Bernard Assiniwi (1935-2000)
Les
anthropologues modernes sont maintenant tous d'accord pour dire que
celui qui vivait ici depuis des siècles et des siècles,
ainsi-soit-il, était l'être le mieux adapté à
son environnement. De tous les peuples civilisés de l'époque
des grandes conquêtes, aucun n'avait su gouverner de façon
vraiment démocratique. Pas même les GRECS pourtant cités
comme les Pères de la démocratie. Les sauvages habitants
de ce merveilleux pays, eux, l'avaient réussi et ce, depuis des
centaines d'années. Malgré les rumeurs qui firent croire
que les peuples indiens étaient toujours en guerre les uns contre
les autres, il est maintenant prouvé que tous, sans exception,
étaient d'abord et avant tout gens de paix.
Qu'il y ait eu des querelles entre les différentes tribus, cela est tout à fait naturel. Qu'il y ait eu des guerres entre ces tribus, cela est fort probable. Mais ce ne fut vraiment qu'après l'arrivée des peuples européens que les guerres inter-tribales commencèrent. Et il est important de dire que ces nouveaux arrivants ne furent pas étrangers à ces guerres, puisqu'ils étaient les véritables instigateurs de ces conflits. Les FRANÇAIS montaient les ALGONKINS contre les IROQUOIS qui, eux, se voyaient fournir des armes par les ANGLAIS. Les HOLLANDAIS disputaient aux ANGLAIS cette alliance importante des CINQ-NATIONS, alors que les FRANÇAIS, qui excitaient les ALGONKINS, refusaient ensuite de leur fournir ces armes, sous prétexte qu'ils n'étaient pas CHRÉTIENS, car seul un chrétien avait le droit d'être bien armé pour se défendre. Ce qui fit que, mieux armés et plus en confiance chez les ANGLAIS, les IROQUOIS augmentaient leur puissance de frappe au détriment des ALGONKINS et des HURONS, mal armés et mal défendus par les FRANÇAIS profiteurs. Telle était la meilleure préparation qu'avait L'EUROPÉEN à développer ce continent immense. Il avait aussi l'avantage d'avoir une philosophie de conquérant, de propriétaire de la terre et de maître absolu de la vérité, alors que celui que les historiens appellent ASIATIQUE avait une philosophie toute différente. Il vivait en communauté, ne se considérait que locataire du sol, et qu'un membre ordinaire de la nature dans laquelle il vivait. Il préférait se conformer aux lois naturelles plutôt que de vouloir dompter cette nature. Il considérait la liberté de l'être comme la chose la plus chère à son cur et était toujours prêt à partager ce qu'il possédait. Ce pays qu'occupait mon ancêtre, fut-il ALGONKIN ou IROQUOIEN, s'étendait depuis les marécages humides au-delà des «Grands Lacs», jusqu'aux confins de la terre connue, vers le soleil de la barre du jour. Ce pays, mon ancêtre l'occupait depuis des milliers d'années. Ce découvreur que mon ancêtre a accueilli, nourri, soigné, promené à travers les pistes déjà bien battues, nous a apporté une nouvelle civilisation: «SA» civilisation qu'il appelait «LA» civilisation. Si tu appartiens à la descendance de cet homme qui m'a oublié volontairement dans cet immense pays, devenu trop petit pour que je m'y sente encore à mon aise, noyé que je suis dans cet étang qui manquera d'eau bientôt et que tu appelles «RÉSERVE», écoute bien ce que j'ai envie de te dire depuis si longtemps. Écoute bien le «SAUVAGE» que je suis... Tu sauras comment je t'ai vu arriver, vivre et abuser de ma naïveté. Tu connaîtras les tourments qui m'ont assailli à mesure que tu prenais la place qui m'était nécessaire. Tu sauras ce que j'ai ressenti, en voyant mourir mon frère, ma soeur, mon père, ma mère, les animaux et les arbres de ma forêt. Tu connaîtras les raisons de mes guerres et de mes paix. Tu apprendras ce que tu appelles ma «passivité» au développement de «mon pays» et à mon intégration à «ton monde». Tu sentiras couler sur ton visage toutes les larmes versées par mes yeux, au regard de ma fierté blessée. Tu vivras mon angoisse présente et ma crainte du lendemain face à ton inconscience de mon droit à la liberté culturelle et linguistique... Alors, mais alors seulement, je te permettrai de me juger... si tu as compris... ASSINIWI |