|
Article précédent
|
||
Sous le signe de la hache et de la charruePAR GILLES BOILEAU Un siècle pour bâtir un pays, c'est bien peu. En l'espace de trois générations, la région du Saguenay - Lac-Saint-Jean s'est créée, a grandi et évolué pour finalement atteindre la maturité. De Tadoussac à Notre-Dame-de-la-Doré, du lac Bouchette à Saint-Ludger-de-Milot, une vaste clairière a surgi au coeur du Bouclier canadien et s'est animée. On a labouré les terres après avoir défriché, des villages sont apparus, des barrages ont été érigés, des usines modernes ont rapidement modifié le paysage, des villes sont nées... En réalité, le Saguenay - Lac-Saint-Jean s'est constitué en un siècle, de 1838 à la veille de la dernière grande guerre. Il s'agit d'une colonisation spontanée, où le rôle important a été tenu par des hommes entreprenants à la tête de groupements de défricheurs dynamiques et pleins d'espoir. Un vaste territoire a ainsi été occupé et organisé en un temps record, grâce à un effort humain collectif qui, malheureusement, n'a pas été facilité par la conjoncture économique de l'époque. Aujourd'hui, en dépit d'un peuplement récent, le couloir du Saguenay et la cuvette du lac Saint-Jean occupent une place de choix dans le milieu québécois en raison surtout de l'originalité de la région elle-même et de certaines activités qui reflètent encore la ténacité des pionniers. Il existait, bien avant l'arrivée des Blancs, une vraie «route des fourrures» traversant de bout en bout la région. Tadoussac, au confluent du Saguenay et du Saint-Laurent, était le point le plus accessible d'où l'on pouvait ensuite atteindre les immenses territoires du Nord. Il devenait alors facile pour les nations indiennes de l'intérieur de troquer leurs pelleteries contre les produits du sud: maïs, tabac et céréales. De 1535, date à laquelle Jacques Cartier découvrit Tadoussac, jusqu'aux années 1840, la vraie richesse de ce «Royaume de Saguenay» restait les pelleteries et les seuls points d'occupation permanente demeuraient les postes de traite devenus monopole de la Couronne dès 1838. À Tadoussac, point névralgique sur cette grande route des fourrures, se tenait une foire annuelle d'été fort célèbre. Cette route, suivie par de frêles canots d'écorce, devait éviter les puissants courants et les rapides. Après la remontée du Saguenay, elle suivait la voie la plus tranquille de la rivière Chicoutimi et, de portage en portage, elle atteignait le lac Kénogami. La route vers l'Ouest se poursuivait par les rivières Kénogami et des Aulnets jusqu'aux portages d'Hébertville et de la Belle Rivière pour atteindre finalement le lac Saint-Jean. Une fois les étapes de Métabetchouan et de Pointe-Bleue franchies, les canots s'engageaient sur les rivières Ashuapmuchuan et Nekoubau avant de toucher le lac Mistassini et ensuite la baie d'Hudson.
|