La figure dominante du XXe siècle en botanique
est sans conteste Marie-Victorin. Encore aujourd’hui, il est
considéré par nos contemporains comme le symbole du
développement scientifique au Québec. Né en 1885,
à Kingsey Falls, sous le nom de Conrad Kirouac, il quitte très
jeune les Cantons de l’Est pour s’établir avec
ses parents à Québec. Dès sa tendre enfance,
il se passionne pour les plantes et cultive un minuscule jardin bien
avant d’entreprendre des études dans le domaine. Considéré
comme un excellant élève, il fut en mesure d’entreprendre
des études à l’Académie Commerciale de
Québec où les Frères des Écoles chrétiennes
dispensaient un enseignement de qualité.
Des débuts prometteurs
En plus de se passionner pour la botanique, le jeune Conrad possède
également un goût marqué pour la vie religieuse.
De fait, à l’âge de 15 ans, il prend l’habit
et adopte comme second nom celui de frère Marie-Victorin. À
la suite de ses études, il comble un poste de professeur au
Collège de Longueuil, il y enseigne la composition française,
la géométrie et l’algèbre. À cette
époque, on reconnaît déjà son talent d’éducateur.
Les sources nous dévoilent qu’il communiquait non seulement
la connaissance, mais le goût, l’amour de la chose enseignée.
Il ne se contentait pas de faire sa classe, il emmenait ses élèves
en promenades d’herborisation, leur montrait à regarder
la nature.
Sa personnalité se forme au cours de ces années passées
au Collège de Longueuil et laisse entrevoir un avenir prometteur
pour lui. C’est à cette période qu’il établit
d’ailleurs ses relations, ce qui lui permet de sortir de l’amateurisme
et de se pencher plus à fond sur la science botanique.
De grandes réalisations
En 1920, Marie-Victorin est nommé professeur agrégé
de botanique à l’Université de Montréal
tout en demeurant attaché au Collège de Longueuil. Dix
ans plus tard, la Société canadienne d’histoire
naturelle, qu’il préside, fonde l’Association du
Jardin botanique de Montréal. Ce n’est toutefois qu’en
1938 que ce lieu ouvre ses portes. Au cours de ces années,
Marie-Victorin met aussi sur pied le Cercle des jeunes naturalistes,
tout en effectuant de nombreux voyages afin de décrire de nouvelles
espèces de la flore tropicale. En plus de travailler dans le
secteur de la botanique, ce personnage a œuvré également
dans des domaines tels que la poésie et le théâtre.
Ses vastes réalisations lui ont d’ailleurs valu une renommée
mondiale et de nombreuses distinctions.
La flore laurentienne
En 1935, Marie-Victorin publie sa Flore laurentienne.
Celle-ci connaît un succès inégalé jusqu’alors
pour un ouvrage consacré à la botanique. Appréciée
au Québec où elle fut éditée à
trois reprises, elle l’est également à l’extérieur
de la province. Dans sa flore, ce botaniste s’inspire du nationalisme
canadien-français. Par elle, il voulait montrer à la
population que la connaissance des sciences naturelles lui était
nécessaire pour prendre en main sa destinée culturelle
et économique. Mais il désirait avant tout que ses compatriotes
apprennent à connaître et à aimer la nature qui
les entoure. Oeuvre majeure de notre siècle, portant sur la
végétation du pays, la Flore
Laurentienne demeure encore, au début de ce siècle,
le modèle à suivre pour les scientifiques.
Fin tragique
Alors qu’il était encore jeune (59 ans), et que dans
son esprit se forgeait d’innombrables projets, Marie-Victorin
quitta notre monde. Lors d’une herbori-sation dans la région
de Black Lake, il eut un accident d’automobile qui le blessa
légèrement. Dans la voiture le menant à l’hôpital,
il succomba malheureusement à une crise cardiaque. À
la suite de son décès, le monde de la botanique connut
un certain déclin, la place de ce grand homme étant
difficile à combler.
Même si sa mort remonte à plus de 50 ans, les gens se
souviennent toujours de lui aujourd’hui. Certes son nom désigne
nombre de lieux, mais il est aussi associé au renouveau scientifique
du Canada français.