Les frères de Saint-Gabriel : agriculteurs et éducateurs à Saint-Bruno-de-MontarvilleBERNARD GUILBERT, SOCIÉTÉ D'HISTOIRE DE MONTARVILLE Issus dune communauté fondée en France (Vendée) en 1705 par Louis-Marie Grignon de Montfort, les premiers membres de lInstitut des frères de Saint-Gabriel, au nombre de six, arrivèrent à Montréal en 1888. Voués à linstruction et à léducation des jeunes hommes, ils eurent tôt fait de jouer un rôle marquant dans lhistoire de notre système scolaire. En 1891, soucieux de répondre aux multiples demandes qui leur sont adressées, les Frères ouvrent leur propre maison de formation, le noviciat du Sault-au-Récollet, voisin de celui des Jésuites. Cest à partir de ce moment que les uvres de ces deux communautés seront associées quant à leur présence à Saint-Bruno-de-Montarville. La Villa Grand CoteauLa Villa Grand Coteau a sans doute été la plus importante exploitation agricole montarvilloise. Lhistoire de cette ferme, exploitée principalement par les frères de Saint-Gabriel, commença au début du siècle avec larrivée des Jésuites à Saint-Bruno. Ces derniers désiraient construire un nouveau noviciat et aussi développer une ferme qui pourvoirait aux besoins de la communauté. Leur choix sarrêta sur Saint-Bruno et ils firent lacquisition dun premier terrain au Rang des Vingt-Cinq en 1910. Après divers achats successifs, ils devinrent maîtres dun immense domaine de près de 1000 acres situé sur le flanc ouest de la montagne. Cependant, létablissement de la ferme fut lent et la rentabilité longue à venir. En 1911 les frères de Saint-Gabriel achetèrent une première propriété, voisine de celle des Jésuites, comme au Sault-au-Récollet. Plusieurs autres transactions suivirent en 1913 et en 1918. Les frères, qui au début navaient pas de résidence à Saint-Bruno, ny faisaient que de courts séjours. Les quatre premiers résidents furent nommés en 1920 et habitèrent jusquen 1925, une maison de ferme située au Rang des Vingt-Cinq. Le domaine agricole des frères prit une expansion soudaine en 1922 lorsque les Jésuites, décidés à se départir de leur exploitation, leur vendirent leur immense ferme avec tout le «roulant» et sa récolte, sa cinquantaine de vaches laitières, ses 500 poules, 760 porcs, 12 chevaux, 30 moutons; à cela sajoutaient de vastes bâtiments, une forge et deux tracteurs. Dorénavant 10 frères étaient rattachés à la Villa Grand-Coteau. Des tâches énormes les attendaient. Mais la ferme devint rapidement une véritable entreprise, aux activités et aux revenus diversifiés. Les frères sadonnèrent à la culture des céréales, des pommes de terre et des légumineuses. Ils récoltèrent en outre dimportantes quantités de foin et davoine pour leur troupeau. La production laitière fut essentielle à la ferme. Dès 1912, le lait était expédié vers des institutions et des hôpitaux À partir de 1929, les frères continuèrent les travaux de défrichement pour en arriver à développer un verger de 4500 pommiers où lon produisit jusquà 45000 minots de pommes annuellement. Les Frères savérèrent de grands pomiculteurs. Ils devinrent également des experts en conserverie, puis en confiserie. Des matières premières issues de lélevage et de la culture, ils tirèrent des pâtés, des confitures et des beurres variés quils livrèrent ou quon allait acheter sur place à la ferme. Les abeilles de 200 ruches fournissaient une grande quantité de miel. Au printemps, 5500 érables étaient entaillés, donnant jusquà 800 gallons de sirop. Une porcherie et un poulailler vinrent aussi contribuer aux revenus de la ferme. En somme, aucun travail saisonnier essentiel à la bonne marche dune ferme ne fut étranger aux Gabriélistes de la Villa Grand-Coteau durant le demi-siècle de son existence. Au cours des années suivantes, les vocations se raréfiant, le domaine fut morcelé. En 1975, le gouvernement provincial signait lacte dachat de tout ce qui subsistait de limposante ferme. Les derniers frères quittèrent en 1982. Il nempêche que, pendant plus de 70 ans, les Frères de Saint-Gabriel furent dimportants artisans du développement de lagriculture à Saint-Bruno et même de véritables entrepreneurs. Le juvénat Saint-GabrielLes frères de Saint-Gabriel avait un autre vaste projet lorsquils arrivèrent à Saint-Bruno en 1911 : celui de regrouper les diverses maisons de formation de leurs membres (juvénat, postulat, noviciat et scolasticat). Le développement de la ferme, la Villa Grand-Coteau, étant en voie de réalisation, leur second projet se concrétisa en avril 1924 avec la décision dériger un juvénat à la montagne de Saint-Bruno. Commencé en mai 1924, le collège, édifice imposant de quatre étages, érigé à flanc de montagne, accueillit son premier groupe de juvénistes en juillet 1925. Cétait un ouvrage de maçonnerie grise de cent quatre-vingts pieds par soixante, avec un toit dardoise à deux versants, percé de lucarnes et surmonté dun clocheton. Le nouveau site offrait de nombreux avantages à ses jeunes pensionnaires : aire de jeu immense, possibilité dexcursions à travers champs et bois, et pratique de plusieurs sports dhiver et dété. Pendant près de 30 ans, les aspirants gabriélistes reçurent au juvénat Saint-Gabriel, outre leur formation religieuse, un enseignement de niveau secondaire. Les années soixante marquèrent le début du changement de vocation de linstitution. Le Juvénat devint un pensionnat privé, accueillant aussi des externes. Les frères conservèrent toutefois la direction de létablissement jusquen 1972. Le juvénat Saint-Gabriel fut malheureusement démoli en 1991. Les frères de Saint-Gabriel auront toutefois accompli à la montagne de Saint-Bruno une uvre déducation spirituelle et intellectuelle dont ils peuvent être très fiers. Dautres réalisations méritent dêtre particulièrement soulignées. Ainsi, durant 30 ans, le frère Gabriélis, professeur de sciences, avait mis en terre et entretenu quelque cent soixante-seize espèces darbres et darbustes différents créant ainsi un jardin exceptionnel. LArboretum restauré est toujours bien présent à la montagne. Le frère Garbielis rassembla également une importante collection de spécimens doiseaux, de mammifères et de minéraux. Durant toutes ces années, les frères de Saint-Gabriel ont toujours été très impliqués au sein de la communauté montarvilloise. Il faut souligner le rôle déterminant du frère Aloys (Arthur Moreau) lors de la fondation de la Caisse populaire de Saint-Bruno en 1936. Le même frère a été très actif auprès des petits producteurs de lait, en prenant la tête de lAssociation des producteurs de lait naturel. Après lincendie de léglise paroissiale de Saint-Bruno en février 1934, limplication des frères de Saint-Gabriel dans la décision de reconstruire le temple a été déterminante. À compter de 1952, les frères ont pris charge de lenseignement à lécole du village de Saint-Bruno. Ils y seront jusquen 1960. Les Gabriélistes resteront longtemps présents à Saint-Bruno. Un petit cimetière, enclavé dans le Parc de conservation du mont Saint-Bruno, derrière lancien emplacement du juvénat, existe toujours. Ce lieu accueille les frères pour leur dernier repos, rappelant à notre mémoire luvre des disciples de Louis-Marie Grignon de Montfort à Saint-Bruno-de-Montarville. ____________________ Sources : Société dhistoire de Montarville, St-Bruno-de-Montarville. Fragments dhistoire, 2e éd. 1998; Société dhistoire de Montarville, Notes de recherches nos 10, 39, 40, 41,62 et 66. |