L’ouverture des Townships de l’Est à
la colonisation ainsi que l’application d’une nouvelle
tenure des terres en cantons permettra à la région de
se peupler au XIXe siècle et provoquera, d’un autre coté,
l’approfondissement des connaissances du sous-sol. Ce phénomène
impliquera d’ailleurs l’ouverture et l’exploitation
des riches gisements se retrouvant dans les Cantons de l’Est.
Le cuivre, le souffre, l’argent, l’amiante et le chrome
seront ainsi découverts au plus grand plaisir des géologues,
mais aussi des investisseurs qui verront dans ces trésors de
la nature, une ressource inépuisable de profit. À ce
titre, le développement minier se fera «à partir
des capitaux à fournir ces marchés en matières
premières, sans transformation substantielle».

Tracteur électrique à trolley
à la mine Eustis. H.J. Cordy.
Tiré de G. Ross, Trois villages miniers des Cantons l'Est au
Québec 1863-1972, Albert Minos, Capelton, Eustis, Sherbrooke,
G'G'C', 1996, p.123.
Le berceau des mines de cuivre au Canada
La plus ancienne exploitation de cuivre dans
la région remonte à l’année 1856. La mine
Harvey Hill se trouvant dans le canton de Leeds ainsi que celles du
canton d’Acton et d’Ascot connaîtront une impulsion
considérable au début de leur fonctionnement. La guerre
de Sécession (1861-1865) qui fera rage chez nos voisins du
sud permettra à ces dernières de vendre le cuivre à
bon prix et d’en retirer des profits considérables. La
mine Acton sera même considérée, à l’époque,
comme la plus importante au monde et la construction d’une fonderie
à Lennoxville verra le jour à cause de la demande toujours
croissante. Les Cantons de l’Est seront même surnommés
durant cette période comme étant «le berceau des
mines de cuivre au Canada».
La fin de la guerre civile américaine entraînera malheureusement
la chute de la demande en minéraux de cuivre, ce qui aura pour
effet la fermeture ou la baisse de productivité des exploitations
de la région. Malgré tout, deux mines situées
près de Sherbrooke, Capelton (1863-1907) et Eustis (1865-1939),
continueront de dominer l’industrie du cuivre et du souffre
dans la province pendant encore quelques décennies.
Certaines compagnies tenteront d’exploiter d’autres gisements
cuprifères dans la région, comme à Orford, près
du lac Memphrémagog, mais ceux-ci seront souvent trop peu importants
pour être mis à profit. Enfin, le Québec pourra,
grâce aux mines Eustis et Capelton, obtenir du cuivre, du souffre
et parfois même de l’argent, ces minéraux provenant
essentiellement de ces exploitations avant la découverte des
mines du Nord-Ouest de la province.
L’or blanc des Cantons de l’Est
Suite au peuplement des Townships, la mise
en place d’infrastructures pour le transport indiquera de riches
concentrations de roches amiantifères qui autrement auraient
pu rester dans l’oubli. On savait déjà que le
chrysotile existait dans la région depuis 1860, mais il n’était
alors considéré que comme une curiosité minéralogique
sans grande importance.
Vers la fin des années 1870 toutefois, l’attrait que
suscite cette pierre étrange ainsi que la hausse de sa valeur
et l’apparition de produits pouvant être fabriqués
à partir de ses fibres, entraîneront l’ouverture
de nombreuses mines à Coleraine, Black Lake, Kingsville (Thetford
Mines) et Asbestos. «À partir de ce moment, l’amiante
québécois, qui est de qualité supérieure,
détrônera les fibres provenant de d’autres pays,
comme l’Italie, et deviendra l’or blanc des régions
productrices».
Un trésor souvent oublié et pourtant
d’une grande importance
Les Cantons de l’Est auront aussi sur
leur territoire un minerai trop souvent oublié, soit le chrome.
Au siècle précédent, cette pierre était
considérée comme étant extrêmement rare
ce qui lui permit d’obtenir alors une grande importance dans
la région.
De petites quantités de ce minerai seront extraites près
du lac Memphré-magog, du lac Nicolet (canton de Wolfe) ainsi
que dans les cantons de Wolfestown et de Leeds, mais ce ne sera vraiment
qu’à Black Lake qu’une exploitation soutenue se
réalisera.
Les gisements de chrome de la région viendront même à
devenir, au cours de la Première Guerre mondiale, «d’une
importance stratégique dans la fabrication de matériel
militaire». À cause de la fin de la guerre, les exploitations
de chrome s’éteindront graduellement jusqu’à
ne plus exister.
Les mines de chrome, de cuivre et de souffre de la région ont
désormais cessé leurs opérations alors que les
mines d’amiante se retrouvent devant un avenir peu reluisant.
Ce qui laisse supposer, que malgré leurs grandes richesses,
les gisements minéralogiques des Cantons de l’Est sont
dépendants de la conjoncture internationale souvent changeante.