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LE SOUVENIR ENVOLÉ D'UNE PAROISSE DISPARUE

Albani à Sainte-Monique

PAR GILLES BOILEAU

 

Le 27 mars 1969 naissait le nouvel aéroport international de Montréal. Des milliers de citoyens ont alors connu des moments pénibles. L’expropriation a apporté avec elle son lot de souffrances et d’injustices. La vie de quelques paroisses a été profondément perturbée, celle de Sainte-Monique en particulier. Aujourd’hui, cette paroisse est devenue une relique et un souvenir… G.B.

Joseph-Adélard Lajeunesse fut curé de Sainte-Monique de 1900 à 1914. Peu de temps après sa nomination, il invita sa soeur Emma, mieux connue sous le nom d’«Albani» à venir présenter ce qu’on appellerait aujourd’hui un «concert-bénéfice» au profit des œuvres de la paroisse. Madame Albani était l’une des plus grandes cantatrices de son temps et sa venue à Sainte-Monique fut un événement exceptionnel.
L’Avenir du Nord du 16 mai 1901 raconte cette journée mémorable…

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Malgré la mauvaise température de samedi dernier, une affluence considérable s’est rendue à Sainte-Monique pour entendre l’admirable cantatrice, Mme Albani. On comptait près de 200 personnes venues des paroisses environnantes, Saint-Jérôme, Sainte-Scholastique, Sainte-Thérèse, Saint-Augustin, etc.

«Inutile de dire que tous les paroissiens de Sainte-Monique désertèrent leurs champs et leurs maisons pour se masser dans l’étroite enceinte de l’église. L’office religieux commença à trois heures et demie. Après quelques chants exécutés par les jeunes filles du village, Albani chanta l’Ave Verum, de Haendel, et l’Ave Maria, de Gounod. La voix incomparable de notre illustre compatriote créa dans l’auditoire une impression difficile à décrire. On apercevait partout des figures de paysans écoutant avec une admiration extatique ce chant qui leur semblait venir du ciel.

«Il faut avouer que Mme Albani chante d’une manière ravissante. Habituée aux brillants décors et aux splendeurs de la scène, la diva canadienne se sentit émue par la simplicité de cette église de campagne et par la naïve admiration qui faisait frissonner cet auditoire composé en grande partie de villageois et de villageoises. Aussi fit-elle passer dans son chant toute son âme, c’est-à-dire qu’elle chanta de la manière la plus émouvante. Après les morceaux mentionnés plus haut, le chœur des jeunes filles chanta un Tantum Ergo, et après la bénédiction du Saint-Sacrement, Albani fit entendre trois strophes du Stabat Mater de Rossini. Pendant l’office religieux, Mlle Léonard, accompagnée de son frère, fit une quête pour le presbytère.

«Au sortir de l’église, la foule se groupa sur le passage de Mme Albani qui se rendit au presbytère aux acclamations et applaudissements de tout le monde. En retour, elle remercia la foule par de grands saluts. Le député des Deux-Montagnes, M. Éthier, lui envoya un superbe bouquet. Ce gracieux envoi et plus encore sa qualité de député auraient dû procurer à M. Éthier le plaisir et l’honneur d’être présenté à Mme Albani. M. le curé de Sainte-Monique a manqué de tact en cette occasion. Tous les personnages importants des environs étaient présents. Un grand nombre de prêtres s’étaient aussi rendus. Mme Albani, accompagnée de son mari, est retournée à Montréal par le train de 5 hrs
».

Ce souvenir du passage d’Albani à Sainte-Monique a maintenant plus de cent ans… Dans l’album souvenir qu’il publiait en 1970, le curé Biron disait de cette paroisse qu’elle allait mourir centenaire. Il avait raison. D’autant plus qu’on a maintenant fermé les portes de son église, mais la communauté paroissiale est toujours bien vivante. En choisissant d’installer son hôtel de ville au cœur du Sainte-Monique d’autrefois, Mirabel respecte à sa façon la mémoire des lieux et des hommes.

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