Article suivant
 


L'HISTOIRE D'UNE GRANDE RÉGION

Un scientifique de renom dans les Cantons-de-l'Est

MARYSE BILODEAU, UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE

Le frère Marie-Victorin. Tiré de L.-Philippe Audet, Le Frère Marie-Victorin, Québec, Éditions de l'Érable, 1942, p.1

La figure dominante du XXe siècle en botanique est sans conteste Marie-Victorin. Encore aujourd’hui, il est considéré par nos contemporains comme le symbole du développement scientifique au Québec. Né en 1885, à Kingsey Falls, sous le nom de Conrad Kirouac, il quitte très jeune les Cantons de l’Est pour s’établir avec ses parents à Québec. Dès sa tendre enfance, il se passionne pour les plantes et cultive un minuscule jardin bien avant d’entreprendre des études dans le domaine. Considéré comme un excellant élève, il fut en mesure d’entreprendre des études à l’Académie Commerciale de Québec où les Frères des Écoles chrétiennes dispensaient un enseignement de qualité.

Des débuts prometteurs

En plus de se passionner pour la botanique, le jeune Conrad possède également un goût marqué pour la vie religieuse. De fait, à l’âge de 15 ans, il prend l’habit et adopte comme second nom celui de frère Marie-Victorin. À la suite de ses études, il comble un poste de professeur au Collège de Longueuil, il y enseigne la composition française, la géométrie et l’algèbre. À cette époque, on reconnaît déjà son talent d’éducateur. Les sources nous dévoilent qu’il communiquait non seulement la connaissance, mais le goût, l’amour de la chose enseignée. Il ne se contentait pas de faire sa classe, il emmenait ses élèves en promenades d’herborisation, leur montrait à regarder la nature.

Sa personnalité se forme au cours de ces années passées au Collège de Longueuil et laisse entrevoir un avenir prometteur pour lui. C’est à cette période qu’il établit d’ailleurs ses relations, ce qui lui permet de sortir de l’amateurisme et de se pencher plus à fond sur la science botanique.

De grandes réalisations

En 1920, Marie-Victorin est nommé professeur agrégé de botanique à l’Université de Montréal tout en demeurant attaché au Collège de Longueuil. Dix ans plus tard, la Société canadienne d’histoire naturelle, qu’il préside, fonde l’Association du Jardin botanique de Montréal. Ce n’est toutefois qu’en 1938 que ce lieu ouvre ses portes. Au cours de ces années, Marie-Victorin met aussi sur pied le Cercle des jeunes naturalistes, tout en effectuant de nombreux voyages afin de décrire de nouvelles espèces de la flore tropicale. En plus de travailler dans le secteur de la botanique, ce personnage a œuvré également dans des domaines tels que la poésie et le théâtre. Ses vastes réalisations lui ont d’ailleurs valu une renommée mondiale et de nombreuses distinctions.

La flore laurentienne

En 1935, Marie-Victorin publie sa Flore laurentienne. Celle-ci connaît un succès inégalé jusqu’alors pour un ouvrage consacré à la botanique. Appréciée au Québec où elle fut éditée à trois reprises, elle l’est également à l’extérieur de la province. Dans sa flore, ce botaniste s’inspire du nationalisme canadien-français. Par elle, il voulait montrer à la population que la connaissance des sciences naturelles lui était nécessaire pour prendre en main sa destinée culturelle et économique. Mais il désirait avant tout que ses compatriotes apprennent à connaître et à aimer la nature qui les entoure. Oeuvre majeure de notre siècle, portant sur la végétation du pays, la Flore Laurentienne demeure encore, au début de ce siècle, le modèle à suivre pour les scientifiques.

Fin tragique

Alors qu’il était encore jeune (59 ans), et que dans son esprit se forgeait d’innombrables projets, Marie-Victorin quitta notre monde. Lors d’une herbori-sation dans la région de Black Lake, il eut un accident d’automobile qui le blessa légèrement. Dans la voiture le menant à l’hôpital, il succomba malheureusement à une crise cardiaque. À la suite de son décès, le monde de la botanique connut un certain déclin, la place de ce grand homme étant difficile à combler.

Même si sa mort remonte à plus de 50 ans, les gens se souviennent toujours de lui aujourd’hui. Certes son nom désigne nombre de lieux, mais il est aussi associé au renouveau scientifique du Canada français.

vers le haut