Encore aujourd’hui, certains éléments
de la Seconde Guerre mondiale restent peu connus des historiens. C’est
entre autres le cas avec les camps d’internement canadiens destinés
à recevoir les prisonniers de guerre allemands. À prime
abord, il peut apparaître étonnant que le Canada ait
accueilli ces hommes alors que l’on se trouve si loin des champs
de batailles. Cette situation s’explique par le fait que, dès
les débuts du conflit, le gouvernement s’engage à
recevoir les détenus d’origine allemande ainsi que les
soldats et les officiers du Reich emprisonnés en Angleterre
depuis les hostilités.
On procède ainsi pour la simple et bonne raison que les captifs
détenus au Canada n’ont somme toute aucune chance de
retourner dans leur pays, même en cas d’invasion. Au cours
de cette guerre, plus de 35 000 prisonniers viennent purger leur peine
en territoire nord-américain. Une quinzaine de camps, situés
la plupart au Québec, en Ontario et en Alberta, vont les accueillir.
La ville de Sherbrooke n’échappe pas à cette réalité
et, en 1940, les autorités procèdent à l’ouverture
d’un camp dans les anciens bâtiments du Québec
Central et qui sera connu sous le nom de Newington.

Le camp Newington, à Sherbrooke.
Fonds Radio-Québec.La Société d'histoire de Sherbrooke
IP165RPN112A2
Qui sont ces
prisonniers?
Au cours de sa première année d’existence, le
camp de Sherbrooke reçoit près de 700 internés.
La plupart d’entre eux, des civils d’origine allemande,
ne font pas partie du mouvement nazi. Comme on les considère
comme sans danger pour la société, les autorités
gouvernementales leur rendent la liberté en 1942. La majorité
de ces individus retournent en Europe, mais quelques-uns vont choisir
de demeurer au Canada où la guerre ne fait pas rage. Une seconde
vague de détenus vient rapidement combler le vide laissé
par le départ de ces hommes. Cette fois, par contre, on accueille
de véritables prisonniers de guerre, pour la plupart marins,
marchands et officiers. «Ils ont de 20
à 40 ans et sont tous des nazis fanatiques».
Les conditions de vie
Dans les premiers mois de son ouverture, Newington
est au prise avec des problèmes de taille. Même si les
bâtiments sont assez vastes pour contenir tous les détenus,
les conditions de salubrité laissent à désirer.
On manque de lits ainsi que d’équipement de cuisine et
de toilettes, aucun hôpital n’est à la disposition
des malades et enfin, aucune cellule de détention n’est
emménagée pour les individus dissipés qui transgressent
les règles. Très rapidement, les autorités militaires
doivent remédier à cette situation et, en 1941, les
conditions d’incarcération se trouvent beaucoup plus
acceptables pour les internés.
La routine est le lot quotidien des prisonniers de guerre. À
ce propos, un article de La Tribune,
daté du 29 octobre 1945, dévoile bien le genre de vie
que l’on mène dans le camp de Sherbrooke. «L’horaire,
des plus rigides, ne laisse aucune place à la paresse. Dès
6h30 du matin, les détenus sont éveillés au son
du clairon. À 7h, on procède à l’appel
des prisonniers qui ont par la suite une demi-heure pour déjeuner.
Le dîner a lieu à midi, le souper à 17h et l’extinction
des feux se fait à 22h30».
Comme Newington relève du «Programme des travaux»,
les internés peuvent s’adonner à des tâches
rémunérées. Ce programme, qui est en fonction
uniquement ici, «consiste à
employer des prisonniers à des ouvrages variés, qui
ne servent pas directement à des fins de combats».
Ainsi les Allemands peuvent ouvrer le bois, réparer des chaussures
ou coudre des vêtements pour la modique somme de 0,50$ par jour.
Quelques loisirs agrémentent la vie des détenus. Le
mercredi après-midi est entre autres consacré aux sports
et on retrouve, à l’intérieur du camp, des équipes
de rugby, de tennis et de balle à la volée. De plus,
des films sont présentés les lundis et les jeudis. Les
prisonniers disposent également d’un petit théâtre
ainsi que d’une bibliothèque. Certains d’entre
eux ont enfin organisé un orchestre qui donne régulièrement
des concerts pour le grand plaisir de leurs compagnons ainsi que des
militaires chargés de les surveiller.
Le retour des Allemands
La fin de la Seconde Guerre mondiale n’amène
pas la liberté immédiate des Allemands emprisonnés
en sol canadien. Effectivement, les camps d’internement gardent
toujours captifs les détenus. À Sherbrooke, Newington
ne ferme ses portes qu’en juin 1946. Les prisonniers alors rapatriés
en Angleterre, ont l’obligation de suivre des cours de rééducation.
Ce n’est qu’après plusieurs mois qu’ils peuvent
enfin retourner en Allemagne. Cependant, en voyant leur pays ravagé
par la guerre, quelques-uns reviendront au Canada mais pour y vivre,
cette fois-ci, en citoyen libre.