Le Junkers W33 BremenPAR MICHEL GAGNÉ, Parmi les exploits enregistrés au cours des
premières années du XXe siècle, ceux concernant
l’aviation étaient tout particulièrement à
l’avant-plan de l’actualité. Voici l’histoire
de trois valeureux aviateurs dont l’exploit s’est terminé
au Canada. Il est bon de savoir que l’histoire de cette odyssée
remonte à 1924, alors que Fitzmaurice envisage de compléter
un vol transatlantique à destination du continent américain.
Un prototype d’avion étudié et mis à l’épreuve
l’année suivante. Fitz-maurice et le capitaine R.R. MacIntosh
tentent la traversée aux commandes d’un monoplan Fokker,
le Princess Xenia. Malheureusement,
ils doivent rebrousser chemin à cause des conditions météorologiques
défavorables. L’expérience acquise sera toutefois
précieuse et aidera Fitz-maurice pour son envolée avec
Koehl et von Huenefeld. Le 12 avril 1928, un monoplan Junkers
W33 ayant pour nom Bremen, s’envole
de l’aérodrome militaire de Bal Donnel, près de
Dublin, en Irlande, avec, à son bord, le baron Ehrenfried von
Huenefeld, le capitaine Herman Koehl et le colonel James Fitzmaurice.
L’équipage espère compléter la traversée
de l’Atlantique dans la direction est-ouest. Le vol représente
une entreprise hasardeuse en raison des vents d’ouest de l’Atlantique
Nord et des perturbations magnétiques de la côte Est
du Canada. Ils connaissent bien des difficultés car, en 1927,
il avaient échoué individuellement lors d’un même
essai. Le Bremen était devenu
la propriété de von Huenefeld grâce à l'appui
financier de banquiers de la ville de Brême (Bremen en allemand),
du même nom que l'appareil. C’est vers 05h30 que le Bremen,
équipé d’un moteur Junker
LV d’une puissance de 300 chevaux-vapeur, sous l’enregistrement
D1167, prend son envol. Après avoir parcouru quelque
1200 verges sur une piste spécialement aménagée,
l’appareil est incapable d’atteindre la vitesse escomptée,
à cause de la trop faible vélocité du vent à
cet endroit. Puis, soudain, un mouton égaré fait son
apparition à une dizaine de verges devant l’appareil.
L’équipage est envahi d’un sentiment de frayeur
et craint une catastrophe. Dans un geste désespéré,
le pilote met les gaz et obtient in extremis la vitesse nécessaire
pour éviter la collision. Cette manœuvre fut des plus
heureuses car l’avion prit suffisamment d’altitude pour
éviter –également de justesse– un arbre
à l’extrémité de la piste. Après
avoir survolé le territoire irlandais, le Bremen
pointe sa carlingue en direction de l’Amérique à
une vitesse de croisière de 210 km/h. La traversée se
déroule sans incident majeur, si ce n’est que l’équipage
doit affronter quelques bourrasques de pluie ou de neige. À
quelques reprises, des bombes fumigènes furent lâchées
afin de connaître la vélocité et la direction
des vents, dans le but d’apporter les corrections nécessaires
au plan de vol. |
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| Tout se déroule sans encombre jusqu’au moment où le monoplan s’approche à quelque 640 kilomètres des côtes de Terre-Neuve. Les conditions météorologiques deviennent alors de plus en plus maussades. Les fameuses variations magnétiques de la région perturbent la navigation visuelle. C’est alors qu’un coup de vent d’une force inouïe frappe l’appareil et le projette directement dans le nuage malgré les manœuvres pour l’éviter. Ils décident donc de diminuer leur altitude et de combattre l’élément de la nature de la façon opposée. À quelque dix-huit mètres de la surface de la mer, une grosse vague surgit au-dessous d’eux, les obligeant à se redresser. Cette fois, ils sont entièrement à la merci de leurs instruments. Les difficultés s’accumulent lorsque l’éclairage des instruments tombe en panne et que l’on découvre une fuite dans le réservoir d’essence. Comme il fait nuit et qu’il est de venu dangereux de piloter à basse altitude, l’équipage préfère redresser l’appareil à 2000 mètres, en dépit du froid intense, de brouillard et de la neige. Il est impossible de voir scintiller la moindre étoile pouvant raviver l’espoir. Le doute s’installe. À ce moment, von Huenefeld, Koehl et Fitz-maurice voient disparaître leur chance d’atteindre leur destination: Mitchell Field, dans l’État de New York. | |||
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Le Bremen, devenu aujourd'hui une piéce d'histoire...
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Les yeux rougis par la fatigue et
la tension, ils espèrent voir une lueur indiquant l’approche
du continent américain. Puis, comme par enchantement, l’épais
brouillard se dissipe. Devant eux, apparaît un magnifique ciel
étoilé. La constellation de la Grande Ourse et l’étoile
polaire, fidèles guides des marins depuis plusieurs siècles,
deviennent visibles, ce qui permet à l’équipage
de redresser la trajectoire. Scrutant l’horizon, Fitzmaurice
se rend compte que ce qu’il croyait être des nuages de
brouillard était en réalité la neige recouvrant
une région forestière. Une fusée éclairante
est alors lancée et l’appareil survole la région.
Toutefois, la fatigue, combinée à une navigation à
trop haute altitude, empêche l’équipage de bien
distinguer les objets au sol. Après le lancement d’une
troisième fusée, ils aperçoivent une large colline
boisée recouverte de neige. C’est alors qu’ils
constatent qu’ils survolent le continent. Aux premières
lueurs du jour, ils peuvent faire les observations nécessaires.
Leur enthousiasme s’estompe lorsqu’ils constatent qu’aucun
signe de vie n’est apparent. Ils concluent alors qu’ils
sont à plusieurs kilomètres à l’intérieur
du Labrador et décident de modifier leur route vers le sud-est,
utilisant encore une fois le soleil comme guide. Peu de temps après,
ils observent une large rivière avec des montagnes de chaque
côté. Ils descendent jusqu’à trente mètres
de la surface de la rivière et conservent cette altitude durant
deux heures. Trop fatigués, ils oublient de noter des points
de repère. La vérification du carburant indique qu’il
reste une réserve de trois heures. La direction sud-est est
maintenue et la nécessité de trouver un signe de vie
devient impérieuse. |
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Roméo Vachon La Trans-Canada Airlines |
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![]() Le Lockheed 10-A de Air Canada (Photo Normand Caron) |