Blaye, tête de pont pour le passage des forces militaires volontaires dirigées par Louis XV vers QuébecPAR PIERRE DE GILBERT DES AUBINEAUX
Alors que les rapports entre le Canada et la France sont à l'ordre du jour et ont été portés, récemment par le Général de Gaulle à un tout premier plan, il nous a paru digne d'intérêt de rappeler dans quelles conditions notre vieux Blaye a joué un rôle important, jadis, dans la lutte entreprise par les anglais pour nous expulser de cette terre du Canada où nous avions créé la belle ville fortifiée de Québec, dès l'année 1608. Le hasard de nos recherches nous a fait connaître des documents classés aux archives départementales de la rue d'Aviau sous le dossier C 3379 qui nous permettent d'écrire encore une page de l'histoire de notre cité.
Le comte d'Argenson était alors ministre de la Guerre du roi Louis XV. En date du 7 février 1756, il écrit à M. de Cazal, capitaine commandant le régiment de Bigorre, alors en garnison à Blaye pour lui demander que son régiment fournisse 12 hommes afin «de former la teste des nouvelles troupes que le roy fait assembler pour fortifier celles qui sont à son service en Amérique». Chaque homme volontaire pour cette campagne touchera 30 livres. Le capitaine de la Compagnie qui perchera cette recrue recevra en dédommagement une somme de 120 livres. Le 11 mars 1756, sous la signature du Commissaire des Guerres au département de Blaye, Cheverry; celle du Commandant Militaire de la Place, M. de Lamotte, brigadier des armées du Roy; enfin, celle de M. de Cazal, capitaine commandant le régiment de Bigorre, figure l'état des 12 volontaires désignés. Il leur est donné solennellement lecture de l'ordre du Roy fixant l'attribution de la prime d'engagement de 30 livres pour chacun d'eux. L'état porte le nom des Capitaines commandant les douze compagnies d'où proviennent ces douze hommes, d'autre part, leur nom, surnom et nom de guerre, enfin le lieu de leur naissance et leur âge, ainsi que leur taille et la date de leur entrée en service. Claude Pons, dit Sans-Quartier, est né à Voiron, en Dauphiné, il a 21 ans, mesure 5 pieds 5 pouces 6 lignes, a pris du service le 1er mars 1753. Jean Salvat, dit Saint-Jean, est né à Gourdon en Quercy, il a 23 ans, ne mesure que 5 pieds 2 pouces, est marqué de petite vérole, il est soldat depuis le 30 mars 1751. D'autres sont originaires de Bourgogne ou de Champagne, et sont surnommés Saint-Georges, Lapleine, Lafleur, Brindamour... Notre commissaire des guerres à Blaye, Cheverry, rend compte, le 3 mars 1757 que, concernant le détachement des volontaires pour le Canada comprenant 800 hommes, ceux-ci ont reçu l'ordre de partir d'Angers, répartis en trois divisions, pour se rendre à la Citadelle de Blaye. La première division est partie d'Angers le 15 février 1757, comprenant selon la revue de M. de Rieucourt, 4 capitaines, 6 lieutenants, 13 sergents et 260 hommes. Elle est parvenue à la Citadelle de Blaye, le 1er mars, mais ne se compose plus que de 4 capitaines, 6 lieutenants, 11 sergents, 2 tambours, 2 fiffres et 205 hommes. C'est qu'en effet, après avoir touché leur prime d'engagement, un nombre important de volontaires désertent, l'excursion envisagée ne les intéressant décidément plus du tout; ainsi, sur les 800 hommes dirigés sur Blaye, 204 auront déserté en cours de route, 636, seulement, étant parvenus à Blaye, sur lesquels 580 sont susceptibles d'embarquer pour être dirigés sur Québec. M. Lalande, le chirurgien du régiment se plaint que dans l'effectif des volontaires se trouvent de nombreux galleux. Pour ses soins, il présente une note s'élevant à 659 livres 12 sols. Et voilà qu'a lieu cet embarquement. En mars et avril, appareillent de Blaye, 6 navires qui sont: - le Jason,
qui chargera 70 hommes, commandés par le chevalier - le David, avec 69 hommes, et deux officiers, dont un cadet; - le Président
Le Berthon, avec 70 hommes, le lieutenant Larminat, - le Robuste, 149 hommes, lieutenants Saint-Rome et Cagnéraux; - le Superbe, 144 hommes, lieutenants de Blois, Delande; - la Renommée, 88 hommes, lieutenant Thalamer, cadet Giraud. Soit, au total 590 hommes et 12 officiers dont trois cadets. Que sont devenus ces téméraires combattants volontaires? Leurs descendants, s'il en existe encore, ont-ils conscience de la part de gloire qui leur revient pour le courage de ces ancêtres peut-être ignorés d'eux-mêmes!
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