Le Saint-Laurent au cur du développement hydroélectrique régionalPAR CLAUDE LÉVEILLÉ La Mauricie est une des premières régions au Canada où lénergie hydroélectrique a été exploitée à des fins industrielles. En ce sens, il nest pas excessif davancer que notre région fut le berceau même de lhydroélectricité au Québec. Ce dernier fait a certes découlé dun contexte historique particulier, mais antérieurement aux multiples interventions des hommes et des promoteurs, ce fut dabord sur la base de ses caractéristiques physiques (dénivellations, chutes et débit du cours deau) que la force remarquable du Saint-Maurice fut mise en valeur. Or, cest précisément ce potentiel hydroélectrique considérable, qui se «cache» alors dans les eaux de la rivière, que les hommes daffaires commencent à découvrir à la toute fin du XIXe siècle.
sadjoignent
des figures importantes de la finance canadienne et lon assiste
à la formation de la Shawinigan Water & Power Co. (SWPC).
À ce moment, bien que lon commence à maîtriser la production électrique, la technologie de lépoque ne permet pas encore de la transporter sur de grandes distances. Ainsi, afin de consommer cette nouvelle énergie sur place, la SWPC attire, à proximité des chutes, trois industries : Northen Aluminum Co., qui deviendra Alcan, Belgo Pulp and Paper et Canada Carbide Co. Lexploitation de lhydroélectricité à cet endroit na donc pas seulement mis en valeur le potentiel du Saint-Maurice : elle fait naître une ville, Shawinigan Falls, et donne une forte impulsion à lindustrialisation régionale.
La Tuque (1940), Shawinigan 3 (1948), La Trenche (1950) et Beaumont
en 1958. Toutes ces centrales, sauf Shawinigan 1, sont toujours en production.
La SWPC peut être considérée à juste titre
comme larchitecte du Saint-Maurice. En 1963, lorsque le gouvernement
de Jean Lesage procède à la nationalisation des compagnies
délectricité, on peut rapidement juger de lefficacité
du travail réalisé par la SWPC : comparativement à
la totalité des compagnies étatisées, à
elle seule, «sa capacité de production représente
71% de la production alors nationalisée» selon lInventaire
du patrimoine bâti dHydro-Québec de la Mauricie.
De fait, suite aux constructions de barrages et aux multiples aménagements, au cours du XXe siècle, la rivière Saint-Maurice est devenue incontestablement lun des cours deau le mieux régularisé en Amérique du nord. Il existe peu de régions sur le continent où on a mis en service douze centrales sur une même rivière. Les centrales du Saint-Maurice se sont distinguées à l époque de leur mise en service par la puissance de leurs installations et lon peut sans doute qualifier la Mauricie de Baie James du temps. Encore aujourdhui, en dépit de leur ancienneté, les huit centrales du Saint-Maurice produisent près de 10% de la production totale du Québec. Les centrales de la Mauricie se démarquent non seulement par leur importance historique mais aussi par la qualité et la beauté de leur architecture. Lors de leur construction, une attention particulière est accordée à larchitecture comme en témoigne la centrale Grand-Mère qui sinspire de la cathédrale Sainte-Cécile dAlbi en France. Pour sa part, la centrale La Gabelle de style Art Déco, sans doute lune des plus belles du pays, est retenue pour illustrer un timbre-poste en 1946. Enfin, soulignons que la centrale Shawinigan 2 est considérée par lOrdre des ingénieurs du Canada, en 1987, comme lune des 25 plus grandes réalisations du génie canadien des cent dernières années. La Mauricie a joué un rôle important non seulement dans la production hydroélectrique mais aussi dans le transport de lénergie électrique. Tout dabord, mentionnons la mise en service, en 1897, dune ligne de transmission reliant la centrale de Saint-Narcisse à la ville de Trois-Rivières, considérée à lépoque comme la plus longue ligne de transport de lempire britannique. En 1903, la SWPC met en service une ligne de transport de 50 000 volts de Shawinigan à Montréal. Dune longueur de 135 km, elle est la plus longue ligne de transport au pays. Trois ans plus tard, la SWPC construit une ligne sous-fluviale pour alimenter la rive sud et en 1919 cette ligne est remplacée par une traversée aérienne au-dessus du fleuve Saint-Laurent.
En
ce sens, hier comme aujourdhui, la rivière Saint-Maurice
et lhydroélectricité quelle génère
font toujours honneur à la Mauricie.
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