De Bureau à ChrétienPAR FRANÇOIS ROY Chez nous, la traversée du siècle commence dans le rouge. Entre 1900 et 1904, tous les comtés de la région, fédéraux et provinciaux, rive nord et rive sud, passent aux libéraux. Il y a des raisons à cela. Mgr Laflèche est mort : il avait été pour les conservateurs un appui important. Un leader libéral est arrivé : il sappelle Jacques Bureau. Cest un ami et un confident de Wilfrid Laurier, le grand chef libéral qui est alors extrêmement populaire. Cest surtout un homme de stratégie, dorganisation et de financement. Député fédéral du comté de Trois-Rivières-Saint-Maurice pendant vingt-cinq ans, Jacques Bureau apparaît comme la plus importante figure politique de notre région, au début du siècle.
Autre raison des succès libéraux : la région a changé. Elle vit à lheure industrielle. Dans les villes et les villages, les gens daffaires salignent sur le Parti libéral, qui se présente comme une formation moderne, ouverte au développement. On retrouve dans les rangs libéraux beaucoup dindustriels, de marchands ou de professionnels proches des grosses compagnies : sur la rive sud, citons les Laperrière, Gaudet, Savoie et Biron de même que, sur la rive nord, les Bureau, Baribeau, Crête et Ryan. Inversement, dautres groupes de la société se retrouvent sur la défensive : le clergé, les nationalistes, les cultivateurs et une bonne partie de la bourgeoisie professionnelle sont laissés pour compte et forment une opposition plutôt désorganisée, mais généralement proche des conservateurs.
et
quatre députés voisins accéderont au cabinet provincial,
soit Maurice Bellemare, Yves Gabias, Rémi Paul et Clément
Vincent. Du jamais vu !
Mais, pour lUnion nationale, ce sera le dernier coup déclat. Désormais, les libéraux provinciaux trouveront sur leur route une nouvelle formation, le Parti québécois. Au fédéral, la forteresse libérale résiste mieux. En fait, il y a si peu dopposition que parfois, la lutte se fait entre libéraux. On peut alors voir des candidats «officiels» mordre la poussière devant des libéraux «indépendants», tels que Wilfrid Gariépy, dans Trois-Rivières, ou Lucien Dubois, dans Nicolet-Yamaska. Les conservateurs feront quand même trois percées historiques : 1911, 1958 et 1984-88, chaque fois grâce à lafflux du vote nationaliste. La victoire de 1958 permettra à deux députés de chez nous daccéder au cabinet fédéral, Léon Balcer et Paul Comtois. Plus tard, les libéraux fédéraux devront composer avec dautres adversaires qui auront du succès au Cur-du-Québec : dabord, le Crédit social et ensuite le Bloc québécois.
soit
Arthur Rousseau, de Trois-Rivières, François Roy, de Shawinigan
et J.-Réal Desrosiers de Cap-de-la-Madeleine.
Ensuite, rappelons la fin du cumul des mandats : on sait que les politiciens dautrefois pouvaient être en même temps députés et maires. À Trois-Rivières, le dernier député-maire a été Arthur Bettez, dans les années vingt. Ce même Bettez a aussi été lun des premiers maires à affirmer de façon radicale son indépendance vis-à-vis les partis : quoique libéral, il a défié le grand patron Jacques Bureau et sest présenté avec succès comme candidat «ouvrier», proche des syndicats. Enfin, notons la progression de la cause des femmes tout au long du siècle. Ici comme ailleurs, elles ont acquis le droit de vote et ont commencé à briguer les suffrages. Au plan municipal, dans notre région, elles sont aujourdhui présentes dans presque tous les conseils municipaux et occupent la mairie de villes telles que Drummondville, Louiseville, Shawinigan, Grand-Mère et Saint-Georges-de-Champlain. De Bureau à Chrétien, tel est le portrait sommaire du dernier siècle politique dans notre région. Quand au XXIe siècle, on a beau prétendre quil sera technologique, la politique restera malgré tout une activité profondément humaine. Les intéressés devront toujours aller vers les gens, se faire apprécier, prendre des décisions et vivre avec. Bref, ce nest pas demain que votre maire et votre député seront remplacés par des ordinateurs. Dieu merci ! |