Issue du Grand lac Victoria, cette rivière
traverse le lac Témiscamingue, arrose Ottawa et se jette dans
le Saint-Laurent, près de Montréal, après un
cours de 1100 kilomètres. Le segment de la rivière des
Outaouais situé entre les lacs des Quinze et Témiscamingue
s’appelle Rivière des Quinze. Cette entité transfron-talière
qu’est la rivière des Outaouais est reconnue officiellement
par le Gouvernement fédéral sous la double appellation
de Rivière des Outaouais et d’Ottawa River.
Ottawa et Outaouais sont des doublets phonétiques et morphologiques
remontant au même prototype, vraisemblablement à Ondoutaoüaheronnon,
en 1644. La Relation des Jésuites,
pour 1667, nous apprend que «Les Outaoüacs
prétendent que la grande rivière (des Outaouais) leur
appartient, & qu’aucune nation n’y peut naviguer,
sans leur consentement» c’est pour cela que tous ceux
qui vont en traite au François, quoique fort différents
de nation, portent le nom général Doutaouacs, sous les
auspices desquels ils font ce voyage. L’ancienne demeure des
Outaoüacs, estait un quartier du Lac des Hurons...»
Et le Manuel des Indiens du Canada ajoute que la rivière des
Outaouais qu’ils parcoururent fréquemment et qu’ils
furent les premiers, parmi les tribus de l’Ouest, à descendre
pour venir traiter avec les Français, tire son nom de ces tribus.
Abordons maintenant la signification du mot Outaouais. On s’entend
généralement pour dire que ce terme vient de l’algonquin
adawe, signifiant «acheter et vendre». Dans les premiers
temps de la tradition et aussi pendant la période historique,
ces Amérindiens étaient notés chez leurs voisins
comme des commerçants et des trafiquants d’une tribu
à l’autre, d’où ce nom qu’on leur
décerna.
Dans un rapport du Père P. Hani-paux, Jésuite, transmis
à l’écrivain Joseph Tassé, en 1869, portant
sur l’état actuel des Outaouais de l’île
Manitoulin, en Ontario, il est précisé que ces tribus
algiques ne savent pas d’où vient leur nom ni ce qu’il
signifie. Il est bon de rappeler qu’au moins deux autres significations
sont parfois avancées pour expliquer cette appellation: selon
certains, Outaouais est l’évolution du mot autochtone
ottew qui veut dire «bouillir»; selon d’autres dont
l’historien J.-B.-A. Ferland, ce terme signifie plutôt
«ceux qui ont des oreilles». Il viendrait de la pratique
encore suivie en certains lieux, de se fendre l’oreille depuis
le haut jusqu’au bas, et d’y insérer des bandes
de peau ou d’étoffe; cette opération rendait les
oreilles très grandes.
Il faut dire quelques mots sur l’ancienneté de la forme
graphique Outaouais. Dans une note intitulée Outaoua
publiée en 1898, le chroniqueur Benjamin Sulte affirme que
l’orthographe Outaouais et sa terminaison en «ais»
n’est pas antérieure au début du XIXe siècle:
«Ceux qui ont inventé l’orthographe
Outaouais ne se sont pas donné la peine d’étudier
les auteurs du dix-septième siècle, familiers avec la
nation des Outaouas et les peuples qui l’entouraient…
La première trace que je rencontre de l’épellation
Outaouais paraît avoir été inspirée par
M. Jacques Viger». Contrairement à ce que cet
auteur soutient, cette graphie est en réalité beaucoup
plus ancienne puisqu’on la rencontre dans plusieurs documents
du XVIIe siècle. Mentionnons seulement que le Journal du Chevalier
de Troyes de 1686, et la carte de Deshaies, de 1695, indiquent respectivement
«Chemin des Outaouais» et «R. des Outaouais».
Au XVIIIe siècle français, les attestations de l’orthographe
Outaouais sont très nombreuses. Signalons pour mémoire
que l’historien Charlevoix, dans son Histoire
et description générale de la Nouvelle-France de 1744,
de même que les cartes géographiques de Nicolas Bellin
qui y figurent, indiquent toujours Rivière des Outaouais, toponyme
parfois précédé du qualificatif «grand»
dans ces documents.
Il y a eu une grande variété d’orthographes pour
ce mot. Le Manuel des Indiens du Canada
indique plus de cent vingt manières différentes d’orthographier
ce terme amérindien, du XVIIe au XIXe siècle, et il
y en a certainement plusieurs autres.
Le Dictionnaire français-algonquin,
rédigé par le Père G. Lemoine, indique que ce
cours d’eau s’appelle kitci sibi «la grande rivière»
dans cette langue aborigène.
En 1616 et en 1632, Champlain parle de la rivière de Montmorency.
Franquelin, en 1678, utilise l’expression rivière des
Outaouacs. En 1790, un anonyme parle de la Grande Rivière.
En 1807, Cary traduit par Grand River. Taché, en 1870, préfère
la rivière des Outaouais ou Ottawa. Quelques-uns ont aussi
parlé de la rivière Utawas, dont La Tour en 1779. Enfin,
dernier exemple, Deshaies, en 1686, décrit la Grande Rivière
des Outaouais. Il y eut aussi la rivière des Prairies ou des
Algonquins, en 1677.
Source : Commission de toponymie