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COMME PLUSIEURS DE SON TEMPS, IL EST MAL CONNU

Jacques Labrie : médecin, député, historien et patriote

PAR GILLES BOILEAU

 

De nombreux liens historiques existent entre la Côte-du-Sud et ce coin du pays des Patriotes de 1837, alors connu comme le comté des Deux-Montagnes ou les Cantons-du-Nord. Ainsi, c’est au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, et dans des circonstances particulièrement mémorables, que le curé Étienne Chartier, connu parfois comme l’aumônier des Patriotes, a commencé à faire parler de lui. Les gestes qu’il a posés alors qu’il était curé de Saint-Benoît ne sont peut-être que le prolongement logique de son «fameux discours» de 1829 où il déclarait solennellement devant les autorités civiles et religieuses que seule l’éducation allait permettre au peuple canadien de se libérer du joug oppresseur des Britanniques.

Par ailleurs, c’est aussi au pays de la Côte-du-Sud que Zéphyrine Labrie, la veuve du chef patriote Jean-Olivier Chénier, vint s’installer, en 1844, avec son nouvel époux, Louis-Auguste Desrochers. Tous deux avaient été engagés comme instituteurs par les sieurs commissaires scolaires et M. le curé Nicolas-Tolentin Hébert. Mais ce que l’on sait moins, c’est que le père de Dame Zéphyrine Labrie –et beau-père du chef patriote Jean-Olivier Chénier– est lui aussi né en cette région, soit à Saint-Charles-de-Bellechasse, en 1783.

Il y eut dans la vallée du Saint-Laurent –et dès l’époque du Bas-Canada– un grand nombre de citoyens qui s’illustrèrent tant dans le domaine de l’éducation que dans celui de la politique. Quelques-uns firent parler d’eux sur les deux plans à la fois. Ce fut le cas, entre autres, du docteur Jacques Labrie qui partagea sa vie entre Saint-Charles-de-Bellechasse, Québec et Saint-Eustache. En plus d’être médecin de carrière et député de par la volonté de ses concitoyens, Jacques Labrie était aussi éducateur et historien. Mais peut-être est-il davantage connu comme le beau-père du docteur Jean-Olivier Chénier, chef patriote mort au combat de Saint-Eustache le 14 décembre 1837, qui avait épousé le 26 septembre 1831 sa fille Marie-Zéphyrine.

Il y avait, à cette époque, quelques autres grands médecins éducateurs comme le docteur Jean-Baptiste Meilleur qui fut l’un des fondateurs du collège de l’Assomption et qui devint le premier surintendant de l’Instruction publique au Bas-Canada. Des relations amicales s’établirent et durèrent longtemps entre les docteurs Labrie et Meilleur. Il faudrait, en toute honnêteté, des dizaines et des dizaines de pages, pour tracer un portrait tant soit peu fidèle du célèbre médecin de Saint-Eustache… né à Saint-Charles. D’ailleurs, c’est de ses œuvres qu’il faudrait parler plutôt que de lui-même. Malheureusement, le docteur Jacques Labrie, comme bien d’autres, appartient à la longue cohorte des héros méconnus de notre histoire.

Il a réalisé, à Saint-Eustache, de grandes oeuvres dans le domaine de l’éducation. Lui-même fondateur de deux écoles dont une école de filles fort renommée (qu’il tenait dans sa résidence), il fit partie de la première commission scolaire du village, à titre de commissaire-syndic, avec ses bons amis le curé Jacques Paquin (né à Deschambault) comme président, et le notaire Joseph-Amable Berthelot.

Il venait de Saint-Charles

Le docteur Labrie est né à Saint-Charles de Bellechasse, le 4 janvier 1783. Il était issu d’une famille de pionniers, puisque son grand-père avait été l’un des premiers colons à venir s’installer sur les terres de la future paroisse. À l’âge de 13 ans, Labrie fit son entrée au séminaire de Québec. C’est l’abbé Jean-Joseph Roy qui fit des pressions auprès des autorités du séminaire pour que le jeune homme puisse commencer ses études.

Mais c’est d’abord le curé de Saint-Charles, l’abbé Louis-Pascal Sarault, qui avait remarqué les talents et la vivacité d’esprit du jeune garçon. L’abbé Auguste Gosselin, biographe du docteur Labrie, affirme que Jacques Labrie fit de très fortes études classiques qu’il termina en 1804. Parmi ses confrères de classe, il y avait, entre autres, Louis-Joseph Papineau et l’abbé Flavien Lajus qui passera quelques mois à Saint-Eustache comme curé en 1810, après y avoir été vicaire.

À sa sortie du séminaire, Jacques Labrie entreprit ses études de médecine auprès du docteur François Blanchet, de Québec. Tout en poursuivant ses études, il fonda, en 1807, à l’âge de 23 ans, avec son ami Louis Plamondon, Le Courrier de Québec. C’était un journal à tendance nationaliste paraissant deux fois la semaine.

Journaliste, historien et éducateur

En fondant son journal, Jacques Labrie suivait en cela l’exemple de son maître le docteur François Blanchet auprès duquel il avait poursuivi ses études de médecine et qui avait lui aussi fondé, un an auparavant, Le Canadien. Ainsi, le maître et l’élève avaient chacun leur propre journal.

Il se servit des colonnes de son journal pour y commencer la parution d’une série d’articles sur l’histoire du Canada. Ce fut là le début ou les assises d’une œuvre impressionnante qui, malheureusement, ne vit jamais le jour. En effet, l’Histoire du Canada du docteur Jacques Labrie ne fut jamais publiée pour la simple et bonne raison que le manuscrit disparut dans l’incendie de la maison du notaire Jean-Joseph Girouard, à Saint-Benoît, le 15 décembre 1837. Avant de mourir, Jacques Labrie avait en effet confié son manuscrit à son ami –qui fut aussi son successeur comme député de Deux-Montagnes– le notaire Girouard.

En plus de rédiger une Histoire du Canada, Labrie prépara aussi un manuel de Géographie. En même temps que lui, son voisin le curé Paquin préparait, de son côté, une histoire de l’Église canadienne. Aucun de ces deux documents ne fut publié. Si le manuscrit de Labrie disparut vraiment dans l’incendie de Saint-Benoît, celui de l’abbé Jacques Paquin fut perdu, lui, dans l’incendie de l’évêché de Montréal en 1852, dit-on. Certains racontent cependant que les autorités religieuses auraient simplement fait disparaître le précieux manuscrit en raison de sa médiocrité. À moins que les réflexions du curé-historien aient choqué l’évêque… ce qui n’aurait pas été impossible compte tenu des relations souvent difficiles entre le curé de la Rivière-du-Chêne et son évêque.

Le journal de Labrie ne parlait pas uniquement de politique. Il abordait beaucoup d’autres sujets comme la littérature et les arts, mais aussi les problèmes de l’industrie et de l’agriculture. Mais il profita avant tout de «son» journal pour publier une série d’articles sur l’histoire du Canada. Son intention était de réunir ses articles pour les publier plus tard sous forme de volume. Il ne put jamais le faire.

Une «Histoire» qui ne sera jamais publiée

On se demande pourquoi il n’a jamais réussi à publier cette Histoire du Canada. Entre le moment où il en a commencé la rédaction, en 1807, et sa mort survenue en 1831, il en aurait bien eu le temps. Et pourtant il ne l’a pas fait. Il semble bien qu’un mauvais sort se soit acharné sur le manuscrit du docteur Labrie. Non seulement n’a-t-il pas été publié du vivant de l’auteur, mais le précieux document s’envola en fumée par une triste journée de décembre 1837…

À propos de l’Histoire du Canada de Labrie, Augustin-Norbert Morin déclarait ce qui suit le 23 novembre 1831… «Je sais que M. Labrie, qui y a travaillé surtout depuis 1825, s’est procuré et a consulté, outre un grand nombre de manuscrits originaux, presque tous les écrivains Français et Anglais qui se sont occupés de l’Histoire de cette partie du Globe, depuis l’époque de sa découverte. Je regarde son histoire comme exacte et impartiale. Outre la suite des événements généraux, divisée par époques, une partie spéciale de ce grand travail (…) est consacrée à l’Agriculture, au Commerce, aux Institutions Civiles et Religieuses de chaque époque. L’auteur en était rendu à la fin de la dernière guerre avec les États-Unis d’Amérique, lorsque la mort l’a enlevé à ses amis et à son Pays».

M. Morin était alors député du comté de Bellechasse et responsable du dossier Labrie. En effet, la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada avait adopté une résolution où elle déclarait «expédient de faciliter la publication de l’Histoire du Canada composée par feu Jacques Labrie, Écuyer», en autorisant l’achat d’un certain nombre d’exemplaires de l’ouvrage. M. A.-N. Morin avait été autorisé à présenter un projet de loi en ce sens.

L’historien Benjamin Sulte a eu des paroles très sévères à l’endroit des travaux de Labrie comme historien. Il a écrit en effet dans Le Courrier de Québec… «Le docteur Jacques Labrie a donné des leçons d’Histoire du Canada fort remarquables pour le temps, bien qu’assez pauvrement écrites. Nous ne savons pas ce que valaient les matériaux amassés, durant 30 ans, par cet érudit et dont on a tant parlé. Ils ont été brûlés dans le sac de Saint-Benoît en 1837».

Comment expliquer tout ce temps perdu? Entre le moment où Girouard reçut en dépôt le manuscrit de Labrie et l’incendie de sa maison, six années ont passé… Pourquoi ne pas penser que Chénier, son gendre, à qui on aurait soumis ce document, aurait peut-être pu en interdire la publication pour cause de «britannisme un peu trop évident»?

Un homme sage

Jacques Labrie n’était pas un extrémiste. Dans son journal, il émettait des opinions beaucoup plus modérées que ne le faisait son maître dans Le Canadien. D’après l’abbé Ferland, Le Canadien dépassait souvent les bornes de la modération et de la prudence. De son côté, Labrie se faisait surtout le défenseur de la langue française. Ils ne se cachait pas pour soutenir de sa plume «les droits des Canadiens français à la conservation de leur langue, de leurs droits et de leur religion».

Dans un ouvrage intitulé: Un bon patriote d’autrefois, le docteur Labrie (Laflamme & Proulx, Québec, 1907), l’abbé Auguste Gosselin écrivait : «Labrie ne craignait pas d’affirmer qu’il fallait accepter franchement le régime anglais, s’attacher à la constitution de 1791 même avec ses défauts, combattre les abus du pouvoir, mais ne pas ébranler la constitution elle-même».

Avec de telles idées, on se demande comment Labrie a pu arriver à s’entendre avec son gendre et futur chef patriote, le docteur Chénier. Nous ne le saurons jamais, puisque Labrie mourut six ans avant les malheureux événements de Saint-Eustache… et un mois seulement après le mariage de sa fille Zéphyrine avec Chénier. Une chose est certaine cependant, les rapports de Chénier avec la veuve Labrie furent orageux.

La biographie que l’abbé Gosselin a consacrée au docteur Labrie comportait, dans l’édition de 1907 –la deuxième– une préface de l’honorable Adélard Turgeon, député du comté de Bellechasse. Voici quelques extraits de cette préface : «Cher monsieur l’abbé... J’ai lu votre beau livre Le Docteur Labrie pendant la soirée, tout d’un trait; et je ne veux pas me coucher sans vous écrire combien j’ai été vraiment remué. Voilà le genre d’ouvrage qu’il faut répandre dans les écoles pour apprendre à l’enfant les choses du passé, le culte des grands ancêtres, et lui donner l’amour de la terre canadienne. Je confesse mon ignorance. Je connaissais à peine Labrie de nom, mais rien de son rôle comme éducateur, et rien surtout de ce grand ouvrage d’histoire qu’une mort prématurée l’a empêché de publier. Et dire que c’était un homme de chez nous…»

Médecin à Saint-Eustache

C’est quelques mois seulement après avoir fondé son journal, que Jacques Labrie, alors âgé de 24 ans, part pour l’Europe en juin 1807. Il se rend à Édimbourg afin de compléter ses études médicales.

Jacques Labrie a passé un an en Europe. Il revient d’Écosse au mois d’août 1808, avec son diplôme de la «Royal Physical Society». Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, Labrie ne se réinstalle ni dans sa paroisse natale où il a pourtant vécu les premières années de sa vie ni à Québec où il avait fondé un journal, mais choisit plutôt Montréal pour poursuivre sa carrière médicale.

Il occupe donc la maison d’un monsieur Cardinal, au 131 de la rue Saint-Paul. En s’installant à Montréal, il retrouvait son ami et confrère d’études au séminaire de Québec, l’abbé René-Flavien Lajus, devenu vicaire à Saint-Eustache. Connaissant bien son ami Labrie, le jeune vicaire mit bien peu de temps pour convaincre le nouveau médecin de quitter Montréal pour le beau village de Saint-Eustache. Il pourrait trouver là, selon Édouard Desjardins, «un milieu rural de bonne tenue et ouvert aux idées nationales» (L’Union médicale du Canada, juillet 1969).

Labrie était un grand humaniste et comme médecin il se fit bien vite une excellente réputation. Conscient de ses responsabilités, le docteur Labrie se lança en politique en 1827. Il fut alors élu député du comté d’York en même temps que Jean-Baptiste Lefebvre. Tous les deux appartenaient au parti de Papineau, qui avait été le confrère de collège de Labrie. Ils triomphèrent de leurs adversaires, le colonel Simpson et le lieutenant-colonel Dumont, les deux députés «sortants» du parti de Dalhousie. Dumont était même le seigneur tout puissant de la Rivière-du-Chêne. Cette élection fut marquée de maintes irrégularités et d’une regrettable violence. Labrie disait même de son adversaire et concitoyen le seigneur Dumont «qu’il était un arbre stérile qu’il faut couper parce qu’il ne porte pas de bons fruits».

Labrie était député, mais il était avant tout médecin. Et comme médecin, il devait parcourir chaque jour les chemins de campagne. Combien de fois dut-il se rendre dans les concessions les plus reculées pour assister les jeunes mamans quand elles donnaient naissance à leurs enfants. Les visites aux malades étaient d’autant plus harassantes que les chemins étaient la plupart du temps dans un état lamentable.

Cet extrait d’un texte de Labrie lui-même nous en dit davantage: «Nos chemins sont garnis d’ici à la ville de voitures cassées; un de nos concitoyens la semaine dernière a mis quatre heures avec un bon cheval et une voiture rien que pour faire les quatre milles qu’il y a depuis Saint-Laurent à Montréal».

Homme actif et dévoué, Labrie passait beaucoup de son temps en voyage. Il y avait ses nombreuses visites aux malades, mais aussi ses fréquents déplacements, en diligence, entre Montréal et Québec par le chemin du Roy. Médecin et député, Labrie fut aussi un éducateur. Il ne prêchait pas que par la parole, mais aussi par l’exemple et l’action. Rappelons qu’il avait fondé dans le village de Saint-Eustache deux écoles modèles, une pour les garçons et une autre pour les filles.

Dans un de ses discours au Parlement, Louis-Joseph Papineau lui rendit un jour hommage en ces termes : «Le docteur Labrie a senti toute l’importance de l’éducation; il l’a propagée tant que ses moyens le lui ont permis. Il a fait d’énormes sacrifices pour l’éducation du peuple».

Le docteur J.-B. Meilleur, le premier surintendant de l’Instruction publique, écrivit un jour : «les examens passés par les élèves du docteur Labrie étaient de véritables fêtes littéraires». Il tenait beaucoup à l’éducation des jeunes et encouragea fortement le curé Paquin dans son projet de construire un couvent. Le couvent en question était en construction au moment de la mort de Labrie.

La mort du docteur Jacques Labrie

Surprise par la mort du docteur Labrie, La Minerve du 27 octobre 1831 n’y consacra que quelques paragraphes rédigés en vitesse. Elle allait y revenir dans ses éditions suivantes. Mais dès le lendemain de sa disparition elle en parlait avec émotion:

«Nous arrêtons les presses pour annoncer la perte inappréciable que le pays vient de faire dans la personne de Jacques Labrie, Écuier, membre du parlement provincial, décédé à Saint-Eustache, hier le 26 de ce mois, à l’âge de 48 ans, après une courte maladie, que sa santé épuisée depuis longtemps par une vie laborieuse ne lui a pas permis de soutenir. Tout éloge serait superflu dans la circonstance actuelle; les travaux et le patriotisme de M. Labrie lui ont depuis longtemps acquis l’estime universelle de ses compatriotes. Nous réservons pour une autre occasion de faire une notice étendue sur son utile et honorable carrière; nous nous bornerons ici aux principaux traits.

«Après avoir fait de bonnes études au Collège de Québec, et étudié sa profession pendant quelques années sous feu M. le Dr Blanchet, il alla finir son cours médical en Écosse. Revenu dans le pays, il s’établit peu de temps après à Saint-Eustache, où il a pratiqué la médecine depuis 1808 avec un rare succès. Des habitudes laborieuses et réglées lui ont cependant de tout temps fourni des loisirs pour se rendre utile à ses concitoyens. Son mérite éminent ne tarda pas à lui attirer l’amitié des principaux hommes publics du pays, avec lesquels il a constamment partagé leur espoir d’avenir. Il servit avec zèle pendant la dernière guerre comme chirurgien de milice régulière. Ne pouvant rester un moment oisif, il fonda à Saint-Eustache une école de Demoiselles, dont il rédigea les cours, et qu’il surveilla sans cesse: l’éducation que les jeunes demoiselles canadiennes y recevaient n’a été surpassée jusqu’à présent dans aucune autre institution dans le pays.

«Dans tous nos démêlés politiques, il travailla à éclairer le peuple et à le défendre. Depuis longtemps au premier rang sur notre horizon public, il n’accepta néanmoins la députation qu’en 1827, à une époque où son influence seule pouvait paralyser dans ces quartiers les partisans de lord Dalhousie. Ses amis savent quel excès de zèle il lui a fallu depuis pour remplir cette mission, et la manière patriotique et laborieuse dont il l’a remplie (…) Historien de son pays, il achevait de mettre la dernière main à son ouvrage, lorsque la mort l’a enlevé. Ses amis, dépositaires de ses précieux manuscrits, s’empresseront de rendre un hommage durable à sa mémoire en les publiant
».

Les descendants du docteur Labrie

À Saint-Eustache, une rue et une école rappellent son nom. Même s’il s’est dévoué pour une population dispersée sur un très large territoire, rien cependant dans la MRC de Deux-Montagnes n’évoque sa mémoire.

Jacques Labrie se maria à l’âge de 25 ans. Il prit pour épouse Marguerite Gagnier, la fille du notaire Pierre-Rémi Gagnier qui était le premier associé professionnel du notaire Joseph Papineau, le père du grand tribun et chef patriote Louis-Joseph Papineau.

Le docteur Labrie n’avait que 48 ans lors de son décès, survenu à la suite de visites faites à ses malades par de très grands froids mais surtout à la suite d’une longue tournée qu’il avait effectuée dans les écoles de la région à titre de «visiteur» ou d’«inspecteur». Il mourut en quelque sorte victime du devoir. Nous ignorerons donc toujours quelle aurait été sa réaction face aux événements de décembre 1837. Divers documents cependant nous laissent croire qu’il n’aurait peut-être pas partagé entièrement les opinions radicales de son gendre, le docteur Chénier.

Ses funérailles attirèrent dans le village un nombre impressionnant de grands personnages, ce qui montre bien tout le respect et l’estime que l’on vouait à ce noble citoyen de Saint-Eustache… originaire de Saint-Charles-de-Bellechasse. Parmi la foule nombreuses et recueillie qui se pressait à l’église, on reconnaissait plusieurs de ceux qui, un mois plus tôt, étaient venus assister au mariage de la fille du défunt avec le docteur Jean-Olivier Chénier. Il y avait, entre autres, Augustin-Norbert Morin, Jean-Joseph Girouard, Jacques Viger et Louis-Joseph Papineau.

Devenue veuve du docteur Labrie en octobre 1831, Marguerite Gagnier ne le demeura pas longtemps. Dès l’année suivante, en 1832, elle épousa un notable du village en la personne de Jean-Baptiste Laviolette, lieutenant-colonel de la milice pour le district de Saint-Eustache. Ce Laviolette appartenait à la famille des co-seigneurs qui étaient devenus –par mariage– propriétaires d’un morceau de la première seigneurie des Mille-Isles.

De son côté, Zéphyrine Chénier, née Labrie, devenue veuve elle aussi en décembre 1837, se remaria assez rapidement. Elle unit son destin à celui de Louis-Auguste Desrochers, à Saint-Eustache, dès 1839. De ce second mariage naquit une fille qui épousa le docteur Wilfrid Prévost, de Saint-Jérôme. Une autre fille du docteur Labrie, Henriette, épousa elle aussi un autre Prévost, Melchior, qui était notaire, à Saint-Jérôme lui aussi. Melchior Prévost était le père du docteur Wilfrid Prévost. Ainsi la fille de Zéphyrine Labrie-Desrochers avait sa tante Henriette comme belle-mère! Comprenne qui pourra. De la même façon, Henriette Labrie-Prévost avait la fille de sa soeur comme bru ou belle-fille.

Quant à Pierre-Auguste, le fils du docteur Jacques Labrie, il se fit marchand à Saint-Jérôme. Et Léonidas, le fils de Pierre-Auguste, devint pour sa part secrétaire de la grande fabrique de papier Rolland. Il est décédé en 1934 seulement. Si Léonidas Labrie a eu des enfants, cela voudrait dire que les arrières petits-fils du beau-père de Jean-Olivier Chénier pourraient être encore vivants. Ici commence le travail des généalogistes…

En fouillant dans les registres d’État civil de la paroisse de Saint-Eustache, on découvre que le couple Labrie eut 11 enfants… entre 1810 et 1825, en 15 ans, dont huit en 9 ans (Marie-ÉIoïse est née et fut baptisée le 17 avril 1810. Marguerite-Henriette, la huitième venue, est née le 7 mars 1819 et fut baptisée le lendemain).

Le jeune Dr Labrie semblait très bien vu par la bourgeoisie locale, comme l’indiquent clairement la qualité et la variété des parrains et marraines retenus. Cette liste puise uniquement dans les clans dominants: seigneurs, marchands, notaires, bourgeois et même un curé… Globensky, Mackay, Laviolette, De Bellefeuille, Dumont, Lemaire Saint-Germain, Berthelot, Gagnier, Féré, Félix, Dumouchel…

Il y a toujours des Labrie en Côte-du-Sud. Qu’on me permette de citer, en guise de conclusion, ces quelques lignes tirées d’une petite brochure consacrée au Moulin de Beaumont, par M. Arthur Labrie, lui-même grand artisan et maître-d’œuvre de la restauration dudit moulin: «
...Pierre Naud dit Labrie était originaire de Saintes, en Saintonge, France, fils de Jean Naud, marchand de Brie. Il s’agit alors du premier ancêtre, en ligne directe, de la famille Labrie dont je suis de la huitième génération. C’est Jacques Labrie, de la quatrième génération, qui déménagea à Saint-Charles. Il était le père du fameux docteur Jacques Labrie, historien et député des Deux-Montagnes».

Dans Bellechasse, la toponymie a conservé fidèlement la mémoire de ces pionniers : on y trouve un hameau, une anse et un ruisseau perpétuant ce nom prestigieux toujours porteur d’histoire et de fierté.

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