Pendant une longue période de temps, avant
le milieu du 19e siècle, les gens vivaient isolés les
uns des autres. Il fallait trouver un moyen que l’on pourrait
utiliser douze mois par année permettant le transport des marchandises.
Au Québec, il n’était pas possible de voyager
par voie d’eau toute l’année. La grande période
d’hiver contribuait à isoler les gens.

Fonds du Regroupement du bois Beckett. La
Société d'histoire de Sherbrooke IP156RPN541
Une ligne de Montréal à Portland
Pour le transport, les États-Unis avaient
un net avantage sur le Québec, les eaux ne gelaient pas. Il
fallait donc trouver une façon de transporter la marchandise
du Québec vers les États-Unis pour permettre l’utilisation
du bateau. Le chemin de fer s’avérait la solution idéale.
Il fallait toutefois trouver le port le plus près pour expédier
la marchandise. Pour ce faire, on organisa une course de calèche
de grand chemin. On fit un départ de Boston et un autre de
Portland en direction de Montréal. La calèche en provenance
de Portland mit 20 heures pour se rendre et celle en provenance de
Boston mit 32 heures pour atteindre Montréal.
Il fut donc décidé que l’on construirait la voie
ferrée de Montréal à Portland. Les points de
départs et d’arrivée étant choisis, il
fallait maintenant déterminer les municipalités par
lesquelles passerait le train.
Alexander T. Galt
C’est au moment de déterminer
le tracé de la voie ferrée que les grandes puissances
économiques du Québec se firent connaître. À
Sherbrooke et dans les Cantons de l’Est, on pouvait retrouver
une figure dominante: Alexander T. Galt. Un des principaux actionnaires
de la British American Land Company. M. Galt, en plus d’avoir
beaucoup d’influence au gouvernement avait une grande force
économique dans tous les Cantons de l’Est. Une des décisions
qu’il prit à l’égard du chemin de fer est
de ne pas faire passer la voie par Stan-stead. La raison en était
simple. La majorité des terres qu’il possédait
se situaient dans la vallée de la rivière de Coaticook.
Avec cette décision, il mettait en lumière ses intérêts
économiques. Donc, plus le chemin de fer serait rapidement
terminé, plus vite les grands investisseurs pourraient en profiter.
Construction du chemin de fer
Pour permettre l’avancement de la voie
ferrée, il fallait beaucoup d’argent. On fit des annonces
dans les journaux et à la messe pour demander aux gens d’investir.
Lorsque l’hiver arrivait, la construction était beaucoup
diminuée. À la venue de l’été, le
développement du chemin de fer reprenait de plus belle. Pour
augmenter la rapidité de construction, on faisait sonner une
cloche pour donner le rythme comme on fait en musique.
Les artisans, qui n’étaient constitués que de
20% de Canadiens français firent le chemin de fer tellement
à la hâte que lorsque le Grand-Tronc racheta le St.Lawrence
and Atlantic, il dut investir un million de dollars pour le reconstruire.
C’était là une des voies les plus mal construites
en Amérique du Nord. Les Canadiens français s’occupaient
davantage du fonctionnement du train et les travailleurs qualifiés
étrangers se chargeaient de la mise en place de la voie ferrée.
De plus, la construction du chemin de fer amena plusieurs bouleversements
sociaux. À ce moment-là, il y avait énormément
de violence. La dynamite circulait dans les rues de Sherbrooke, il
y avait beaucoup de bagarres et beaucoup d’alcool.
Développement économique
Malgré tout, l’arrivée
du chemin de fer a grandement contribué à l’effervescence
économique des Cantons de l’Est. Certaines municipalités
comme Richmond et Farnham se sont développées puisqu’elles
approvisionnaient le train en bois et en eau, il ne faut pas oublier
que la locomotive fonctionnait à la vapeur. Par ailleurs, un
peu partout dans les Cantons de l’Est, on développa des
scieries pour alimenter le transport ferroviaire. L’industrie
laitière s’est également développée
puisque l’on pouvait transporter les produits.
La Deuxième Guerre mondiale
La Deuxième Guerre mondiale augmenta
également l’utilisation des voies ferrées dans
les Cantons de l’Est. Cet essor est attribuable aux nombreuses
mines que l’on trouve dans la région. À cette
époque, on effectuait dix voyages par jour en provenance des
Cantons de l’Est. Par ailleurs, on se servit d’une ancienne
gare de la région de Sherbrooke pour y enfermer les prisonniers
allemands lors de la guerre de 1939-1945.
Sherbrooke se développa beaucoup grâce à l’arrivée
du chemin de fer: il était en quelques sorte la plaque tournante
des Cantons de l’Est. Le St.Lawrence and Atlantic y contribua
beaucoup puisqu’il fit le lien entre le Québec et les
États-Unis. Plusieurs chemins de fer importants passèrent
dans cette ville: le St.Lawrence and Atlantic, le Grand-Tronc, le
Québec central ou le Canadien Pacifique.