Cherchant de nouvelles terres à coloniser,
les immigrants britanniques et les loyalistes choisiront en grand
nombre la région des Cantons de l’Est pour s’établir,
et cela dès la fin du 18e siècle. La municipalité
de Cookshire est un exemple probant de l’essor de la région
du 19e siècle.
Émergence d’un village dynamique
Dès 1798, quatre familles (celle de
Josiah Sawyer, de Abner Power, de Samuel Hayes et d’Israël
Bailey) s’établissent sur les bords de la rivière
Eaton. En 1801, Josiah Sawyer et trente de ses associés se
voient concéder 25620 acres de terres. On assiste alors à
l’émergence d’une petite communauté appelée
Cookshire. Ce nom circule dès 1820 pour commémorer la
mémoire du capitaine James Cook qui avait accompagné
les premiers colons venus s’établir sur le territoire.
Défrichement, plantation et construction caractérisent
les premières années mais rapidement de petits commerces
s’installent. Le magasin général de John Farnsworth
ouvre en 1830, puis un hôtel, un moulin à scie et un
à farine sont créés pour répondre aux
besoins de la population. Des industries diverses se développent
dans la deuxième moitié du 19e siècle.
Deux entreprises retiennent particulièrement l’attention:
la Cookshire Mill Company, une scierie de grande envergure qui étendra
ses opérations jusqu’aux États-Unis et emploiera
plus de mille hommes ainsi que la Cookshire Flour Mill Company, un
moulin à farine et un entrepôt à grain florissant,
opérant encore aujourd’hui. Ces succès sont suivis
de bien d’autres dans des domaines variés tels ceux des
vêtements, de la cordonnerie, de la tannerie… donnant
un essor économique à toute la région.
Rayonnement régional et national
L’influence économique de la municipalité
se double d’une influence militaire et politique. L’établissement
d’une troupe de cavalerie (1823) qui interviendra lors de l’attaque
des Fenians (Irlando-américains) et lors de la révolte
d’Hereford (révolte des travailleurs du chemin de fer)
ainsi que d’une troupe d’infanterie, toutes deux basées
à Cookshire marquera l’histoire militaire de la région.
Les Première et Deuxième Guerres mondiales permettront
également aux Cookshirois de s’illustrer, cette fois-ci
individuellement, sur les champs de bataille.

À la veille du départ du curé
J.D.O. Godin, les paroissiens de Cookshire se sont réunis sur
le parvis de l'église pour lui rendre un dernier hommage. Collection
de la Société d'histoire de Sherbrooke IS2RPN21G14
Le pays profite d’une autre façon des talents des habitants
de Cookshire puisque plusieurs s’engagent sur la scène
publique. La Famille Pope s’illustrera particulièrement,
tant dans le domaine des affaires que dans celui de la politique.
John Henry Pope devient ministre de l’Agriculture, puis des
Chemins de fer et canaux à Ottawa (1871-1874-1878-1889) sous
le gouvernement conservateur. Il s’engage activement dans la
promotion du chemin de fer au niveau national et régional en
outre en investissant dans la construction du tronçon du Chemin
de fer international de St-François et Mégantic. Rufus
Henry Pope, le fils de John Henry est le notable le plus prestigieux
de Cookshire. Représentant du parti conservateur pour Compton
à Ottawa de 1889 à 1904, ensuite défait deux
fois, il obtient un siège de sénateur en 1911.
Succès économique et politiques ne sont pas sans affecter
le développement culturel de la municipalité. Une Académie,
un High School, un Mechanic’s Institute et une Société
agricole favorisent l’éducation et la culture. Une vie
paroissiale active se développe grâce à l’établissement
de la Trinity United Church et de la St. Peters Church. Plus tard,
en raison de l’établissement de nombreux francophones
à Cookshire, l’église Saint-Camille est construite
en 1868. S’amorce alors la constitution d’institutions
francophones pour répondre aux nouveaux besoins de la ville.
Le visage de Cookshire sera alors à l’image de la région,
en partie francophone et en partie anglophone.