En 1961, le recensement canadien dénombrait
pas moins de 1 800 000 citoyens de souche écossaise, ce qui
nous démontre que les Écossais se retrouvaient, à
l’époque, au troisième rang au niveau des groupes
ethniques du Canada et ce, après les Anglais et les Français.
Leur présence dans notre pays fut bien souvent occultée
mais il paraît évident aujourd’hui que ce peuple
contribua grandement à la colonisation du territoire nord-américain.

Jeunes filles costumées à l'écossaise.
Fonds C.Nicholl. La Société
d'histoire de Sherbrooke IP321RPN43M1
La situation politique régnant en Écosse ainsi que les
conditions de vie précaires s’y trouvant expliquent les
raisons de leur venue au Canada. Les premiers Écossais à
s’installer au pays furent, pour la plupart, des commerçants
de fourrures ou encore des soldats engagés par l’Angleterre
lors de la guerre de sept ans et qui reçurent, après
les hostilités, des concessions dans les territoires conquis
après 1763. Toujours au XVIIIe siècle, certains loyalistes,
dont plusieurs d’origine écossaise, s’installèrent
sur notre territoire à la suite de l’indépendance
américaine.
Vague de colons écossais dans les Cantons
de l’Est
La plus grande vague d’immigration écossaise
dans les Cantons de l’Est eut toutefois lieu près d‘un
siècle plus tard, soit vers 1845, alors que la région
s’ouvrait à la colonisation. Ce groupe d’Écossais
était originaire, dans la majorité des cas, de l’île
de Lewis au nord-ouest de l’Écosse.
Étant donné qu’à l’époque,
une famine sévissait dans leur pays à cause d’un
microbe qui détruisait les récoltes de pomme de terre,
principal aliment de leur régime, plusieurs Écossais
décidèrent de s’embarquer vers un pays où
tous les espoirs leurs étaient permis. Certains d’entre
eux, suivant le chemin appelé Port Saint-François, se
seraient dirigés vers les villes de Sherbrooke et de Lennoxville
pour ensuite se disperser dans les cantons voisins. Parmi ces Écossais,
quelques-uns s’établirent à Victoria, un établissement
de colonisation abandonné tout près de Scotstown.
Utilisant le matériel laissé sur les lieux par les colons
précédents, ces nouveaux arrivants purent ainsi ériger
leur résidence. La British American Land Co., qui avait acquis
des terres dans les «townships» de l’Est, favorisa,
pour sa part, l’établissement de nombreuses familles
écossaises aux frontières des cantons de Bury et de
Lingwick.
Ces immigrants provenaient d’une ville nommée Stornoway,
au nord de l’île de Lewis et ils devinrent les fondateurs
du village portant le même nom, celui-ci situé dans les
cantons de Winslow. Les Écossais ne se contentèrent
pas seulement de coloniser ce coin de notre région. Effectivement,
plusieurs d’entre eux pénétrèrent dans
les cantons d’Hampden, Marston, Lingwick et enfin Whitton.
La tradition gaélique
Ces familles surent établir dans notre
région leurs traditions. Grâce, entre autres, à
la construction d’une église évangélique
et d’une école gaélique à Stornoway. Cependant,
les poussées démographiques existantes dans les autres
régions du Québec amenèrent une arrivée
si massive de colons canadiens-français dans les Cantons de
l’Est que les Écossais furent vite occultés par
notre présence ou encore ils optèrent pour une autre
migration, cette fois-ci vers l’Ouest canadien ou les États-Unis.
Ceux qui demeurèrent parmi nous tentèrent tant bien
que mal de conserver leurs traditions. À ce propos, le géographe
Raoul Blanchard écrivait en 1937: «ils
sont restés incroyablement conservateurs; ils parlent encore
le gaélique et les petits Canadiens de Milan, hameau, et Marston,
linguistes de naissance, parlent à la fois le français,
l’anglais et le gaélique».
Si cette situation prévalait dans les années 30, elle
n’existe malheureusement plus aujourd’hui.
Ainsi donc, bien qu’il y a un siècle à peine les
Cantons de l’Est abritaient un grand nombre d’Écossais
et leurs descendants, notre région ne compte plus désormais
que quelques familles. La présence de ce groupe ethnique est
cependant toujours perceptible. Effectivement, le grand nombre de
cimetières écossais que l’on retrouve sur notre
territoire prouve sans conteste l’apport de ce peuple dans le
défrichement et la colonisation.
Un peuple fondateur
Tout comme d’autres populations du Canada,
les Écossais tombent dans une catégorie à part:
leur situation est en fait ambivalente. Nul ne peut nier qu’ils
font partie d’un peuple fondateur, mais ce, en ayant leur propre
identité. La présence des Écossais au Canada
s’est faite sentir à plusieurs reprises dans les secteurs
divers de la société. À ce titre, le plus bel
exemple est sans nul doute la nomination au titre de premier ministre
du Canada (1867, 1873, et de 1878 à 1897) d’un Écossais,
John MacDonald.