacieuses entreprises de Le Royer de La Dauversière (Méridien, 1992). Comme la plupart des autres auteurs que nous avons cités ou auxquels nous avons eu recours dans ces quelques pages, on ne peut parler ici d'étude ou de recherche au sens strict, mais bien plutôt d'un bref et honnête résumé susceptible de nous faire saisir d'un seul regard la réalité de cette aventure.

On y apprend que c'est sur le Hollandais que Maisonneuve s'est embarqué le 5 novembre, laissant aux commandes des affaires de Ville-Marie un «bon soldat» en la personne de Charles-Joseph d'Ailleboust des Muceaux. Ce voyage en France en était un de désespoir, une sorte de voyage de la dernière chance. La Huronie est détruite et les Iroquois menacent. Ville-Marie n'a qu'une poignée d'hommes pour se défendre. Et ce ne sont pas les dix hommes promis par le gouverneur de Québec, Jean de Lauzon, qui apporteront le renfort si nécessaire. Sans compter que les relations entre Maisonneuve et Lauzon sont mauvaises. Il y avait de quoi... En même temps qu'il augmentait son propre salaire de 2 000 £, Lauzon coupait du quart les sommes promises à Maisonneuve et à ses hommes pour la défense de la place.

À son arrivée en France, on ignore si Maisonneuve se rendit d'abord à Paris, à La Flèche ou à Troyes? Sans doute a-t-il d'abord fait halte à La Flèche, question de chercher les encouragements dont il avait besoin auprès de M. de La Dauversière. Il lui dit que sur les cinquante hommes que comptent la colonie, il n'y en a que dix-sept qui sont aptes à porter les armes. D'où la nécessité et l'urgence de lever une nouvelle recrue, la plus considérable possible.

C'est le 4 mars 1653 que les Associés de Montréal signeront un contrat à Paris par devant le notaire Chaussière. Ces hommes «pieux et résolus» savent la situation périlleuse dans laquelle se trouve Ville-Marie et s'assurent que les sommes reçues de la «Bienfaitrice inconnue» ainsi que d'autres dons charitables «seront utilisés par Jérôme afin de procurer du renfort à Montréal pour soutenir ladite Isle contre la violence des ennemis du pays, et réduire les terres en culture pour y attirer les sauvages».

Tous les auteurs cités nous ont déjà raconté les nombreuses péripéties qui ont marqué tant le départ que l'arrivée. Et comme tous les autres aussi, le P. Béchard (en s'appuyant sur les recherches d'autres historiens) fait l'inventaire des provinces d'origine des immigrants et dresse la liste de leurs métiers. Il reprend, pour dresser l'inventaire des métiers représentés, l'étude de William-Henry Atherton, Montréal 1535-1914. On y retrouve à peu près les mêmes renseignements fournis par Massicotte ou par le site Internet de la Maison Saint-Gabriel. Après les soixante laboureurs (la Maison Saint-Gabriel parle de 84 défricheurs), dont plusieurs sont scieurs-de-long, les charpentiers sont les plus nombreux avec huit. Au total: 24 ou 25 métiers. Une trentaine de colons font état de deux métiers.

Bien avertis des dangers auxquels ils seront exposés dès leur arrivée en Nouvelle-France, ceux qui se sont embarqués sur le Saint-Nicolas, avec M. de Maisonneuve, devaient croire que les conditions de vie à Ville-Marie ne pouvaient être pires que celles de la France alors soumise aux affres de la Fronde. Et pourtant n'a-t-il pas fallu, au moment où le bateau revenait à Saint-Nazaire pour y subir des réparations suite au premier départ manqué, que Maisonneuve ait la sage prudence de laisser ces hommes hardis «dans une petite île de la Loire d'où il est impossible de s'enfuir».


Dans un tout récent ouvrage paru aux Éditions du Septentrion, l'historien Gervais Carpin étudie le
Mode migratoire de la France vers la Nouvelle-France (1628-1662). On y découvre le rôle joué durant ces années par la Communauté des Habitants comme armateur et agent recruteur. On est alors mieux en mesure de voir la place de la Grande Recrue dans ce mouvement. N'oublions pas qu'en 1653 les marchands de Rouen envoyèrent eux aussi des émigrants dans la colonie, pour le passage desquels ils furent payés par une promesse du Conseil de Québec. Rares sont les historiens ou chroniqueurs qui rapportent cette recrue parallèle.


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Quant au récit de la Soeur Bourgeoys, chacun y a puisé abondamment. Point n'est besoin de le répéter.


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Une quinzaine de femmes (dont Marguerite Bourgeoys) s'étaient aussi embarquées sur le Saint-Nicolas-de-Nantes, avec cette recrue. C'est, entre autres, Roland Auger qui le dit et qui en donne les noms. Elles venaient de La Flèche, de Nantes, de Poitiers, d'Orléans et de Cognac.

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Et ceux qui sont morts durant la traversée et dont la dépouille fut jetée en mer, qui en parle? N'ont-ils pas droit eux aussi à notre respect?

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Que serait-il advenu de Ville-Marie si, il y a maintenant 350 ans, tous ces jeunes gens étaient demeurés en terre de France?

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En guise de rappel, et pour mieux connaître cette Grande Recrue de 1653, il est fortement suggéré de se reporter à l'ouvrage, devenu classique et incontournable, de Roland-J. Auger, La Grande Recrue de 1653 (1955).

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