Certains hommes, par leur originalité et
leur capacité à adapter leurs réalisations, ont
inspiré de complexes mouvements artistiques. Dom Bellot fut
de ceux-là. Né à Paris en 1876 dans une famille
d’architectes, il entra au monastère bénédictin
à l’âge de 25 ans. Il fit ses débuts architecturaux
en dessinant les plans de monastères européens et on
lui rendit hommage dans plusieurs revues européennes et américaines
d’art. Ses travaux furent publiés au Québec dès
1972 et il fit des expositions à partir de 1934.
Parmi ses réalisations québécoises, on peut compter
la basilique Saint-Joseph du Mont-Royal (1936), l’abbaye de
Saint-Benoît-du-Lac (à partir de 1935) et le Grand Séminaire
de Québec (1940). Son influence la plus importante vient du
travail de ses disciples, qui ont permis au dom-bellotisme de pénétrer
profondément la pratique architecturale pendant les années
1940 et 1950.
Priorités
Sa théorie de l'architecture repose
sur le principe de la priorité de la ligne et de la forme,
sur la lumière et la couleur et l’importance essentielle
de cette lumière et de cette couleur comme éléments
esthétiques. Il souhaitait donc pouvoir éclairer ses
églises d’une façon toute nouvelle et d’être
à même de créer des formes originales. Pour ce
faire, il fut obligé de renouveler toute la gamme des matériaux
et des techniques jusque-là employés dans la construction
des églises, en incluant parmi ceux-ci la brique, le bois,
la polychromie (utilisation de plusieurs couleurs), les arcs paraboliques
et polygonaux (qui distribuent à présent un poids moindre,
grâce aux nouveaux matériaux), le système de proportions
(loin des églises romanes et gothiques, dont le poids devait
être réparti selon certains paramètres) et la
lumière, qui donne au style dom-bellot tout son génie.
Dom Bellot fut appelé à l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac
au milieu des années 1930, alors que sa réputation était
déjà bien dorée dans les cercles religieux. Alors
âgé de près de soixante ans, il exerçait
le métier d’architecte depuis plus de vingt-cinq ans.
L’abbaye bénédictine fut construite entre 1932
et 1941, commencée sous l’égide de Dom Côté,
qui demanda conseil en 1935 à Dom Bellot pour l’édification
de l’abbaye qui était à ce moment une ancienne
maison de ferme rénovée devenue trop étroite.
On la voulait pittoresque et beaucoup plus impressionnante.

Façade latérale d'une partie du monastère.
Fonds Louis-Philippe Robidoux. La Société
d'histoire de Sherbrooke IP311RPN13A1.2
Volonté
des moines
Dom Bellot envoya outre-mer des dessins qu’il suggérait
pour l’abbaye et on l’engagea pour mener à son
terme la construction. Les formes que Dom Bellot donna à l’abbaye
respectèrent la volonté de ses moines, mais étaient
teintées des caractères de la nouvelle théorie
esthétique dom-bellotiste: des formes simples, strictement
géométriques et non romanes. Son plan final est daté
du 7 mars 1938. Il résolut les problèmes de matériaux
et leur prix et soumettant le béton et des arcs en brique,
conformément à son style personnel. L’abbaye fut
terminée en 1941.
On peut voir l’influence de Dom Bellot dans de nombreux lieux
de culte qui furent construits pendant les années 1940 et 1950
principalement, en Estrie dans le cas de l’église Sainte-Thérèse
de l’Enfant-Jésus à Cowansville, l’église
Saint-Benoît, de Granby et même l’un des projets
de construction de la cathédrale Saint-Michel de Sherbrooke,
sous l’épiscopat de Mgr Cabana, au début des années
1950. Dom Bellot, architecte bénédictin, aura laissé
sa marque au Québec et en Estrie.