De Saint-Hilaire à Almaville-en-BasMICHEL GAGNÉ, S.H.P.Q.
Maintenant que sa carrière repose sur de bonnes assises, Ozias Leduc procède à la première grande exposition de ses uvres. Elle se déroulera en 1918, à la Bibliothèque Saint-Sulpice, à Montréal, connue aujourdhui sous le nom de Bibliothèque nationale du Québec. Le public pouvait y admirer quelque 40 uvres. Lannée suivante, Ozias Leduc était élu membre associé de lAcadémie Royale Canadienne des Arts. Puis, de 1921 à 1954, les décorations déglises furent ses principales préoccupations, et cela malgré son âge fort respectable. Cette dernière année permit toutefois à Ozias Leduc de procéder à une exposition rétrospective au Lycée Pierre-Corneille, à Montréal. Cette exposition fut lultime exposition à être mise sur pied de son vivant. Des complications de santé amenèrent son hospitalisation à Saint-Hyacinthe où il devait rendre, lâme le 6 juin 1955. Parmi le grand nombre déglises dont Leduc a été chargé des décorations, citons, entre autres, celles de Saint-Paul-lErmite (1890), la cathédrale de Joliette (exécution de 25 tableaux entre 1892 et 1893), Saint-Hilaire (1897-1898), Rougemont (1902), Sainte-Julie-de-Verchères (1903), Saint-Enfant-Jésus, à Montréal (1921), le baptistère de Notre-Dame-de-Montréal (1926), la chapelle de lÉvêché de Sherbrooke (1928) et enfin celles de Saint-Raphaël-de-lÎle-Bizard, Sainte-Geneviève-de-Pierrefonds et Saint-Anges-de-Lachine. Au moment de son décès, Leduc travaillait à la décoration de léglise Notre-Dame-de-la-Présentation dAlmaville. Historique dAlmavilleCe petit village situé à la tête des Chutes de Shawinigan a reçu, en 1900, du curé de la paroisse Notre-Dame-du Mont-Carmel, le nom dAlmaville. Le jour où les résidants du village le sollicitèrent pour trouver un nom à la localité, était le premier dimanche de lAvant. En cette journée, il était coutume dy chanter lAlma Redemptoris Mater. Le curé prit alors le mot «ALMA» et y ajouta le mot «VILLE». Almaville, au cours de son histoire, a fait face à de multiples soubresauts politiques. Le 18 mars 1912, le Village dAlmaville était érigé en municipalité. Le 26 juin 1914, suite à une erreur de transcription, le Village et la Paroisse se trouvent fusionnés jusquau 7 avril 1915, alors que le Parlement érige la Paroisse en municipalité distincte. Au cours des années qui suivirent, plusieurs démarches seront entreprises afin dannexer le Village à Shawinigan. Cest ainsi que le 3 février 1930, une première demande dannexion qui sera toutefois sans lendemain est formulée à la Cité de Shawinigan Falls. Le 2 août 1948, une résolution a pour effet de changer le nom dAlmaville en celui de Shawinigan-Sud. Le conseil municipal allègue que le Village fait partie du Grand Shawinigan. Le changement de nom pour Village de Shawinigan-Sud fut approuvé le 9 septembre 1948 et entra officiellement en vigueur le 18 septembre. En octobre 1951, une nouvelle tentative dannexion refait surface. Cette fois, la demande qui sera repoussée provient de la Cité de Shawinigan Falls. Toutes les péripéties annexionnistes ne laissaient pas, entre-temps, les élus municipaux de la Paroisse dAlmaville impassibles. En février 1952, une requête est déposée demandant son intégration au Village de Shawinigan-Sud. Un référendum, qui sera en faveur de lannexion, a lieu le 27 octobre, Puis, le 30 janvier 1953, lunion des deux municipalités devient officielle. Toujours aussi tenace, le conseil de Shawinigan-Sud relance le projet dannexion le 19 novembre 1956, pour être de nouveau renversé par le conseil de la Cité de Shawinigan Falls. En mars 1958, une nouvelle demande est adressée mais sera encore une fois refusée. À travers ces événements, les développements économique et démographique de Shawinigan-Sud connaissent un essor tel que le 12 juillet 1961, le Village se voit accorder le statut de ville. Lannée suivante, un projet voulant que son nom soit changé suscite la controverse parmi la population. Les noms suggérés étaient «Jouvence», «Clairvue», «Nancy» et «Préjean». Après plusieurs débats, le projet fut relégué aux oubliettes. Une dernière demande dannexion est adressée à Shawinigan en août 1964. Mais de nouveau, elle est jugée inopportune et depuis, les deux villes sont indépendantes. Le choix dun artiste
Assuré
de la participation financière de ses paroissiens, le révérend
Jacob se met à la recherche dun artiste qui pourrait représenter
le grand thème de la Présentation de Marie au Temple.
Cest
ainsi que les toiles produites pour léglise dAlmaville,
au plan de lexécution, furent le fruit de mademoiselle
Messier, tandis que la finition fut réalisée par le maître.
La décoration de léglise fut terminée durant
lété 1956 et la réalisation coûta quelque
12000$.
Il
montre des traces de plis indiquant que lartiste la utilisé
à plusieurs reprises pour esquisser luvre finale
dont les dimensions sont de 42 x 32 pieds (12,8 x 9,7 mètres).
Il existe un autre dessin de format réduit 11 x 10 pouces (27,9
x 25,4 cm) qui est plus soigné et qui fait le délice de
son propriétaire dans une collection privée à Montréal.
Nous y voyons le maître autel dessiné en élévation
ainsi que le texte de la prière Notre Père qui êtes
aux cieux.
Nous pouvons donc déduire que ce deuxième dessin est celui qui aurait servi à Leduc pour concrétiser luvre finale, tandis que le croquis dont il est question plus haut représenterait un premier essai. Ozias Leduc sest inspiré de la mosaïque de Lisieux Dieu est chanté pour mener à bien son uvre. Il a toutefois quelque peu modifié le thème pour le concevoir avec une plus grande émotivité. Le bailleur de fond de luvre est le chanoine Arthur Jacob, curé de la paroisse. Cest lui qui commanda ce thème à Leduc. Il désirait y voir le Christ tourner la tête vers son père avant dexpirer sur la croix. À sa gauche, devait figurer le sacrifice de Melchisédech et à sa droite celui dAbraham. À ses côtés immédiats, des anges en adoration muette devant la Sainte Trinité forment un tout devant la calotte terrestre. Laspect postalMaintenant, sur le plan de lhistoire postale, le but visé par cette recherche se situe principalement au niveau de la correspondance entre les intervenants, soit MM. Ozias Leduc et le révérend curé Arthur Jacob. Les divers échanges de courrier ne nous permettent pas toutefois de couvrir entièrement la période de 1942 à 1955, années où Ozias Leduc déploya ses talents à redécorer léglise Notre-Dame-de-la-Présentation, mais seulement la période préparatoire à la mise en place de luvre, soit de 1941 à 1944. Dès lacceptation du projet dembellissement, en 1941, le curé Arthur Jacob prenait contact avec monsieur Leduc dans le but évident de lui signifier son choix et ses attentes. Deux correspondances nous confirment le fait que monsieur Ozias Leduc demeurait toujours dans son village natal de Saint-Hilaire, dans les années 1941 et 1942.
Il
est intéressant de noter aussi que, sur plusieurs lettres destinées
à Ozias Leduc, nous retrouvons la mention «Artiste»
ou «Artiste-peintre». Cela démontre bien le respect
quon lui portait et explique, dans une certaine mesure, le pourquoi
de sa sélection.
Une seconde lettre, en date du 7 mars 1942, montre que monsieur Leduc réside toujours à Saint-Hilaire et que, fort probablement, les travaux de lartiste ne sont pas encore entamés. Lexpéditeur est encore une fois le curé Jacob mais cette fois il sagit dune enveloppe personnalisée au nom de la paroisse. Expédiée le 7 mars, elle atteindra sa destination le 9, recevant un magnifique cachet de réception de ST.HILAIRE STATION. On y voit également au verso, une étiquette paraphila-télique de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal servant dadhésif. Serait-ce une simple coïncidence ou pouvons-nous supposer que le curé Jacob manifestait ouvertement ses tendances nationalistes?
En portant une attention particulière aux oblitérations apposées au recto et au verso, nous constatons que la lettre fut dirigée initialement vers ALMAVILLE-EN-HAUT au courant de lavant-midi du 17 avril, puis reçue à ALMAVILLE-EN-BAS dans laprès-midi de la même journée. Ce cheminement est une indication précise qui détermine bien que le transport du courrier avait emprunté le Chemin du Roy pour bifurquer à Trois-Rivières vers Almaville. Le courrier fut laissé au bureau de poste dAlmaville-en-Haut pour être ensuite trié et livré à son destinataire à Almaville-en-Bas. Vers la fin de lannée 1944, Ozias Leduc devait encore habiter Almaville car une lettre provenant de lAcadémie Royale Canadienne des Arts, de Montréal lui fut adressée à Saint-Hilaire. Elle transita vers le bureau de poste dOTTERBURN PARK avant datteindre ST.HILAIRE STATION. De là, la lettre fut dirigée vers ALMAVILLE-EN-BAS après avoir reçu la mention «MISSENT TO». Le cachet particulier de cette enveloppe réside dans le fait quelle origine de lA.R.C.A. Les armoiries dans le coin supérieur gauche ne sont pas sans nous appeler deux événements importants qui sont survenus au cours de la carrière de Leduc. En 1907, il est proposé comme candidat à lAcadémie mais les membres refusent sa candidature. Toutefois, dix ans plus tard, soit en 1917, il est élu membre associé. On peut facilement supposer quultérieurement le peintre Leduc résida sporadiquement à Almaville car en octobre 1945, la Caisse populaire dAlmaville lui écrivait à Saint-Hilaire. Il sagit dune situation évidemment normale sachant que les travaux entrepris seraient dune longue durée et que Leduc nétait pas intéressé à «sexiler», surtout à son âge.
Références :Fiches historiques, Ottawa - Archives personnelles - Shawinigan-Sud, une histoire entre nous, Sylvie Cossette, Ville de Shawinigan-Sud, 1983 - Ozias Leduc, peinture symboliste et religieuse, Jean-René Osti-guy, Ottawa, 1974 - Ozias Leduc, 1864-1955, Le Musée de la province de Québec, 1955-56 - Paroisse de Saint-Antoine-sur-Richelieu - Performance, journal des Gens de la poste, Division de Montréal, 9 mars 1988. |