Vauvert, Lac Saint-Jean
PAR MICHEL
GAGNÉ
Société d'histoire postale de Québec
L'histoire
du bureau de poste de Vauvert ne peut être considérée
comme exhaustive mais elle est tout de même intéressante.
En premier lieu, mentionnons que Vauvert est un établissement
indissociable de la communauté des Frères-Ouvriers de
Saint-François-Régis. Rappelons brièvement que
cette communauté fut fondée à Le Puy, Haute-Loire,
en France, le 23 juin 1850, par le père jésuite Maxime
de Bussy.
L'institut avait pour but d'accueillir les jeunes orphelins, de leur
fournir une éducation chrétienne et de les former aux
professions agricoles. Afin d'échapper aux persécutions
religieuses qui sévissaient alors en France, un groupe de Frères-Ouvriers
décident de se réorganiser au Canada. Avec l'appui de
bienfaiteurs français ils s'installent, dans le canton Dolbeau,
au lac Saint-Jean, le 29 juin 1903. Le 20 mai 1905, la communauté
est incorporée suite à une loi adoptée par la législature
du Québec.
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Après s'être affranchie administrativement en novembre
1906, la communauté décide de s'établir à
Vauvert, près de Péribonca, où elle a acheté
deux terrains à des colons français. En 1907, la
communauté fonde un orphelinat agricole et, en 1911, un
juvénat-noviciat. Trois ans après leur arrivée
à Vauvert, l'institution missionnaire se voit confier la
responsabilité du service postal. Une pièce d'archives
des plus explicites au sujet de l'établissement du nouveau
bureau de poste est illustrée à la figure 2.
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Illustration 1. L'orphelinat
de Vauvert, fondé en 1907. Il renfermait le bureau de poste. |
Le plus clair du document, daté du 9 août 1910, fait foi
des exigences liées à l'emploi de maître de poste.
La directive adressée par M. Tanner Green au Révérend
Frère Frasse nous informe également que le bureau de Vauvert
relève de celui de Péribonca. Une fois les obligations
remplies, le bureau de poste de Vauvert ouvre officiellement le 1er
septembre 1910 dans l'orphelinat Saint-Joseph (figure 1).

Illustration 2. Document
de création du bureau de poste de Vauvert en 1910.
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Le
premier maître de poste est le Révérend Camille
Frasse (figure 3) qui occupe la fonction du 1er septembre 1910
au 3 août 1928, date où il démissionne de
sa charge. Vingt-neuf jours plus tard, il est remplacé
par le Révérend Louis-Modeste Gauthier (figure 4),
du 1er septembre 1928 jusqu'à sa démission le 23
août 1934. Le troisième maître de poste, le
Révérend Alphonse Cayouette (figure 5), entre en
fonction quelque cinq semaines plus tard, soit le 1er octobre
1934. Comme ses prédécesseurs, il remet sa démission
le 31 mars 1937. Le poste est immédiatement confié
au Révérend Frère Jules Soulier (figure 6)
qui, à titre de maître de poste intérimaire,
occupe la fonction jusqu'au 31 mai 1937, date à laquelle
le Révérend Frère Joseph Rochette (figure
7) devient officiellement le cinquième et dernier maître
de poste de Vauvert. Son terme prend fin le 15 novembre 1938.
Nous reviendrons ultérieurement sur les raisons de la fermeture
du bureau.
Abordons maintenant le sujet des marques postales ou plutôt
de «la» marque postale. En effet, une seule marque
fut utilisée à Vauvert, celle du cercle brisé
(figure 8). Dans l'exemple ci-joint, la marque laisse voir la
date du 3 juin 1927. Au revers de l'enveloppe, on retrouve également
une marque du même type, datée du 4 juin, du bureau
de Péribonca. Ce qui confirme que Vauvert était
bien desservi par ce bureau. Sans être une marque postale
proprement dite, l'oblitération à barres, communément
appelée «killers», fut utilisée couramment
durant plusieurs années. Le bureau de Vauvert en possédait
un exemplaire que l'on peut voir sur le pli illustré à
la figure 8.
Comme nous venons de le voir le bureau de poste de Vauvert, durant
ses vingt-huit années d'existence, n'a utilisé qu'une
seule marque postale. Toutefois, au milieu de l'année 1928,
le ministère des Postes a introduit un système numérique
à quatre chiffres pour identifier ses bureaux comptables
(001 à 1999) et à cinq chiffres pour ses bureaux
non comptables (70000 à 77999). Vauvert faisant partie
de cette dernière catégorie, on lui assigna le numéro
77212. Comme ce numéro est d'ordre administratif, le timbre
oblitérateur devait être apposé uniquement
sur la correspondance interne des postes. Il n'avait aucun lien
avec le service postal régulier. Comme Vauvert était
un petit bureau où le maître de poste n'avait pas
à établir de compte de caisse, il semblerait qu'aucun
timbre ne fut fabriqué car il n'est fait aucune mention
de la date d'épreuve dans les cahiers d'archives de la
compagnie Pritchard et Andrews. À partir de 1950, ces numéros
financiers furent introduits dans des timbres à date devant
être apposés sur les mandats-poste, d'où leur
acronyme MOON pour Money Order Office Number. Le bureau de poste
de Vauvert ayant fermé en 1938, cette politique ne lui
fut jamais dictée.
Revenons maintenant aux raisons invoquées pour la cessation
du service postal à l'orphelinat de Vauvert. Selon le ministère,
une utilité restreinte du bureau de poste a justifié
la fermeture. La raison est somme toute valable si l'on considère
son emplacement et l'ensemble de ses activités postales.
Mais il existe également une autre raison qui colle beaucoup
plus à la réalité et qui démontre
que Vauvert était destiné à une courte existence.
Il faut retourner à l'année 1927 alors que l'on
procède à la construction de grands barrages, ce
qui provoquera éventuellement un rehaussement du Lac Saint-Jean.
À la suite de solutions temporaires, la communauté
est en mesure de prolonger l'exploitation de quelques années.
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Illustration 3. Le
frère Frasse fut le premier maître de poste de vauvert.
Il occupa cette charge de 1910 à 1928.

Illustration 4. Au
frère Frasse succéda le révérend Gauthier
de 1928 à 1934.

Illustration 5. Le
révérend Alphonse Cayouette, maître de poste
de 1934 à 1937.

Illustration 6. Le
frère Jules Soulier assuma provisoirement la fonction de
maître de poste en 1937.
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Mais
la crue des eaux inonde les meilleures terres agricoles et contraint
la communauté à accepter les offres d'achat de la compagnie
Alcan. La communauté s'installera alors dans le rang Saint-Louis
entre Bagotville et Chicoutimi. Une fois les nouvelles infrastructures
complétées, en 1938, l'orphelinat est définitivement
fermé mettant ainsi un terme à luvre des Frères-Ouvriers
de Saint-François-Régis et aux activités postales
de Vauvert.

Illustration 7. Le
frère Soulier fut ensuite remplacé par le frère
Rochette jusqu'à la fermeture du bureau de poste en 1938. |
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Illustration 8. Pli
illustrant la seule marque postale utilisée à Vauvert |
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