Plusieurs localités s’échelonnent
le long de la rivière des Outaouais, du lac des Deux-Montagnes
au Témiscamingue. Quelques-unes ont choisi de rappeler à
leurs citoyens et aux visiteurs le rôle tenu par la Grande Rivière
dans l’histoire du pays, ou tout au moins de souligner sa présence
séculaire dans le paysage. C’est ce qu’a choisi
de faire la petite communauté de Saint-Placide, à quelques
kilomètres en aval du barrage de Carillon.
À Saint-Placide, on peut admirer en toute quiétude l’un
des plus beaux paysages de tout le Québec méridional.
Il suffit en effet de s’asseoir quelques instants dans les marches
du «perron de l’église» ou au bout du quai
et de se laisser tout simplement pénétrer par la grandeur
et la beauté de la nature qui s’offrent à nos
yeux pour nous en convaincre. Le lac des Deux-Montagnes n’est
pas immense, loin de là; la colline de Rigaud, en face, ne
dépasse sans doute pas les 300 mètres, mais quelle harmonie!
quel équilibre! quel décor! et surtout quelle paix!
Mais ce lac, c’est avant tout l’exutoire de la rivière
des Outaouais et l’un des grands témoins silencieux de
notre histoire.
L’aménagement du parc Félix-Lalonde, en face de
la petite église, a été conçu à
la façon d’un vaste amphithéâtre d’où
il est possible d’admirer le spectacle unique d’une nature
discrète et généreuse à la fois. Derrière
ce paysage, si grandiose soit-il, se cache en réalité
une histoire tout aussi magnifique, une histoire qui recouvre un des
plus grands moments de la destinée de toute l’Amérique
du Nord, une histoire dont nous ne fûmes pas les témoins
mais qui nous rend quand même bien fiers.
Rivières et lacs –et la rivière des Outaouais–
ont constitué la grande route par laquelle les hommes ont participé
à la reconnaissance du cœur du continent avant de devenir
de grandes routes facilitant la traite et le commerce des fourrures.
Montréal était le point de départ et le point
d’arrivée de cette grande aventure. Le lac des Deux-Montagnes,
quant à lui, était une pièce maîtresse
de cette première grande voie transcontinentale. Et au-delà
de ce lac, c’est la rivière des Outaouais qu’empruntaient
militaires et explorateurs, commerçants et missionnaires, les
derniers venant infailliblement à la remorque des premiers.
C’est ainsi que tout au long du XVIIe siècle, le lac
des Deux-Montagnes a vu passer aussi bien Champlain que La Vérendrye,
et combien d’autres. C’est cette belle histoire de la
découverte du pays que les autorités municipales de
Saint-Placide ont choisi de faire connaître par l’installation,
en certains endroits du parc créé en bordure du lac,
de panneaux explicatifs, comme des livres d’histoire tout grand
ouverts. On y apprend l’histoire de l’église, du
quai et de la navigation. Mais c’est assurément le panneau
affichant la liste des «grands voyageurs» de l’Outaouais
qui procure la plus vive émotion.
Face au site actuel de l’église et du quai sont passés
Champlain lors de son voyage à l’île aux Allumettes
en 1613, Étienne Brûlé (1615) en route pour les
lacs Huron et Ontario, Jean Nicolet (1634) se dirigeant vers le lac
Michigan, Médard Chouart des Groseilllers et Radisson (1659)
dans leur voyage au lac Supérieur, Nicolas Perrot (1665) en
route vers le lac Michigan. Beaucoup d’autres ont aussi navigué
sur le lac des Deux-Montagnes dont Pierre de Troyes (1686) alors qu’il
gagnait la Baie James, et Pierre Le Moyne d’Iberville (1686)
en route pour la Baie d’Hudson.
Pour leur part, Antoine Lamothe Cadillac y est passé en 1694
alors qu’il gagnait le poste de Michillimakinac tandis que Pierre
Gautier de La Vérendrye a peut-être fait halte sur la
rive du lac, juste en aval des rapides du Long-Sault, lors de son
périple de 1731 en chemin pour le lac Winnipeg et les Rocheuses.
C’est ainsi que la rivière des Outaouais a joué
un rôle primordial dans la pénétration du continent
nord-américain. Merci aux gens de Saint-Placide de nous le
remettre en mémoire si bellement.