Article suivant
 


Le système agro-forestier et le développement régional au XIXe siècle?

PAR CLAUDE LÉVEILLÉ

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'exploitation forestière constitue la première force historique marquant la formation et l'évolution des localités de la région. À ces débuts du peuplement régional, ce sont généralement les exploitants forestiers qui s'installent d'abord, avant même l'arrivée des colons. La grande industrie ne s'instaurant qu'au siècle suivant, c'est le travail du bois qui donne le ton à la colonisation du territoire.

Ce fait nous amène à mettre en relief ces fondements (parfois négligés par quelques historiens) de l'économie régionale dans la seconde moitié du XIXe siècle. En effet, l'agriculture et l'exploitation forestière dominent alors la vie économique. On qualifie ce type d'économie d'agro-forestière. C'est-à-dire qu'à cette époque, sur notre espace géographique coexistent deux principaux intérêts économiques : celui du bois, dont on veut faire le commerce, et celui de la terre que l'on veut exploiter pour l'agriculture.

Évidemment, les premiers colons varient leurs activités selon les saisons, et la majorité des travailleurs du monde rural sont à la fois bûcherons et agriculteurs. Cependant, ces hommes ne répondent pas uniquement à des impératifs d'ordre climatique; car la complémentarité des deux activités économiques crée un contexte tout particulier :

«On retrouve une situation où l'exploitant forestier a besoin du colon, car il lui fournit la main-d'oeuvre à bon marché et la nourriture pour les chantiers. Le colon, de son côté, a besoin de l'exploitant forestier, car il lui fournit un revenu d'appoint indispensable et un marché pour ses produits agricoles. C'est la base de l'économie agro-forestière...»1

La formation et le peuplement des plus anciennes paroisses de l'arrière-pays mauricien découlent de ces fondements. Dès le milieu du XIXe siècle, s'amorce l'implantation de multiples chantiers sur les rives de la Saint-Maurice et parallèlement, on assiste à la naissance de localités telles que Mont-Carmel (1858), Saint-Boniface (1859), Sainte-Flore (1862), Saint-Tite (1863), Ste-Thècle (1873). Quelques années plus tard, on assiste à la formation de Saint-Jacques-des-Piles (1885), puis de Saint-Joseph-de-Mékinac (1888) et de Saint-Jean-des-Piles (1897). Enfin, en 1898, on signale l'incorporation du village Grand-Mère; du village Shawinigan Falls (1901); et celle de la ville de La Tuque en 1908.2 En bref, cette période marque les débuts des grandes coupes de bois et ceux de l'aménagement de son flottage sur la rivière Saint-Maurice. Concurremment, c'est au cours de la seconde moitié du XIXe siècle que se forment plusieurs de nos paroisses agricoles.

 
Il va de soi que pour Grand-Mère, Shawinigan et La Tuque, l'industrialisation du début du XXe siècle, avec l'essor de nouveaux secteurs tels que l'hydro-électricité, les pâtes et papiers, l'aluminium et les produits chimiques, amènera un développement sans précédent dans notre milieu régional. Toutefois, pour de nombreuses paroisses, souvent plus anciennes que les grands centres, le travail de la terre et dans les forêts préside au développement.
C'est ainsi que dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'économie agro-forestière fut un élément central dans l'histoire de la Mauricie. Avant le dur labeur des usines, le travail des premiers colons était étroitement lié à une exploitation plus directe des richesses naturelles de la région.

____________________

  1. LINTEAU, Paul-André et al. Histoire du Québec contemporain - de la Confédération à la Crise - 1867-1929. Boréal Express, Montréal, p. 127.

  2. Pour plus de détails sur les années de fondation de nos paroisses, voir HARDY, René et al. La Mauricie et les Bois-Francs : Chronologie : 1850-1950. Groupe de recherche sur la Mauricie, cahier no 1, 1979, pp. 1-14.

vers le haut