Joseph-Adélard Lajeunesse fut curé
de Sainte-Monique de 1900 à 1914. Peu de temps après
sa nomination, il invita sa sœur Emma, mieux connue sous le nom
d’«Albani» à
venir présenter ce qu’on appellerait aujourd’hui
un «concert-bénéfice» au profit des œuvres
de la paroisse. Madame Albani était l’une des plus grandes
cantatrices de son temps et sa venue à Sainte-Monique fut un
événement exceptionnel. L’Avenir
du Nord du 16 mai 1901 raconte cette journée mémorable…
«Malgré la mauvaise température
de samedi dernier, une affluence considérable s’est rendue
à Sainte-Monique pour entendre l’admirable cantatrice,
Mme Albani. On comptait près de 200 personnes venues des paroisses
environnantes, Saint-Jérôme, Sainte-Scholastique, Sainte-Thérèse,
Saint-Augustin, etc.
«Inutile de dire que tous les paroissiens de Sainte-Monique
désertèrent leurs champs et leurs maisons pour se masser
dans l’étroite enceinte de l’église. L’office
religieux commença à trois heures et demie. Après
quelques chants exécutés par les jeunes filles du village,
Albani chanta l’Ave Verum, de
Haendel, et l’Ave Maria, de Gounod.
La voix incomparable de notre illustre compatriote créa dans
l’auditoire une impression difficile à décrire.
On apercevait partout des figures de paysans écoutant avec
une admiration extatique ce chant qui leur semblait venir du ciel.
«Il faut avouer que Mme Albani chante d’une manière
ravissante. Habituée aux brillants décors et aux splendeurs
de la scène, la diva canadienne se sentit émue par la
simplicité de cette église de campagne et par la naïve
admiration qui faisait frissonner cet auditoire composé en
grande partie de villageois et de villageoises. Aussi fit-elle passer
dans son chant toute son âme, c’est à dire qu’elle
chanta de la manière la plus émouvante. Après
les morceaux mentionnés plus haut, le chœur des jeunes
filles chanta un Tantum Ergo, et après la bénédiction
du Saint-Sacrement, Albani fit entendre trois strophes du Stabat Mater
de Rossini. Pendant l’office religieux, Mlle Léonard,
accompagnée de son frère, fit une quête pour le
presbytère.
«Au sortir de l’église, la foule se groupa sur
le passage de Mme Albani qui se rendit au presbytère aux acclamations
et applaudissements de tout le monde. En retour, elle remercia la
foule par de grands saluts. Le député des Deux-Montagnes,
M. Éthier, lui envoya un superbe bouquet. Ce gracieux envoi
et plus encore sa qualité de député auraient
dû procurer à M. Éthier le plaisir et l’honneur
d’être présenté à Mme Albani. M.
le curé de Sainte-Monique a manqué de tact en cette
occasion. Tous les personnages importants des environs étaient
présents. Un grand nombre de prêtres s’étaient
aussi rendus. Mme Albani, accompagnée de son mari, est retournée
à Montréal par le train de 5 hrs».
Ce souvenir du passage d’Albani à Sainte-Monique a maintenant
plus de cent ans… Dans l’album souvenir qu’il publiait
en 1970, le curé Biron disait de cette paroisse qu’elle
allait mourir centenaire. Il avait raison. D’autant plus qu’on
a maintenant fermé les portes de son église, mais la
communauté paroissiale est toujours bien vivante. En choisissant
d’installer son hôtel de ville au cœur du Sainte-Monique
d’autrefois, Mirabel respecte à sa façon la mémoire
des lieux et des hommes.