La Société littéraire de La PrairiePAR CHARLES BEAUDRY, SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE LA PRAIRIE Dans la première moitié du 19e siècle, le Bas-Canada est encore largement agricole. Le vieux système seigneurial, qui est sur le point dêtre aboli, imprègne toujours fortement les habitudes de vie de nos campagnes. Toutefois, la révolution industrielle, initiée en Angleterre à la fin du 18e siècle, va profondément transformer le monde occidental et par le fait même toute la vallée du Saint-Laurent. Lessor économique et le développement des nouveaux moyens de communication auront un impact certain sur la vie culturelle et intellectuelle de chez nous. Cest une époque de profonds bouleversements socio-économiques. Vers le milieu du 19e siècle, on voit surgir dans le Bas-Canada une floraison décoles et de journaux (plus de 40 en trois ans). Une des caractéristiques de cette époque est la croissance du mouvement associatif, tant en Europe quen Amérique. Cest ainsi quapparaissent les Mechanics Institutes en Angleterre, les Lyceum aux États-Unis et les cabinets de lecture en Europe occidentale. Ici, nous retrouverons les instituts littéraires quon appellera parfois les sociétés savantes. Les Instituts Canadiens de Montréal et de Québec en sont un bon exemple. Devant ce phénomène nouveau, la législature du Bas-Canada vote en 1851 la loi sur les Instituts des Artisans et Associations de Bibliothèque. Le gouvernement octroie alors une somme de 50 livres en argent à lorganisme nouvellement constitué et ce dernier doit fournir une valeur équivalente en volumes. Cest ainsi quen 1858, on recense 143 instituts, dont 48 qui sont en règle et ont une moyenne de 143 membres et de 892 volumes. La fondation de lInstitut Canadien de Montréal aura une influence certaine sur la création des Instituts de La Prairie en 1853 et de Longueuil en 1857. Le village de La Prairie bénéficie alors dune position stratégique le long de la route qui mène de Montréal à New-York. La venue du premier train canadien reliant La Prairie à Dorchester (Saint-Jean-sur-Richelieu) en 1836, confirmera cet avantage. En plus du transport, La Prairie jouit à cette époque dune activité économique en plein essor dans les domaines de la manutention, des hôtelleries et du commerce en général. Cest donc dans ce contexte quest créé lInstitut littéraire de La Prairie au mois de septembre 1853 peu après celui de Montréal. La fondation de lInstitut de La Prairie semble répondre à une certaine nostalgie de la belle époque davant le feu de 1846 qui avait ravagé les deux tiers du village. De plus, il servira de complément aux nombreuses écoles modèles présentes dans le comté, comme le rappelle labbé Élysée Choquet. Les membres fondateurs se recrutent parmi la jeune élite villageoise de La Prairie. On y retrouve des clercs, des professionnels, des artisans frais émoulus et des fils de bourgeois.
Une des principales activités de la Société littéraire
est la réunion hebdomadaire. Le programme offre des conférences,
des déclamations ou des discussions. Une multitude de sujets
y sont alors abordés. Bien entendu, on y présente des
thèmes religieux tels les biographies de saints. Toutefois, on
noublie pas la science et la technologie avec des noms comme Luigi
Galvani (électricité animale), Samuel Morse (télégraphe),
Sir Davy Humphrey (chimie et physique). Mais le cur de la Société
littéraire demeure la bibliothèque avec sa «Chambre
de lecture». On y propose des volumes français choisis
pour leur orthodoxie religieuse. Dans le Québec dalors,
où le mouvement ultramontain triomphe, il faut éviter
à tout prix les écrivains sinspirant de la philosophie
anticléricale issue de la Révolution française
de 1789. La bibliothèque se maintient très active jusquen
1878 alors que paraissent de plus en plus de journaux quotidiens. Linformation
devient accessible à un plus grand nombre de personnes.
Il ne faut pas oublier lapport du jeune étudiant en médecine
Casimir Dufresne, président fondateur de la Société
littéraire. Il deviendra plus tard maire de La Prairie. Il fonde
dès les débuts de la Société littéraire
une chorale qui aura du succès.
Cependant, les jeunes membres du début vieillissent et lélan de la jeunesse sessoufle. Après 1878, la Société littéraire décline lentement. À laube du 20e siècle, il y a des résurrections sporadiques sans lendemain, surtout en 1908, lors des fêtes du 250e de La Prairie en 1923 et finalement en 1930. De nouveaux passe-temps populaires remplacent la lecture et les conférences.
____________________ Je tiens à remercier Mme Claudette Houde et M. Pierre Tardif qui ont contribué à la recherche pour cet article. |