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SI ON PARLAIT DES PREMIERS ARRIVÉS

Mashteuisatsh, haut-lieu de civilisation

TEXTES PRÉSENTÉS PAR GILLES BOILEAU

La «réserve» de Mashteuiatsh - autrefois Pointe-Bleue - est située sur la rive ouest du lac Saint-Jean, à six kilomètres à l'ouest de Roberval. Sa population officielle serait de 4 286 âmes dont 1 828 vivent sur le territoire. On y parle le montagnais et le français. La réserve est le site d'un merveilleux musée, reflet de la civilisation montagnaise. Seul village du peuple montagnais dans la région du Saguenay - Lac-Saint-Jean, Mashteuiatsh fait découvrir aux visiteurs, en particulier aux québécois - tout un pan de l'odyssée montagnaise, ce que sont loin de réaliser les récents sites créés artificiellement dans la région et sensés être destinés à la connaissance de l'histoire amérindienne.


L'un des neuf villages


Les Montagnais sont établis à Pointe-Bleue depuis 1856 (Société historique du Saguenay)
 
Le gouvernement du Québec (1992), par l'intermédiaire du Secrétariat aux affaires autochtones, présente ainsi les Montagnais...

«Sept des neuf villages montagnais du Québec s'échelonnent sur une distance de 900 km sur la rive nord du Saint-Laurent.
Ce sont Les Escoumins, Betsiamites, Uashat-Maliotenam sur la Côte-Nord et Mingan, Natashquan, La Romaine et Pakuashipi sur la Basse-Côte-Nord. Un autre village, Mashteuiatsh, est situé au Lac-Saint-Jean tandis que Matimekosh est adjacent à Schefferville. La nation montagnaise compte près de 12 000 personnes et est la deuxième plus nombreuse au Québec. On retrouve également des Montagnais au Labrador. Les Montagnais sont parfois appelés les Innuat, au singulier Innu.

Les villages montagnais diffèrent considérablement entre eux tant par la situation géographique et la population que du point de vue socio-économique. Mashteuiatsh, près de Roberval, a une population de 1 560 personnes et possède plusieurs commerces et entreprises, une caisse populaire, un musée très dynamique et un important complexe communautaire abritant une patinoire couverte, un dispensaire, des bureaux, etc. Par ailleurs, La Romaine et Pakuashipi, avec respectivement 766 et 180 habitants, sont les plus éloignées des communautés de la Basse-Côte-Nord. Leurs populations vivent surtout de chasse et de pêche, parlent tous le montagnais et ont conservé leurs traditions bien vivantes. Il en est de même à Matimekosh, situé à 510 km au nord de Sept-Îles.

Uashat-Maliotenam, près de Sept-Îles, possède un terrain de camping et un centre commercial situés dans la ville de Sept-Îles. D'autre part, à peu près toute la population s'adonne à la pêche au saumon dans la rivière Moisie et à la chasse sur les vastes territoires que les Montagnais fréquentent depuis toujours, entre Sept-Îles et Schefferville.

La Romaine, Natashquan et Les Escoumins gèrent des pourvoiries sur d'importantes rivières à saumon. Mingan a repris possession des rivière Manitou et Mingan, en 1983, et envisage d'établir aussi une pourvoirie, lorsque la rivière aura été restaurée. De plus, l'archipel de Mingan est cogéré par les Montagnais et le Service canadien des parcs.

Betsiamites, pour sa part, s'est acquis une réputation au niveau de la culture et de l'enseignement en montagnais. C'est là que le premier dictionnaire montagnais-français a été élaboré.

La nation montagnaise a mis sur pied plusieurs organismes culturels et politiques. Le Conseil des Atikamekw et des Montagnais (CAM) a été créé en 1975 pour promouvoir et défendre les droits de ces deux nations. Peu à peu le CAM a permis aux Montagnais de prendre en charge l'éducation, les soins de santé et les services sociaux. L'Institut culturel et éducatif montagnais (ICEM) travaille depuis 1978 à promouvoir la culture et les artistes montagnais. Parmi eux, le groupe Kashtin, de Uashat-Maliotenam, chante en montagnais et est très populaire au Québec et en France.

De plus, le CAM négocie la revendication territoriale des deux nations, depuis 1980, avec les gouvernements du Québec et du Canada. Ces négociations visent la reconnaissance de droits territoriaux et du droit à l'autonomie politique.

Toutes les communautés montagnaises possèdent une station de radio communautaire reliée au réseau de la Société de communication atikamek-montagnaise (SOCAM). La SOCAM réalise des émissions en montagnais et les diffuse dans toutes les communautés.

Jusqu'au 20e siècle, les Montagnais ont été les seuls habitants - à l'exception de quelques villages non-autochtones sur le littoral - de l'immense territoire qui couvre la Côte-Nord et la Basse-Côte-Nord du Saint-Laurent, s'étendant jusqu'à 600 km à l'intérieur des terres. Ils vivaient de chasse, de pêche et de cueillette. Au 18e siècle, ils s'orientent vers le piégeage des animaux à fourrure, à la suite de l'implantation des postes de traite. L'arrivée d'industries minières et forestières, à partir de 1900, et la construction de barrages hydroélectriques bouleversent leur mode de vie et amènent la création des neuf villages actuels.

Le montagnais est la langue première dans toutes les communautés. Le français est la langue seconde».

La nation autochtone la plus «populeuse» du Québec

Par ailleurs, un regroupement des communautés amérindiennes au Québec parle de Mashteuiatsh et de sa population en ces termes...

«Les Montagnais forment la nation autochtone la plus populeuse du Québec. Avant la colonisation, ils occupaient un immense territoire longeant la Côte-Nord et le Saguenay, englobant les terres jusqu'à la hauteur de Schefferville. Selon des témoignages issus de la tradition orale, les Montagnais côtoyaient les Inuit de façon plus ou moins harmonieuse jusqu'à ce que ces derniers se replient au nord, en 1760. Au XVe siècle, les Montagnais ont établi les premiers contacts avec des baleiniers et des morutiers européens venus pêcher sur les côtes et établir des campements temporaires.

Très tôt, ils nouèrent avec les Européens des relations basées sur le commerce des fourrures, ce qui les amena à modifier leur mode de vie traditionnel nomade pour s'adonner quasi exclusivement au piégeage des animaux à fourrure. La tradition orale montagnaise conserve de nombreux détails sur cette période. On raconte par exemple que les Montagnais et les Français avaient conclu une entente permettant à ces derniers d'occuper certaines terres en échange de farine, afin de prémunir les Montagnais contre les famines chroniques. Ainsi, dans les récits, il est souvent question l'époque pré-farine .

À l'époque pré-farine, les Montagnais pratiquent une économie de subsistance tirée des ressources fauniques abondantes. Ils utilisent les peaux et les os pour se confectionner des vêtements et des armes. À l'époque pré-farine , ils échangent leurs pelleteries contre du saindoux, du thé, du beurre, de la toile et des armes à feu. Le clergé a tôt fait de s'établir à proximité des postes de traite pour agrandir la famille chrétienne. Dès 1632, les jésuites ouvrent leur première mission chez les Montagnais. À la fin du XVIIIe siècle, la Compagnie de la Baie d'Hudson exploite plusieurs postes de traite en territoire montagnais.

Au cours du XIXe siècle, l'exploitation forestière supplante le commerce des fourrures. Cette nouvelle activité, combinée au peuplement de la vallée du Saint-Laurent, dépossède les Montagnais de nombreux territoires de chasse. Ils se replient alors vers le nord de leur territoire mais en vain, car la colonisation les rejoint bientôt jusqu'au lac Saint-Jean.

C'est à cette époque que le gouvernement canadien crée les premiers villages - Mashteuiatsh, Les Escoumins et Betsiamites. Au début du présent siècle, l'exploitation minière et la construction de barrages hydroélectriques transforment davantage ce qu'il reste du territoire traditionnel des Montagnais. Des clubs privés occupent les meilleurs sites de chasse et de pêche sur les rivières à saumons, de sorte que les Montagnais ont difficilement accès aux ressources qui leur assuraient jadis subsistance.

Vers les années 1950, le gouvernement fédéral crée de nouveaux villages - Uashat et Maliotenam, Natashquan, La Romaine, Matimekosh et Mingan. Des Montagnais s'installent aussi à Pakua Shipi, bien que le territoire n'ait pas le statut officiel de réserve indienne. Au cours des dernières décennies, les Montagnais ont récupéré certaines pourvoiries ayant appartenu à de grandes compagnies privées. L'économie des collectivités de Mingan, La Romaine et Natashquan est étroitement liée à la pêche au saumon. Les Montagnais sont conscients du potentiel économique que recèle l'industrie touristique de leur territoire.

Pour en tirer le maximum, les Atikamek et les Montagnais négocient avec les gouvernements fédéral et provincial pour un partage équitable des ressources dont ils avaient jadis la jouissance, et pour un nouveau partage des pouvoirs sur leur territoire ancestral».

Mashteuiatsh (Pointe-Bleue)

C'est à l'historien et ethnologue montagnais Pierre Gill que nous demanderons de nous résumer l'histoire de ce village et de sa population...

«Dans toute l'histoire des Montagnais du Saguenay - Lac-Saint-Jean, c'est encore l'aspect sédentarisation progressive qui retient notre attention. Il s'agit pour eux, d'un changement fondamental dans leur moeurs et coutumes millénaires, et cette démarcation tournera une page importante de leur évolution et ce, de façon définitive et irrévocable.

Quelque temps avant la fermeture définitive du poste de Métabetchouan, les Montagnais avaient accepté de concéder deux parties importantes de leur territoire: Métabetchouan et Péribonka, contre une pointe de terre qui s'avance sur le lac et que les Montagnais appelaient Mashteuiatsh (Pointe-Bleue) pour servir de lieu de permanence pour la partie sédentaire de la nation. Wallace, un arpenteur des terres au compte de l'État, rencontra, en 1856, le chef Basile (Montagnais), et deux Abénaquis, les frères Ambroise et Pierre-Antoine Gill, qui étaient venus sur place pour débuter le défrichage des terres, afin d'y installer un lieu de permanence pour les Montagnais.

Tenant compte de l'importance du regroupement qui s'effectuait à Mashteuiatsh, les Oblats décidèrent, avec les Montagnais, de déplacer la mission de Métabetchouan vers ce nouveau lieu. En 1875, un attelage de douze chevaux transporte, sur les glaces de l'hiver, la petite chapelle de Métabetchouan qui, pour l'occasion, avait été défaite en partie. Elle fut installée au centre des activités du village.

Pour les Montagnais, l'importance d'une mission était indiscutable. L'appartenance à la religion catholique romaine était devenue, au fil des années, l'élément spirituel de la nation, en raison du fait que la spiritualité ancestrale des Montagnais avait également comme élément de base, un Créateur de la terre et du ciel. Même les manuels de prières étaient traduits en montagnais pour en faciliter l'accès aux autochtones. Au même titre, les chants avaient leur traduction.


Éditeur officiel du Québec
 
Au fil des ans, Mashteuiatsh atteignit un degré plus important de sédentarisation et devint rapidement l'unique lieu sédentaire des Montagnais. En fait, par l'entremise de la Loi sur les Indiens, le gouvernement du Canada avait unilatéralement décidé de placer dans des réserves les amérindiens du Canada, et Mashteuiatsh était l'une de ces réserves.

Quelques années après le déplacement de la mission de Métabetchouan vers celle de Mashteuiatsh, les Oblats décidèrent de s'y installer en permanence. C'est en 1889 que le Père Charles Arnaud, aidé des Frères Tremblay et Laporte, construisit un édifice destiné à servir de juniorat, et comme lieu de résidence pour les Oblats en mission, sur le site même de Mashteuiatsh. Pour répondre à une demande de plus en plus croissante, les Oblats décident de reconstruire une nouvelle église, plus grande et mieux située.

La petite histoire de Mashteuiatsh, n'a pas été qu'une histoire religieuse.
Il importe de tenir compte de tout le bouleversement qu'a pu provoquer le changement fondamental du nomadisme quasi total à la sédentarisation partielle.

Comme depuis plusieurs décennies au poste de Métabetchouan, l'Église aura permis cette agglomération significative dans la mesure où les Montagnais eux-mêmes pouvaient se rendre au lieu de culte. Les Jésuites et les Oblats font effectivement mention de plusieurs endroits, dans les territoires montagnais, où les missions se sont étendues au-delà de leur lieu de base. On a retrouvé, à certains endroits, des cimetières montagnais, notamment le long de la rivière Ashuapmushouan, où il y aurait eu, à une certaine époque, une activité religieuse particulièrement fébrile.

Mashteuiatsh était donc devenu, durant ces quelques années de fréquentation, le lieu de rencontre par excellence des Montagnais du Saguenay - Lac-Saint-Jean; mais il serait faux de penser que seul ce lieu servait à la vie quotidienne des Montagnais. Ils avaient tout de même conservé leur territoire de chasse sur lequel ils exerçaient leur tradition ancestrale reliée à la chasse, à la pêche et à la cueillette. Mashteuiatsh était un lieu très important pour les rencontres et les échanges, mais il était un lieu temporaire de sédentarisation auquel il fallait relier les activités du commerce des pelleteries pour les dernières décennies».

Le Père De Quen découvre le Piékouagami

L'histoire des Montagnais ne peut se dissocier de celle du lac Saint-Jean. C'est dans les Relations des Jésuites (1647) que nous apprenons la découverte du «lac plat» par le Père Jean de Quen et sa rencontre avec la nation du Porc-Épic. Écoutons le Père Jérôme Lalemant, le narrateur...

«Devant que de conclure ce chapitre, je dirai deux mots d'un voyage que fit le P. de Quen dans le pays de la nation du Porc-Épic. Ayant appris que quelques chrétiens étaient malades en ce quartier-là, il s'y fit conduire par deux Sauvages avec des peines épouvantables, voici ce qu'il nous en a récrit: je m'embarquai le 11 de juillet, dans un petit canot d'écorce, nous travaillâmes cinq jours durant, depuis le point du jour jusqu'à soleil couché, ramant toujours contre des courants ou contre des torrents, qui nous faisaient bander tous les nerfs du corps pour les surmonter; nous avons rencontré en ce voyage dix sauts ou dix portages, c'est-à-dire que nous nous sommes désembarqués dix fois pour passer d'une rivière à une autre, ou d'un courant trop rapide à une autre partie du fleuve plus navigable.

Dans ces portages, dont quelques-uns sont d'une lieue et demie, les autres d'une demi-lieue, les autres d'un quart de lieue, il faut porter sur son dos ou sur sa tête, et le bateau et tout son équipage par des chemins qui n'ont été faits que pour des bêtes sauvages, tant il sont affreux; il faut franchir des montagnes, passer des précipices cachés dans l'abîme des forêts. Nous changeames trois fois de rivières. La première où nous embarquâmes se nomme le Sagné; c'est un fleuve profond, il n'y a navire qu'il ne portât, il a quatre-vingts brasses en plusieurs endroits, et pour l'ordinaire, il hausse ou baisse de dix à vingt pieds; il est assez large, ses rives sont escarpées de montagnes affreuses, lesquelles se vont abaissant à quinze ou vingt lieues de son embouchure où il reçoit dans son sein un autre fleuve plus grand que lui, qui semble venir de l'ouest. Nous voguâmes encore dix lieues au delà de ce rencontre d'eaux, qui fait comme un beau lac, les vents qui se pourmènent sur cette rivière sont très froids au milieu de l'été même, parce qu'elle est bordée de montagnes et qu'elle est exposée au Nor-ouest et souvent au Nord.

De cette rivière nous passâmes à une autre appelée Kin8gamich, laquelle se décharge dans le Sagné par des courants et par des précipices affreux. Nous fîmes une lieue et demie traversant une montagne et une vallée pour l'aller trouver en un lieu navigable, elle est bien moins rapide que le Sagné, serpentant à l'Ouest, au Sud et au Nord-ouest, elle fait un lac qui a plus de quinze lieues de long et quasi demi-lieue de large.

Quittant ce fleuve nous allâmes chercher au travers des bois la rivière appelée des Sauvages Kin8gamichich; elle a son lit dans une terre, on une vallée toute plate qui regarde le Nord; ses eaux sont profondes, fort larges et toutes calmes, elles se répandent en quelques endroits par des aulnes et par des broussailles qui nous importunaient au dernier point. Nous avions navigué contre le courant de l'eau dans les deux précédentes rivières, nous commençames ici à descendre dans le lac Piouagamik, sur les rives duquel habite la nation du Porc-Épic que nous cherchions. Ce lac est si grand qu'à peine en voit-on les rives, il semble être d'une figure ronde, il est profond et fort poissonneux, on y pêche des brochets, des perches, des saumons, des truites, des poissons dorés, des poissons blancs, des carpes et quantité d'autres espèces.

Il est environné d'un plat pays terminé par de hautes montagnes éloignées de trois ou quatre ou cinq lieues de ses rives; il se nourrit des eaux d'une quinzaine de rivières ou environ, qui servent de chemin aux petites nations qui sont dans les terres pour venir pêcher dans ce lac, et pour entretenir le commerce et l'amitié qu'elles ont par entr'elles. Nous voguâmes quelque temps sur ce lac, et enfin nous arrivâmes au lieu où étaient les Sauvages de la nation du Porc-Épic.


Éditeur officiel du Québec
 
Ces bonnes gens nous ayant aperçus, sortirent de leurs cabanes pour voir le premier Français qui ait jamais mis le pied dessus leurs terres. Ils s'étonnaient de mon entreprise, ne croyant pas que jamais j'aurais eu le courage de franchir tant de difficultés, pour leur amour.
Ils me reçurent dans leurs cabanes comme un homme venu du Ciel: l'un me donnait un petit morceau de poisson séché à la fumée, l'autre un peu de chair boucanée; le Capitaine me fit présent d'un Castipitagan de Castor, c'est-à-dire d'une peau de cet animal, ouverte seulement par le col, en sorte qu'on dirait que le Castor est tout entier: voilà, me dit-il, mon Père, pour adoucir les fatigues de ton chemin; nous ne te saurions exprimer la joie que nous avons de ta venue; une chose nous attriste, tu viens en une mauvaise saison, nous n'avons point de rets pour pêcher du poisson, et les eaux sont trop grandes pour prendre le Castor. Il ne faut point parler en ce pays-là, ni de pain, ni de vin, ni de lit, ni de maison.

Le Père fut trois jours avec eux, confessant les chrétiens, consolant les malades, disposant les vieillards au baptême pour l'été prochain, les assurant que si on les amenait à Tadoussac, qu'il les viendrait trouver jusques dans leurs cabanes, ce qui les réjouit au dernier point. Nous te ferons, lui disaient-ils, une petite église ou une maison de prières pour y célébrer la messe et pour nous y administrer les Sacrements. Cette église sera bâtie en deux heures, dix ou douze perches et quatre ou cinq rouleaux d'écorces composeront tout l'édifice.

Une chose réjouit le Père avec étonnement: il trouva une grande croix à l'entrée du lac que les chrétiens y avaient arborée, pour y aller faire leurs petites dévotions, et pour se souvenir de la mort de notre Sauveur. Enfin après avoir donné toute la consolation qu'il peut à ce petit troupeau, il se rembarqua avec ses deux Nochers, et en trois jours ils firent ce qu'ils avaient fait en cinq, mais ce furent des jours pleins, car ils voguaient depuis trois heures du matin jusqu'à neuf ou dix heures du soir; leur vivre était un peu de boucan ou un peu de blé d'Inde, sans autre réconfort que de l'eau toute pure. Si les torrents sont difficiles à franchir en montant, ils sont bien dangereux en descendant car il ne faut manquer que d'un coup d'aviron pour perdre la vie. Notre Seigneur les conserva dans les dangers qu'ils rencontrèrent, et les rendit à Tadoussac bien las et bien fatigués, mais bien joyeux d'avoir donné quelque secours à ces pauvres abandonnés».

La fausse disparition des Montagnais

Dans un ouvrage publié il y a quelques années et intitulé Le dernier des Montagnais, l'historien Russel Bouchard prétendait que les Montagnais formaient une race... mais une race disparue «à la suite d'intermariages avec des personnes provenant d'autres groupes ethniques amérindiens et avec des Blancs». S'il fallait en croire M. Bouchard, il n'existerait donc plus de nation montagnaise.

L'anthropologue Paul Charest, de l'Université Laval, a bien montré que cette affirmation était fantaisiste et dénuée de vérité. Le professeur parle de thèse «farfelue». Il ajoute même: «L'obsession de la pureté du sang fait faire fausse route à M. Bouchard et le conduit à un raisonnement biaisé pour des raisons politiques et idéologiques». Il s'agirait d'une thèse assimilationiste selon laquelle la destinée manifeste de ces primitifs serait d'emprunter «le sillon tout tracé de la marche de l'Humanité»!

* * * *

Heureusement, il y a encore des Montagnais sur le territoire du Québec et c'est tant mieux. À leur façon et avec leurs ressources ils enrichissent notre culture et sont un facteur de civilisation. Il faut le reconnaître et les en remercier.

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