L'exploitation forestière dans l'histoire du Québec et de la MauriciePAR MONSIEUR RENÉ HARDY, HISTORIEN ET PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À TROIS-RIVIÈRES ET MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE RÉGIONALE APPARTENANCE MAURICIE. Le bois a toujours occupé une place importante dans léconomie du Québec. Aussi loin que lon remonte, depuis le début de la colonisation française sur les rives du fleuve Saint-Laurent, la forêt a été lobjet dexploitation commerciale. Lécorce de pruche dans les tanneries, la cendre dans les fabriques de potasse et de perlasse, le charbon de bois pour les Forges du Saint-Maurice et celles de Batiscan, les bois francs pour les tonneliers, les menuisiers et les charrons, le pin et le chêne pour la construction navale, presque toutes les essences forestières avaient une utilité commerciale. Mais lexploitation de grande envergure commença véritablement au début du XIXe siècle, alors que la Grande-Bretagne fut contrainte par les guerres napoléoniennes et le blocus continental de se tourner vers ses colonies de lAtlantique pour sapprovisionner en bois duvre quelle achetait auparavant dans les pays de la Baltique. Les arbres recherchés étaient les essences géantes de pin qui servaient surtout à la fabrication des mâts de navire et des poutres pour la construction des grands édifices. Les bûcherons abattaient et équarrissaient les arbres à la hache et les faisaient flotter jusquà Québec où ils étaient chargés sur des navires. La paix revenue, ce commerce se poursuivit grâce à des tarifs protecteurs et au transport des immigrants britanniques, des Irlandais surtout, chassés par la révolution industrielle et la réforme agraire. Au milieu du XIXe siècle, la Grande-Bretagne abandonna ses tarifs protecteurs pour adopter le libre-échange. Sans protection tarifaire, les bois canadiens ne pouvaient concurrencer ceux dEurope du Nord. La fin du commerce privilégié avec la Grande-Bretagne provoqua une crise politique majeure qui, pour un temps, ébranla le lien impérial. Pendant ce temps, lurbanisation croissante aux Etats-Unis créa louverture dun nouveau marché qui saccommoda de plusieurs essences de bois duvre. Les progrès techniques et les coûts de main-duvre, au milieu du siècle dernier, déclassèrent rapidement léquarrissage à la hache au profit du sciage. Des scieries apparurent un peu partout en milieu rural. Elles créèrent des emplois qui contribuèrent au défrichement de nouveaux espaces et à la formation de hameaux et de villages.
La forêt québécoise, plus particulièrement celle de la vallée de la rivière Saint-Maurice, résista mal à cet assaut sur ses plus beaux arbres. Les pins et les épinettes géantes furent dégarnis par la hache du bûcheron et les incendies que la présence humaine rendait plus fréquents. À la fin du siècle, le couvert forestier était modifié. Les sapins envahissaient les pinèdes et les arbres étaient généralement de plus petites dimensions. Mais ce qui était considéré comme une forêt pauvre pour le sciage faisait la richesse de lindustrie du papier. Celle-ci prenait forme dans la vallée du Saint-Maurice à la faveur de lavènement de la presse à grand tirage et de louverture des marchés internationaux qui créèrent une demande presque insatiable. Au tournant du XXe siècle, plusieurs usines de papier contribuèrent à la naissance et à la croissance des villes de la région mauricienne.
Labattage se pratiquait à lautomne et au début de lhiver pour profiter du gel sur les lacs et les rivières. Lunique outil du bûcheron était la hache jusquà ce que divers types de scie la remplacent à la fin du XIXe siècle. Lutilisation de la scie mécanique se généralisa après 1950. Les équipes de travail étaient composées de bûcherons, dun charretier et dun empi-leur. Les bil-lots, tirés par des chevaux, étaient empilés sur les lacs gelés, car cest par flottage quils étaient dirigés vers les scieries et les usines de papier. Les bûcherons habitaient des cabanes rudimentaires faites de bois rond. Le camp de la première moitié du XIXe siècle réunissait sous un même toit les fonctions de dortoir, de cuisine et de salle à manger. Les lits étaient alignés le long des murs autour dun foyer central qui servait à cuire lordinaire de fèves au lard. Par la suite, les camps demeurèrent des constructions de bois rond qui gagnèrent en confort en séparant le dortoir de la salle à manger. Ils évoluèrent plus rapidement après la grève des bûcherons de 1934 et lintervention gouvernementale pour faire respecter les règles dhygiène. Depuis les années soixante, le camp est devenu une hôtellerie moderne.
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