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L'HISTOIRE D'UNE GRANDE RÉGION
L'AVENTURE DE L'INDUSTRIE TEXTILE À MAGOG

Tout a commencé par une première impression

SERGE GAUDREAU, HISTORIEN

C’est à Magog, le 9 juillet 1884, qu’une pièce de coton est imprimée pour la première fois au Canada. Pour ce petit village d’environ 500 habitants, c’est le début d’une période mouvementée qui sera marquée du sceau de l’expansion.

Un projet ambitieux

Pour les investisseurs présents, cette «première impression» constitue la réalisation d’un projet qui était dans l’air depuis que le chemin de fer avait relié Magog à Waterloo en décembre 1877. Combiné au potentiel de la rivière Magog, l’avènement du train a incité Alvin H. Moore, un commerçant du village, à mettre sur pied une initiative industrielle d’envergure.



Vue d'ensemble des usines vers 1900.
Studio RC. Tiré de Serge Gaudreau. Au fil du temps, histoire de l'industrie textile à Magog (1883-1993), Magog, 1995, p.76

Avec l’aide de William Hobbs, un expert en textile et de Charles C. Colby, le député fédéral du comté de Stanstead, Moore fonde la Magog Textile & Print Co. Son but : construire la seule usine spécialisée dans l’impression du coton au Canada. Pour rentabiliser leur projet, les trois hommes misent sur le contexte de surproduction qui existe dans les filatures de la province et sur l’appui du gouvernement fédéral qui fait passer le tarif douanier sur les cotons imprimés de 20 à 27,5%.

Cette mesure donne à Moore et à ses partenaires la confiance nécessaire pour faire construire un important barrage à Magog, avant que les usines – un atelier d’impression et une filature – ne soient érigées en 1883. Installée par la main d’œuvre étrangère, la machinerie importée d’Angleterre entre finalement en opération à l’été 1884, Magog ne sera plus jamais la même.

Un pôle de croissance

Même si la filature ne commencera ses activités qu’à l’été 1888, la construction du barrage, des usines et d’un tronçon de chemin de fer vers Sherbrooke soulève l’enthousiasme d’un journaliste du Pionnier de Sherbrooke qui écrit, en février 1884: «…encore un peu de patience et elle (Magog) formera un des centres importants de la province».

Dans son sillage, l’industrialisation bouleverse les habitudes de vie des Magogois. Imposants, les travaux transforment un secteur peu fréquenté du village en véritable fourmilière. Soutenue par les salaires des employés de l’imprimerie –ils sont environ 150– la structure commerciale de Magog prend forme, faisant de la Main l’artère principale entre l’usine et le quartier des affaires situé sur la rue Merry.

Pour satisfaire les besoins des nouveaux arrivants et de leurs familles, des écoles et des églises plus spacieuses sont bâties. Grâce au nombre croissant des fidèles, la paroisse Saint-Patrice est reconnue officiellement en 1886, confirmant l’importance numérique des catholiques au sein de la communauté.

L’ouverture de la filature en 1888 vient d’ailleurs accélérer la pénétration française, au point où, lors du recensement de 1891, Magog est méconnaissable. Avec ses 2100 habitants, dont les deux tiers sont francophones, elle est maintenant une des villes les plus importantes et les plus jeunes –70% de ses citoyens ont moins de 30 ans!– de la région. Car il s’agit bien d’une ville. Magog ayant été incorporée comme Municipalité de village en janvier 1888.

Malheureusement pour ses dirigeants, la Magog Textile & Print Co. ne survivra pas à cette période de prospérité. Absorbées par la Dominion Cotton Mills (1890) puis par la Dominion Textile (1905), l’imprimerie et la filature gagneront toutefois un pari plus ambitieux que celui d’enrichir leurs fondateurs. Pendant plus d’un siècle, elles demeureront les pôles de croissance de l’économie locale, faisant passer Magog d’un petit village isolé et calme à une ville industrielle moderne et populeuse.

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