Les années 1960 sont très turbulentes
au Québec. Ce sont, entre autres, les années de la montée
du mouvement indépendantistes avec les bombes du FLQ, les manifestations
violentes contre toute forme d’oppression et les nombreuses
grèves. Ainsi on compte plus de 160 grèves au Québec
pour la seule année 1968. Ce qui est énorme. Les grands
titres des journaux de l’époque sont remplis de manchettes
sur le déroulement de ces différentes grèves.
Ces dernières sont souvent violentes et les affrontements entre
la police et les grévistes ne sont pas rares.

La Domtar, à East Angus. Fonds
John S. Bourque. La Société d'histoire de Sherbrooke
IP440RPN1411
Négociations
difficiles
Ainsi, à East Angus et à Windsor, l’enlisement
du conflit provoque une grève violente. En effet, les 1200
employés des deux usines de la Domtar à Windsor et à
East Angus déclenchent une grève le 18 juillet 1968.
Ce sera une grève longue, violente et difficile. Le plus gros
litige repose sur les conditions salariales. En effet, la compagnie
offre 18 cents d’augmentation alors que le syndicat réclame
53 cents. Les employés sont furieux des offres patronales parce
que la compagnie Kruger venait d’accorder l’année
précédente une des meilleures conventions collectives
des pâtes et papiers à l’usine de Bromptonville.
La compagnie Domtar refuse de négocier même si le syndicat
a baissé ses demandes à 35 cents. Le refus de s’asseoir
à la table des négociations provoque l’enlisement
du conflit et la grève s’éternise pendant plusieurs
mois. Le député de Compton, Claude Gosselin, alors ministre
des Terres et des Forêts, propose alors sa médiation
pour régler le conflit. C’est un échec. Devant
la longueur des négociations, Domtar menace de fermer les deux
usines alors que le syndicat exige que le gouvernement mette au pas
la compagnie. D’ailleurs, le syndicat ne croit pas à
la menace de fermeture parce que la compagnie y a effectué
des investissements. On affirme alors que Domtar a une responsabilité
sociale et que le gouvernement doit empêcher les fermetures
d’usines.
L’affrontement
Durant la grève, de juillet 1968 à
janvier 1969, les villes de Windsor et d'East Angus sont presque complètement
paralysées, Domtar étant le plus important employeur.
La tension se faisant grandissante, des épisodes violents deviennent
inévitables. À la fin juillet, une injonction est émise
pour empêcher les syndiqués de bloquer l’entrée
de l’usine aux mécaniciens, contremaîtres et gardiens
de sécurité. À la mi-août, des voitures
de contremaîtres sont vandalisées. Lors d’une manifestation,
les grévistes pénétrèrent à l’intérieur
de l’usine d’East-Angus et l’occupent pendant quelques
heures tout en étant armés. Le 16 septembre, deux gardiens
de la Pinkerton sont blessés dans une violente manifestation
parce qu’ils sont entrés dans l’usine. Les syndiqués
en furie marchent alors sur la ville et sont accompagnés par
des sympathisants.
C’est plus de 300 personnes armées de bâtons qui
se dirigent vers le poste de police et l’hôtel de ville.
On accuse les policiers municipaux d’être à la
solde de la Domtar et le maire d’East Angus d’être
un scab. En effet, celui-ci est un contremaître de l’usine
et n’a pas respecté des lignes de piquetage. La foule
tombe alors sur la brigade anti-émeute de la SQ (78 policiers)
qui protègent la poste et l’hôtel de ville. Après
les négociations, la brigade quitte les lieux et la foule se
calme évitant de poser des actes disgracieux. Le pont d’East
Angus fut même bloqué par les grévistes à
un certain moment. Le gouvernement ordonne alors la tenue d’une
enquête sur la situation de l’industrie des pâtes
et papiers.
Les salaires
La position des deux parties est en fait assez
simple. L’usine produit du papier d’emballage, du papier
kraft. La compagnie affirme qu’avec un salaire moyen de 2,65$
environ, les employés sont par-mi les mieux payés des
usines de papier kraft. La concurrence étant féroce,
à cause de l’apparition du plastique, accorder une augmentation
supérieure à 18 cents mettrait en péril la survie
de l’usine. En contrepartie, le syndicat affirme que les employés
ont des salaires inférieurs à la moyenne de l’ensemble
de l’industrie des pâtes et papiers.
Dénouement
Le 21 janvier 1969, le retour au travail est voté à
70%. De nombreux travailleurs sont cependant insatisfaits de l’entente
finale et c’est notamment la promesse de ne pas être poursuivis
au criminel pour les actes de vandalisme qu’ils ont causés
que les travailleurs ont voté oui. Plusieurs affirmeront «qu’ils
n’avaient pas le choix de voter oui». La compagnie accordera
une augmentation de 30 cents de l’heure. Le syndicat sera condamné
à 19 000$ d’amendes pour outrage au tribunal et versera
20000$ de compensation à Domtar pour les dommages causés
aux usines.
Cette crise illustre bien les relations tendues entre le patronat
et le syndicat à cette époque et leurs préoccupations
divergentes. Le compromis n’est pas acceptable et la violence
apparaît comme un moyen légitime pour obtenir gain de
cause.