Mascouche
PAR JEAN-PIERRE
DURAND
Collaboration spéciale de Philatélie Québec
Aussi
bien vous prévenir: cest la première fois que je
tâte un tant soit peu sérieusement de lhistoire postale,
non pas en tant que spécialiste, loin sen faut, mais néanmoins
avec un zèle de néophyte. Ne voyez donc ici quune
tentative timide daborder lhistoire postale de Mascouche,
cette ville, naguère encore un village, située dans Lanaudière,
à quelque vingt kilomètres au nord de Montréal.
En bout de piste, vous aurez un aperçu de cette histoire, à
tout le moins quelques bribes. Je laisse à dautres, plus
érudits et ayant du temps libre devant eux, le soin de se pencher
par le menu sur le sujet.
Mais,
serez-vous en droit de me dire, pourquoi avoir choisi Mascouche (en
passant, ce mot signifie « ourson » en langue amérindienne)
? Ou, pour poser la question autrement, pourquoi pas tant qu'à
y être Sainte-Cunégonde, Chicoutimi ou LAnse-Pleureuse
? Eh bien, tout simplement parce que Mascouche évoque pour moi
bien des souvenirs, et dabord celui de mes grands-parents, tant
maternels que paternels, de la parenté qui arrivait au Jour de
lAn (comme dit la chanson), des pique-niques mémorables
dans le ptit bois (aujourdhui coupé en deux par lautoroute
25)
Mascouche, ce sont aussi des lieux comme les rangs du Petit
et du Grand Coteau, la Cabane Ronde, la côte Saint-Philippe, la
Plaine, un petit ruisseau aussi où on y pêchait moult barbottes
et parfois même de languille, et léglise, cette
église témoin de tant de cérémonies (du
baptême à lenterrement) qui ont marqué ma
famille
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Mascouche,
ce sont de belles et grandes maisons, des bâtiments de ferme,
une petite école de rang où ma tante Monique enseigna
un temps, le camp dété de MononcAlfred
Mascouche évoque aussi une grande galerie bordée
de glaïeuls, près dun puits qui me faisait un
peu peur, à lombre dun saule pleureur
Mascouche, cest grand-papa Onésime qui bourrait sa
pipe en tapant du pied, tandis que grand-maman Alda nous régalait
avec tout ce quelle préparait, à commencer
par ses carrés de sucre à la crème
Voilà, en un mot comme en cent, pourquoi Mascouche ! (ill.
1)
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Illustration 1.
Les quatre filles dOnésime Beauregard, cultivateur
de son métier, sur le parvis de léglise de
Mascouche, le 1er juillet 1951, lors des célébrations
entourant le bicentenaire de Saint-Henri-de-Mascouche.
(Collection
personnelle de l'auteur)
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Enfin,
à tout seigneur, tout honneur, je suis grandement redevable
pour ce texte à ces véritables praticiens de lhistoire
postale, dont je cite les noms dans mes sources bibliographiques.
À lorigine, le territoire actuel de Mascouche faisait
partie de la seigneurie de Repentigny. En effet, Pierre Le Gardeur
de Repentigny (ill. 2), né en Normandie dans une famille
appartenant à la noblesse et arrivé en Nouvelle-France
en 1636, se voyait octroyer, par un acte passé à
Paris le 16 avril 1647, un immense domaine, incluant les territoires
actuels des villes de Mascouche, Lachenaie et Repentigny. En 1670,
son fils aîné devenait propriétaire du fief,
quil céda en partie la même année à
Charles Aubert de Lachenaye, un marchand de Québec. La
seigneurie de Repentigny fut alors renommée Lachenaie.
Dès 1673, le nouveau seigneur concédait les premières
terres aux colons qui lui en faisaient la demande. En échange,
ceux-ci, que lon appelait les censitaires, devaient défricher
la terre et payer des redevances annuelles au seigneur. Dautres
personnes succéderont à C.A. de Lachenaye, parmi
lesquelles un certain Pierre Le Gardeur (il sagit du petit-fils
du premier seigneur).
Lors de la cession du Canada à lAngleterre, en 1763,
comme bon nombre de nobles français regagnaient prestement
la mère-patrie, la seigneurie de Lachenaie passa entre
diverses mains pour finalement être cédée,
en 1794, à Peter Pangman. Elle resta dans le giron de la
famille Pangman jusquen 1881. En 1905, les droits sur la
seigneurie étaient cédés à la corporation
épiscopale de Joliette.
La paroisse Saint-Henri-de-Mascouche fut créée en
1750 (il y eut 250 ans lannée dernière) et
le premier baptême célébré le 29 décembre
de la même année. Anniversaire pour anniversaire,
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L'Église
de Mascouche.
Photo J.-P.
Durand

Illustration
2. Pierre Le Gardeur de Repentigny.
Photo : J.-P.
Durand.
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les férus dhistoire postale retiendront de préférence
1842 comme millésime intéressant, soit lannée
de louverture du bureau de poste de Mascouche. En 1992, justement
à loccasion de ce 150e anniversaire, la Société
dhistoire postale du Québec, à lintérieur
des pages de son Bulletin, avait illustré un pli adressé
à « la Mascouche de La Chenaye » le 31 mars 1774
(ill. 3)
soit bien avant louverture du bureau de poste.
Ce pli était adressé à un certain monsieur Magnan,
cultivateur de Mascouche (lhistorien L.A.F. Crépeau, dans
son livre Mascouche en 1910, mentionne le nom de Joseph Magnan, né
à Charlesbourg et venu sétablir à Mascouche
vers 1772; il sagit probablement du même).
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Lenveloppe
porte une marque postale manuscrite tarifée en pennyweight
(ici 2.4, soit 2 pennyweight et 4 grains dargent) et provient
de Québec.
Dans le numéro suivant du Bulletin de la SHPQ, on trouve
la nomenclature des maîtres de poste de Mascouche et de
Mascouche Rapids. Je reprends ici cette liste, identique par ailleurs
à celle disponible sur le site Internet des Archives postales
à Ottawa.
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Illustration 3
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NOM DU MAÎTRE
DE POSTE
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ENTRÉE
EN
FONCTION |
DATE
DE
DÉPART |
| Philip
Mount |
6
juillet 1842 |
28
août 1857 |
| Mélaine
Delfausse |
1er
octobre 1857 |
1882 |
| Geo.
Alexander |
1er
juillet 1886 |
28
avril 1913 |
| J.O.
Lamarche |
1er
août 1872 |
14
janvier 1898 |
| François
Vinette |
1er
juillet 1898 |
décembre
1899 |
| Dionis
Roy |
1er
janvier 1900 |
11
décembre 1911 |
| Napoléon
Dugas |
27
décembre 1911 |
1er
octobre 1913 |
| Israël
Leblanc |
7
octobre 1913 |
20
avril 1927 |
| Dionis
Roy |
12
septembre 1927 |
23
novembre 1929 |
| Mlle
Anne-Marie Roy |
12
août 1930 |
intérimaire |
| Mme
Marie Victoire C. Leblanc |
28
avril 1931 |
novembre
1933 |
| Donat
Patenaude |
21
décembre 1933 |
5
mars 1937 |
| Wilfrid
Lachapelle |
9
avril 1937 |
3
octobre 1953 |
| Mme
Anne-Marie Beaudoin |
7
octobre 1953 |
intérimaire |
| Mme
Yvonne P. Mathieu |
19
novembre 1953 |
15
mars 1972 |
Mlle
Marguerite Mathieu
|
16
mars 1972 |
|
| [En
1872, le bureau de poste de Mascouche fut divisé en deux
: Mascouche et Mascouche Rapids. Ce dernier bureau, situé
dans le rang Nord de la Plaine, dans une région habitée
alors par la minorité anglophone protestante, ferma définitivement
ses portes en 1913.] |
Voici
maintenant quelques détails biographiques sur certains de ces
maîtres de poste, détails puisés à même
deux volumes consacrés à Mascouche
PHILIP MOUNT
Premier
maître de poste de Mascouche, il était aussi régisseur
de la seigneurie du Manoir pour John Henry Pangman. À sa mort,
en 1857, cest son gendre, Mélaine Delfausse (qui avait
épousé sa fille Joséphine), qui le remplaça
au bureau de poste.
MÉLAINE DELFAUSSE
Mélaine
Delfausse (on rencontre aussi la graphie Delfosse) succéda à
son beau-père à la fois comme régisseur de la seigneurie
du Manoir et comme maître de poste. Lun de ses fils, Georges
Delfosse (1869-1939) fut un peintre éminent. On lui doit de nombreux
tableaux historiques et religieux, des portraits (dont un de Sir Wilfrid
Laurier), une toile représentant le château de Ramsay,
etc. On peut encore admirer en léglise Saint-Henri-de-Mascouche
certaines de ses uvres (dont un fort beau tableau, qui me fascinait
tant quand jétais jeune, représentant Saint Antoine
de Padoue
).
GEORGE ALEXANDER
Il
sagit sans doute du fils de lIrlandais John Alexander
(1801-1890), venu sétablir à Mascouche en
1824. À noter que ce John Alexander fut aussi régisseur
de la seigneurie de John Henry Pangman (qui semble, ma foi, être
lantichambre pour accéder au bureau de poste). Le
mandat de George Alexander se termina avec la fermeture du bureau
de Mascouche Rapids, aussi connu comme le bureau de poste «
du Rapide ».
J. OLIVIER LAMARCHE
Né
le 3 janvier 1833, J.O. Lamarche (ill. 4) épousa Hélène
Mount, une autre fille de Philip Mount. Lantichambre que
je vous disais
DIONIS ROY
Né
le 7 décembre 1860. Sa mère, Poméla Laurier,
était la cousine germaine de Carolus Laurier, père
de Sir Wilfrid Laurier. Dionis (ill. 5) eut notamment une fille,
prénommée Anne-Marie. Cest probablement elle
qui, suite à son décès survenu en 1929, le
remplaça au bureau de poste à titre intérimaire.
YVONNE PAYETTE MATHIEU
Épouse
en seconde noce du docteur J. Gérard Mathieu (qui pratiqua
la médecine à Mascouche pendant 35 ans), Yvonne
oeuvra comme maîtresse de poste pendant 20 ans. Sa belle-fille,
Marguerite Mathieu, lui succéda en 1972. Marguerite prit
sa retraite le 8 juillet 1988 et mourut en octobre 1989.
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Illustration 4.
J. Olivier Lamarche
Illustration 5.
Dionis Roy
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Dans
le Bulletin de la SHPQ sont illustrées plusieurs marques
postales, dont une épreuve datée du 18 mai 1845
(ill. 6). On aura compris que les lettres L.C. de cette marque,
du type cercle brisé double, sont mises pour désigner
la province du Bas-Canada (ou Lower Canada). [En passant, cela
me rappelle la fois où mon grand-père avait trouvé
une vieille pièce de monnaie dans son champ, sur laquelle
on apercevait un cavalier et linscription « Lower
Canada ».
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Illustration 6.
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Il
me lavait confiée et, du coup, du haut de mes douze ans,
je pensai quelle valait une fortune. Quelques années plus
tard, je la montrai à un spécialiste en monnaie du magasin
La Baie appelé Morgans à lépoque
qui mavait offert 2$ pour lobtenir, somme que javais
bien sûr refusée, préférant conserver la
pièce plutôt que de men départir pour des
pinottes. Mais, nayant pas une once de numismate en moi, je lai
égarée depuis.]
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Une
autre marque illustrée dans ce Bulletin est du type Klüssendorf
(provenant du nom de la machine à oblitérer de confection
allemande); elle est datée du 26 novembre 1983 (ill. 7).
Dans ma collection de marques diverses, jai aussi un cachet
à date avec cercle simple (ill. 8). Lenveloppe, postée
le 14 janvier 1975, est adressée à une dame Élisabette
(sic) Lacombe,
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Illustration 7.
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de
Montréal, nulle autre que la sur dOnésime,
celle que jappelais affectueusement ma « matante Zabeth
». Oh, bien sûr, cette oblitération ne paye pas de
mine et je nen retirerais que de la roupie de sansonnet si jamais
je cherchais à men départir, mais pour moi elle
a une valeur sentimentale
donc, je la garde. Je possède
aussi une oblitération de type POCON (pour Post Office Computer
Organization Number),
portant le numéro spécifique 272833 attribué
à Mascouche et datée du 20 juin 1984 (ill. 9).
Il reste encore plein de choses à découvrir et à
rechercher sur lhistoire postale de Mascouche
un jour,
qui sait, peut-être poursuivrai-je ce travail
Allez,
à la revoyure ! |
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Illustration 8.
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Illustration 9.
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La Garde Saint-Henri
de Mascouche, en juillet 1910
SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES
Archives nationales du Canada
/ Archives postales canadiennes : site Internet www.archives.ca
BEAUPRÉ, Marc et
TEYSSIER, Grégoire. Initiation aux marques postales du Québec,
Québec, Société dhistoire postale du Québec,
1998.
CRÉPEAU, L.A.F. Mascouche
en 1910, publié à compte dauteur, 1910.
DES RIVIÈRES, Guy.
« Mascouche », in Bulletin de la SHPQ, Québec,
no 44, juillet 1992.
GIGNAC, Claude. «
Le 150e anniversaire de louverture du bureau de poste de Mascouche
», in Bulletin de la SHPQ, Québec, no 45, octobre
1992.
GRAVEL, Denis. Histoire
de Saint-Henri-de-Mascouche (1750-2000), Montréal, Société
de recherche historique Archiv-Histo, 2000.
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