En 1924, l’Angleterre établit un plan
pour se relier à son empire. Il faut construire un dirigeable
qui réponde aux exigences d’une telle ambition. Le R-100
est construit par la Airship Guarantee,
une succursale de la Vickers. Il a pour but de relier l’Angleterre
à l’Amérique. Parallèlement, on développe
le R-101, pour relier l’Égypte à l’Inde,
sans escale.
Dépouillé de sa toile, le R-100 ressemblerait à
une cage d’oiseau. Il mesure 216 mètres de longueur et
41 mètres de hauteur. La coque de l’appareil est divisée
en trois étages. Le plancher inférieur est réservé
à l’équipage, alors que les deux autres étages
sont réservés aux passagers.
Les premiers essais du R-101 ont lieu au début du mois de novembre
1929 et ceux du R-100 le 16 décembre suivant, à Howden.
À Saint-Hubert, tout est en place pour l’accueil du R-100
et de ses passagers. Dès 1928, on a commencé la construction
du mât d’ancrage. Ce mât atteint une hauteur de
63 mètres. Sa base, de forme octogonale, ancrée dans
des blocs de béton armé, a un diamètre de 21
mètres. La base jouxte un édifice cruciforme de deux
étages. Le rez-de-chaussée abrite la machinerie composée
de trois treuils actionnés par des moteurs électriques.
Les treuils peuvent tirer le dirigeable vers le mât à
une vitesse de 46 mètres à la minute. C’est le
treuil central qui tire le nez du ballon vers le mât d’ancrage.
Un ascenseur pouvant transporter 14 passagers est installé
dans la tour. Il monte jusqu’à une hauteur de 46 mètres.
Il faut ensuite faire le reste du trajet à pied. C’est
à une hauteur de 52 mètres qu’est installée
la galerie principale de la tour. C’est là qu’est
reliée la passerelle du dirigeable.
La tour est illuminée de partout par des projecteurs. Ce mât
est unique en Amérique.
Une petite usine à gaz a été construite à
915 mètres de la tour. Elle possède des réservoirs
pouvant contenir 11 500 mètres cubes de gaz. L’essence
est pompée par un système de pression à eau.
Le Canadien National fait construire des rails supplémentaires
à l’ouest de la rue Guy, à Montréal, uniquement
pour des trajets vers l’aéroport de Saint-Hubert. Deux
plate-formes temporaires de 488 metres sont également construites:
l’une de 14 mètres de largeur et l’autre de 9 mètres.
L’aérostat n’est pas le premier dirigeable à
traverser l’Atlantique. Cet exploit a été réussi,
au mois de juillet 1919, par le R-34, d’une dimension beaucoup
plus petite, 204 mètres de long par 24 de large. Il a fallu
108 heures de vol pour l'aller et 75 heures pour le retour. Le major
Pritchard fit un saut de 610 mètres en parachute pour superviser
l’équipe d'amarrage par trop inexpérimentée
qui attendait l’appareil à l’aéroport Roosevelt,
à Mineola, Long Island.
Le R-100 commence sa traversée de l’Atlantique le 29
juillet avec 37 membres d’équipage et sept passagers.
Le dirigeable se détache de la tour de Cardington à
15h48. Le vol dure près de 79 heures. Quelques incidents, au-dessus
du Saint-Laurent, retardent l’envolée. De violents vents
provoquent une déchirure du recouvrement d’un aileron.
Le 31 juillet, à 18h45, le R-100 passe au-dessus de Québec
et particulièrement au-dessus de la terrasse Dufferin. Sirènes
de bateaux et klaxons de voitures accompagnent le rugissement des
trois puissants moteurs Rolls-Royce du R-100.
L’aéronef vole au-dessus de Montréal à
trois heures du matin, mais ce n’est que deux heures plus tard
qu’il entreprend de se diriger vers Saint-Hubert.
Le 1er août, très tôt à l’aube, à
5h17, alors que les rayons du soleil commencent à remplacer
l’éclairage artificiel des projecteurs, le R-100 entreprend
sa manœuvre d'amarrage au mât de Saint-Hubert.
Le journaliste du poste de radio CKAC raconte en direct l’événement.
Ce n’est qu’après une campagne de La
Presse que les Québécois peuvent obtenir une
radiodiffusion en français de l’événement,
le projet initial n’ayant prévu qu’une narration
anglaise.
L’aéroport de Saint-Hubert est soudainement devenu une
véritable foire commerciale où les panneaux publicitaires
foisonnent de toutes parts. On estime qu’un million de personnes
ont vu le R-100 et visité les installations aéroportuaires.
À peine 3 000 d’entre elles ont pu pénétrer
à l’intérieur du dirigeable.
En 1938, le mât d’ancrage, considéré comme
dangereux pour la circulation et devenu complètement inutile,
est détruit. Il aura coûté plus d’un million
de dollars et n’aura servi qu’une seule fois.