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L'HISTOIRE D'UNE GRANDE RÉGION

La riche tradition de la crosse dans les Cantons de l'Est

SERGE GAUDREAU, HISTORIEN

Emprunté à la culture amérindienne, le sport de la crosse est pratiqué par les blancs depuis environ 1840. Lorsque les ligues sont organisées pour la première fois, aux alentours de 1867, les Estriens ne tardent pas à mettre sur pied leurs propres équipes. C’est ainsi qu’en 1874, on retrace dans des journaux locaux la présence de formations comme les Blues de Capelton et les Maple Leafs de Sherbrooke.

Jouée à l’extérieur, sur un terrain qui mesure 120 verges, la crosse s’impose rapidement comme une des activités préférées des Canadiens pendant la saison estivale. À Sherbrooke, le champ de Mars devient le lieu de rendez-vous de ce sport. Des centaines, parfois même des milliers de partisans se déplacent pour assister aux exploits des formations locales qui évoluent dans des circuits comme la Southern Quebec District League, l’Association des Cantons de l’Est –avec Coaticook et East Angus– ou la National Lacrosse Union, au cours des années 1910.

Combien de temps dure une partie de crosse? Cela varie énormément puisque, à une certaine époque, une rencontre ne se termine qu’au moment où une des deux équipes, parvient à marquer trois buts. Parfois, c’est l’affaire de quelques minutes. D’autres fois, il faut patienter plusieurs heures avant de connaître un gagnant.

Au fil des ans, Sherbrooke est représentée par d’excellentes équipes. En 1886, les locaux remportent le championnat du Dominion chez les juniors, titre qu’ils conservent l’année suivante lors d’un match tumultueux contre Ottawa. En 1902, les athlètes sherbrookois récidivent en arrachant un autre titre convoité: celui de la section Est de la ligue Interprovinciale.




Cette photographie qui date du début du siècle nous rappelle l'époque où la crosse était pratiquée à l'extérieur, sur le gazon. Collection de la Société d'histoire de Sherbrooke IS4CAPN43C30.

La crosse en aréna

De 1900 à 1910, la crosse connaît un vif succès au Québec. Puis l’intérêt pour ce sport chute brusquement. Faut-il attribuer ce déclin à la rudesse affichée par les joueurs lors des parties? À la montée du baseball, si populaire chez nos voisins du sud? À l’avènement du professionnalisme? À l’absence de structures permettant l’émergence d’une relève chez les jeunes Canadiens? Les experts divergent d’opinion sur le sujet.

Quoi qu’il en soit, à Sherbrooke, les activités des joueurs de crosse se déplacent graduellement, passant du terrain extérieur situé à proximité du parc Victoria à l’aréna locale. En effet, à partir des années trente, la box lacrosse –la crosse en salle– devient le visage le plus connu de ce sport au Canada.

Douze joueurs, au lieu de vingt-quatre, se disputent maintenant la balle en même temps sur le terrain, ce qui amène des modifications importantes au niveau des règles et des stratégies.

Malgré ces changements, la crosse ne retrouvera jamais sa popularité du début du siècle. Faisant figure de parent pauvre à côté de géants comme le hockey et la baseball, elle restera une composante discrète du paysage sportif estrien. Il faut attendre les années soixante et les succès répétés des Athlétiques de Drummondville dans la ligue Senior du Québec pour que ce sport recommence à défrayer les manchettes. De 1965 à 1968, les hommes de Claude Chabot exercent un quasi-monopole sur les trophées Chisholm et Lalonde, symbole de la suprématie en saison régulière et dans les séries. La conquête de 1967 se fait même aux dépens des Olympiques de Sherbrooke, devant 4321 spectateurs réunis au Palais des Sports.

Cet engouement fait boule de neige. En 1968, Magog, Windsor, Cowansville et Granby se réunissent à leur tour à l’intérieur d’un nouveau circuit: la ligue Senior des Cantons de l’Est. Pour les Éperviers de Magog et les Aigles de Windsor, c’est le début d’une chaude rivalité qui enflammera à plusieurs reprises les centres modernes que sont l’aréna de Magog et le centre J.A. Lemay de Windsor. Une nouvelle tradition va débuter.

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