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Quand la philatélie rejoint la «petite histoire»

PAR NORMAND CARON, SOCIÉTÉ D'HISTOIRE POSTALE DU QUÉBEC

S'il est une oblitération de fantaisie recherchée en philatélie canadienne c'est bien l'oblitération «Nicaragua». Elle comporte simplement les armoiries du Nicaragua pour toute oblitération et ne présente aucune inscription. Son utilisation se situe vers la fin du siècle dernier sur les timbres de la série dite «Petite Reine». Pendant de nombreuses années, ce type d'oblitération a constitué un mystère philatélique. Comment ces armoiries en étaient-elles venues à oblitérer un timbre canadien?

Les premiers spécialistes qui se penchèrent sur la question crurent trouver la solution du fait qu'un certain nombre de maîtres de poste canadiens s'étaient justement rendus au Nicaragua en 1891 pour représenter le Canada à un congrès de maîtres des postes. On croyait que certains congressistes s'étaient amusés à oblitérer de cette façon une certaine quantité de lettres pour en faire des souvenirs. Faut dire qu'à cette époque, ce timbre n'avait jamais été vu encore sur une lettre. On le retrouvait toujours détaché avec oblitération bleu, noir, violet ou encore rouge.

L'histoire rebondit le jour où on découvrit une lettre affranchie et oblitétée du fameux cachet. La lettre provenait de Sainte-Geneviève-de-Batiscan!


La rue principale de Sainte-Geneviève-de-Batiscan où on trouvaient plusieurs magasins généraux, dont celui de M. St-Arnaud.
Carte postale Pinsonneault, collection de l'auteur.
 
L'histoire la plus plausible et, jusqu'à ce jour non encore démentie, raconte que la fille du maître de poste de Sainte-Geneviève-de-Batiscan, Monsieur Georges St-Arnaud –qui était aussi le propriétaire du magasin général, aurait aperçu dans un journal, une publicité proposant une véritable presse à imprimer pour la somme extraordinaire de 5 cents! Elle s'empressa sans réfléchir de profiter de cette offre alléchante. Elle devait vite déchanter quand elle déballa un petit alphabet moulé sur caoutchouc,
accompagné de deux dessins à imprimer et un tampon encreur… Pour ma part, je suis plutôt d'avis que cette «presse à imprimer» était celle offerte en prime avec un certain nombre d'emballages de savon «Comfort».

Or, un des motifs à imprimer représentait justement les armoiries du Nicaragua.

 
On se sait ni comment, ni pourquoi, mais toujours en est-il qu'un jour on retrouva le dessin utilisé pour oblitérer le courrier. Avait-elle voulu «jouer» à la maîtresse de poste? Aider son père? Le remplacer au guichet de la poste? Ou était-ce son père qui avait utilisé ce moyen pour palier à un martreau d'oblitération brisé? Nul ne le sait. De plus, on ne connait à ce jour qu'une seule lettre où se retrouve cette oblitération de fantaisie.

M. St-Arnaud a été maire, président de la commission scolaire, marguiller, maître de poste et marchand général à Sainte-Geneviève-de-Batiscan. À son décès le commerce passa entre les mains de son fils, Arthur St-Arnaud, puis à la veuve de celui-ci, Marie-Anne St-Arnaud, née Trudel. Il n'avait qu'une seule fille à cette époque (il devait se remarier en 1888 avec Julie Lajoie après avoir perdu sa première épouse, Marie Lizé). Quant à sa fille, Marie-Clara, elle devait se marier avec Alfred Dussault le 15 septembre 1991 et partir avec lui pour Meriden, aux États-Unis. Aucune famille, aucun descendant n'est donc à même de nous éclairer davantage sur cette «petite histoire» de la philatélie canadienne.

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