Chibougamau, derniere frontierePAR GILLES BOILEAU L'histoire de cette partie du territoire québécois, intimement rattaché à la région du Saguenay -Lac-Saint-Jean, se confond avec l'histoire des explorations, quelles aient été à des fins missionnaires ou militaires, ou tout simplement à des fins d'ordre économique, en vue d'un éventuel développement. L'histoire des explorations et de la découverte du «pays de Chibougamau» remonte presque à l'origine de la colonisation du Canada par les français. C'est au commerce de la fourrure qu'on doit la connaissance du milieu et de ses ressources, le succès de ce trafic réclamant constamment l'ouverture de nouveaux territoires. Les concessions pour la traite des pelleteries étaient octroyées avec l'entente que les traitants chercheraient à découvrir de nouvelles nations sauvages et à contracter des alliances et des traités de commerce avec eux. Ils devaient aussi prendre possession au nom du Roi des régions éloignées et chercher à entraver l'expansion territoriale des anglais. Le temps des missionnairesL'évangélisation des indigènes par les premiers missionnaires sous-tendait aussi l'épopée du commerce des fourrures. Avec un zèle sans égal, subissant des privations et des misères inénarrables et souvent même la mort, les envoyés de Dieu furent, dans de nombreux cas, les premiers à atteindre les régions les plus éloignées et les plus inaccessibles, combinant leur travail d'évangélisation et d'exploration d'une manière qui leur a gagné l'admiration des générations successives d'explorateurs et d'arpenteurs à qui ils ont ouvert la voie. Les premiers voyages dans ce pays situé au nord-ouest du lac Saint-Jean et qui nous sont rapportés remontent à 1661, alors que le gouverneur de la Nouvelle-France, monsieur d'Argenson, avait envoyé le sieur de la Vallière avec cinq soldats et le père jésuite Claude Dablon, vers la baie d'Hudson. Ils partirent de Tadoussac le ler juin 1661 par la route du Saguenay et du lac Saint-Jean. Ils s'engagèrent ensuite sur la rivière Chamouchouan qu'ils remontèrent jusqu'a son point de confluence avec la rivière Chigobiche, naviguant sur cette dernière jusqu'à sa source: le lac Chigobiche. Un court portage leur a alors probablement permis d'atteindre le lac Chamouchouan dans lequel la rivière Nikabau déverse le trop plein des eaux du lac Nikabau. Le journal de voyage du père Dablon fut envoyé au père Lallemant, supérieur de la mission des jésuites en Nouvelle-France. Le récit de son voyage se termine brusquement au lac Nikabau et ne mentionne rien du voyage de retour cependant que dans le journal de la mission, on peut lire le passage suivant... «Ils retournèrent ceux qui estoient ou prétendaient aller à la mer du Nord... père Dablon... etc». En réalité nous pouvons croire que le père Dablon ne s'est peut-être pas rendu plus loin que le lac Nikabau. En 1663, les sauvages des environs de la baie d'Hudson étant retournés à Québec à la recherche des acheteurs de fourrures, le gouverneur d'Avaugour envoya le sieur de la Couture, seneschal de la côte de Beaupré, avec cinq hommes, vers le pays d'où venaient ces Indiens; il se rendit donc par voie de terre à la baie d'Hudson et prit possession de ce territoire au nom du Roi. Selon d'autres, Couture se serait arrêté au lac Némiskau, à moitié chemin entre la baie James et le lac Mistassini. Le plus important de tous ces voyages fut celui entrepris vers la baie d'Hudson par le père Charles Albanel, missionnaire jésuite, en 1771-72. On a souvent prétendu que c'était la première expédition française par terre, quoique Radisson prétende que lui et de Groseillers aient atteint les eaux de la baie d'Hudson en partant du lac Supérieur en 1660-61. Albanel avait été envoyé avec Paul Denys, sieur de Saint-Simon, commissaire chargé de prendre possession, au nom du Roi, de tout le pays compris entre la rivière Saint-Laurent et le détroit de Davis, y compris la baie d'Hudson, de faire rapport de tout ce qui serait découvert, d'établir le commerce des fourrures avec les sauvages et spécialement de reconnaître s'il n'y avait pas moyen d'hiverner des navires dans cette région. Dans son journal de voyage, le père Albanel ne nous indique pas exactement quelle route il a suivie pour aller du lac Saint-Jean au lac Mistassini. Du lac Saint-Jean au lac Mistassini, les voyageurs peuvent suivre quatre routes différentes: 1) la rivière Chamouchouan, via Nikabau et Chibougamau, trajet assez populaire chez les voyageurs et fréquenté également par les Indiens; 2) la rivière Chamouchouan, via la rivière du Chef, route plus fréquentée que la précédente par les Indiens du lac Mistassini; 3) la rivière Mistassini; 4) enfin la rivière Péribonca, demandant plus de temps que les autres. Dans son étude sur Les voyages du père Albanel, M. Jacques Rousseau arrive à la conclusion suivante: L'interprétation géographique du voyage du père Albanel entre les lacs Saint-Jean et Mistassini pose des problèmes de solution difficile et parfois impossible. Le journal du père, en effet, compte peu de renseignements utilisables; mais ceux-ci nous dirigent plutôt vers la rivière Mistassini que la Chamouchouan... En un mot le père Albanel ne serait pas passé par la région de Chibougamau. Durant la même année, i.e. en 1672, la compagnie des Indes Occidentales demanda un passeport pour hiverner quatre hommes au lac Saint-Jean, dans le but de surveiller le commerce avec Tadoussac, et demanda au comte de Frontenac d'y insérer une prohibition pour tous de traiter dans la région du lac Saint-Jean. Elle prétendait que la limite du traité de Tadoussac s'étendait aussi loin que cela et même jusqu'à la baie d'Hudson. Le lac Chibougamau, qui était donc compris dans les limites du traité de Tadoussac, était-il connu des autorités de la compagnie des Indes Occidentales? En 1674, le père François de Crespieul va évangéliser les Mistassins. Le récit de son voyage, rapporté dans les Relations des Jésuites, ne nous apporte rien de nouveau. Le père dut suivre la rivière Mistassini puisqu'il se rendit visiter le père Albanel qui était alors dans la région. L'ère des explorateursQuelques années plus tard, en 1679, Louis Jolliet se rendit à la baie James. Il fit le voyage aller et retour en suivant la rivière Péribonca pour un trajet et la Mistassini pour l'autre. Aucune mention de Chibougamau. Dans le volume des Relations des Jésuites couvrant les années allant de 1696 à 1706, nous trouvons une carte, d'un auteur anonyme, datant approximativement de 1695 et intitulée: «Pays Nord-Ouest du lac Saint-Jean». Plusieurs lacs apparaissent sur cette carte et il semble possible d'y détecter la position du lac Chibougamau en nous aidant de la ligne de la «Hauteur des Terres» qui s'y trouve indiquée. De cette époque, nous sautons brusquement à l'année 1732, où le sieur Joseph-Laurent Normandin, arpenteur du Roi, fut envoyé par l'intendant Hocquart pour parcourir les rivières et les lacs qui se déchargent dans la rivière Saguenay et délimiter les concessions du traité de Tadoussac. Sur les cartes tous les principaux lacs sont indiqués de même que les principaux cours d'eau, comprenant entre autres les rivières Chamouchouan et Chigobiche, et les lacs Nikabau, Chigobiche et Askitichi. Devons-nous conclure de ceci que le lac Chibougamau n'était pas connu, ou que, étant connu, on ne s'y serait pas rendu à cause de la distance? Le botaniste français André Michaux venu en Amérique en 1785 pour y récolter des plantes pour le jardin du Roi, et que la révolution obligea à prolonger son séjour, décida en 1792 de se rendre à la baie d'Hudson par le Saguenay, le lac Saint-Jean, le lac Mistassini et la rivière Rupert. C'est en naturaliste qu'il voyage et toutes ses pensées sont consacrées à l'herborisation, à l'observation du territoire et à la rédaction de ses notes qu'il consigne tous les soirs dans un cahier, à la lueur du feu de camp. On comprend donc que son journal nous permette plus facilement de nous reconnaître dans la mosaïque complexe des lacs et l'écheveau emmêlé des rivières. Dans son journal, le botaniste affirme être monté, par la rivière Mistassini, jusqu'au portage de Monte-à-Peine, puis avoir atteint, par le lac des Cygnes, une rivière qui coule vers le nord, enfin le lac Mistassini et la Rupert. Toutefois, parmi toutes les notes de voyage de Michaux, nous ne trouvons rien ayant rapport à Chibougamau. A partir de cette époque, i.e. de 1792, jusqu'en 1870, il est rarement question de Chibougamau, alors qu'en cette année 1870 fut effectuée la première exploration de la Commission géologique du Canada dans cette région. Ce fut celle de James Richardson. Il reçut en avril les instructions suivantes: examiner la région inexplorée au nord-ouest du lac Saint-Jean, reconnaître sa conformation géologique, ainsi que les avantages qu'elle offre au point de vue culture. Durant son voyage, Richardson remonta jusqu'à la ligne de faîte en passant par les lacs Obatogamau, Chibougamau et Wakonichi. Il se rendit au lac Chibougamau via la rivière Chamouchouan, avec son assistant et six sauvages dans trois canots. D'après Richardson, les roches rencontrées dans ce voyage relèvent de trois catégories: a) gneiss laurentien avec du calcaire cristallin; b) schistes cristallins consistant en roches chloritiques et épidotiques avec de la dolomie, de la serpentine et des conglomérats; c) les calcaires presqu'horizontaux du lac Mistassini. C'est cette toute première expédition de James Richardson qui attira l'attention du public. Ce n'est que 10 ans après que fut faite la mention suivante du lac Chibougamau. En effet, en 1881, le professeur John Galbraith, doyen de la School of Practical Science, de l'Université de Toronto, fit un voyage en canot partant du lac Supérieur pour se rendre à la baie d'Hudson puis au lac Mistassini revenant par Tadoussac. Il passa au lac Chibougamau vers le l5 du mois d'août. Le professeur attire l'attention sur la forte déviation de la boussole entre les lacs Wakonichi et Chibougamau. La fascination des richesses naturellesLes mystères du lac Chibougamau commençaient donc à capter l'intérêt. Trois ans plus tard, soit en 1884, à la demande de la Société de Géographie de Québec, l'expédition Bignell-Low fut organisée sous les auspices de la Commission géologique du Canada et du Département des Terres de la Couronne de Québec. Cette expédition était sous la direction de John Bignell et A.P. Low y fut attaché comme géologue. Elle ne fut pas couronnée de succès et l'année suivante Low fut chargé de prendre la direction des opérations. L'expédition se rendit au lac Mistassini en passant par les rivières Chamouchouan et Chigobiche et les lacs Obatogamau et Chibougamau. Low cependant ne fit rien pendant ce voyage qui puisse être ajouté aux observations de Richardson, étant limité par le temps et le manque de provisions. Dans son rapport, il cite textuellement les descriptions et la géologie de la région environnant les lacs Chibougamau et Wakonichi, telles que données par Richardson. À la suite de cette expédition de 1885, Low annonça que la région valait la peine d'être prospectée. La région présentait un grand intérêt au point de vue minier. Il devait cependant s'écouler un grand laps de temps entre cette déclaration de Low et la mise en valeur de quelques gisements. En 1892, Low, accompagné de A.D.H. Ross, partit du lac Saint-Jean le 13 juin pour aller relever la rivière East Main et, voyageant par les rivières Chamouchouan et Chigobiche, les lacs Nikabau, Obatogamau et Chibougamau, il atteignit le poste de Mistassini le 29 juin. Entre la hauteur des terres et Mistassini, ils examinèrent les affleurements de roches le long de la route et en firent une collection comprenant aussi les pyrites de l'île du Portage du lac Chibougamau. En 1897, Henry O'Sullivan, inspecteur des arpentages de la province de Québec, fit la tournée des arpentages des rivières Chamouchouan et Chigobiche et de la route de canots jusqu'au lac Nikabau. En 1898, cette inspection fut continuée du lac Nikabau au lac Mistassini. Plus tard, il arpenta le secteur du lac aux Dorés et la route qui passe par les lacs David et Simon, descendant la rivière Chibougamau jusqu'à Waswanipi. Il fit également l'arpentage de la rivière Barlow, à partir de son confluent dans la rivière Chibougamau jusqu'à sa source. On commençait à préparer le pays et à bien le connaître. Avec la fin du siècle, se termine la première partie de l'histoire de la région de Chibougamau. Ce fut la période de reconnaissance. Ce n'est que pendant la période suivante que devaient se révéler les richesses de la région. Cette nouvelle période débute en 1903. L'honneur d'avoir découvert des minerais d'une valeur commerciale dans la région de Chibougamau revient à Peter McKenzie, de la McKenzie Trading Company de Montréal. En 1903, M. McKenzie se trouvait à son poste de traite sur le lac Chamouchouan, quelques milles au nord-ouest de Roberval. Il avait fait la lecture du rapport géologique de 1870, dans lequel James Richardson, le premier géologue à visiter le district de Chibougamau, rapportait l'existence probable de gisements de cuivre sur la rive ouest du lac Chibougamau. McKenzie décida alors de visiter la région, et après un long et pénible voyage en canot, il atteignit la Copper Mountain dont fait mention Richardson dans son rapport. Il recueillit des échantillons d'amiante, de magnétite, de pyrite, d'ocre, de quartz, et les apporta à Montréal pour analyse. Tôt au printemps de 1904, McKenzie retourna au lac Chibougamau accompagné d'un de ses fils avec qui il effectua une expédition plus soignée. Il retourna à Québec en juillet et obtint une licence de mineur lui permettant d'exploiter le gisement d'amiante qu'il avait découvert et une licence de prospecteur valide pour les autres parties du district. Le premier ministre de la province de Québec était alors S.N. Parent qui montra un grand intérêt dans la découverte qui avait été faite, et au mois d'août, il ordonna à M. J. Obalski, inspecteur des mines pour la province, de visiter cette nouvelle région et de faire rapport. La route que suivit Obalski à l'automne de 1904 fut la suivante: lac Saint-Jean, rivière Chamouchouan et les lacs Chigobiche, Chamouchouan, Nikabau, Obatogama et enfin Chibougamau. Obalski tira d'importantes conclusions d'ordre géologique à la suite de son voyage. Voici un extrait de son rapport: «Je ne saurais trop attirer votre attention sur ce nouveau district et les découvertes qui s'y sont faites, car je les considère comme appelées à jouer un rôle important dans l'avenir industriel de notre province». Obalski était un peu prophète. Comme résultat immédiat de ces découvertes et du rapport favorable d'Obalsi sur l'avenir minier de cette région, un syndicat fut organisé par M. McKenzie, sous le nom de Chibougamau Mining Company Limited. De partout on venait maintenant tenter sa chance. Tous espéraient découvrir les gisements qui leur apporteraient la fortune. Ce fut rarement le cas. De bonnes raisons d'espérerAu printemps de 1905, en réponse à une pétition signée par un grand nombre de citoyens notables de Québec, dont beaucoup étaient intéressés financièrement - ou autrement - dans cette région, Sir Wilfrid Laurier envoya M. A.P. Low, sous-ministre des Mines du Canada, avec instruction d'examiner la région déjà connue sous le nom de «Région minière de Chibougamau». Low partit du lac Saint-Jean à la fin du mois de juin et voyageant par les rivières Chamouchouan et Chigobiche, atteignit le lac Chibougamau le 12 juillet. Il traversa le lac jusqu'à la baie McKenzie, à l'extrémité nord-est et examina les gisements d'amiante de l'île Asbestos. Après s'être rendu jusqu'au lac Mistassini, il revint au lac Chibougamau et consacra deux semaines entières à un examen géologique des rives du lac et de ses nombreuses îles. Passant ensuite au lac aux Dorés, il suivit sa décharge, la rivière Chibougamau, qui traverse de nombreux lacs. Dans l'ouvrage de Low, la description des principaux traits géologiques et physiographiques est remarquablement claire et précise, et la publication de ce rapport fait certainement époque dans l'histoire des explorations du Nord de Québec. Sa forme optimiste, jointe à la science bien connue ainsi qu'à l'intégrité et au désintéressement de l'auteur contribuèrent dans une large mesure à augmenter le nombre des prospecteurs, de syndicats et aussi de compagnies minières qui alors s'intéressèrent à Chibougamau et qui pendant la période d'excitation considéraient ce district comme destiné à d'heureux lendemains. Les missions de reconnaissance se suivirent d'année en année, à un rythme soutenu. Impossible de toutes les évoquer ici. Mais en 1908, un ingénieur des mines, le professeur E. Dulieux, de l'École Polytechnique de Montréal entreprit un examen détaillé de la région de Chibougamau. Son voyage le conduisit aux lacs Chibougamau, David, aux Dorés, et Asinichitbastat. Il visita aussi les lacs Simon et Bourbeau. Son travail se divisa en trois parties. La première partie comprenait la description des régions parcourues: leur géographie physique, ressources forestières, possibilités agricoles. La deuxième partie comprenait la géologie de ces régions. Enfin, la description des travaux de prospection effectués dans la région des lacs Chibougamau, aux Dorés et Bourbeau était contenue dans la troisième partie. M. Dulieux terminait son rapport ainsi: «En considérant la grande étendue des terrains minéralisés dans le district de Chibougamau, on peut dire que les indications trouvées jusqu'à présent sont un bon indice pour le développement de la région». Autre raison d'espérer et d'avoir confiance. Mais la région demeurait fort éloignée et surtout très isolée. Dès lors le gouvernement du Québec fut fréquemment et fortement sollicité ou de construire un chemin de fer pour atteindre Chibougamau ou de subventionner assez largement des entreprises privées pour les inciter à le construire. Avant cependant de se prononcer ou même de prendre une décision concernant la dépense de grosses sommes d'argent prises sur les fonds publics, le premier ministre et le ministre des Mines, sur la recommandation du nouveau surintendant des Mines, M. Théo Denis, décidèrent d'en appeler au jugement des personnes composant la «Commission minière de Chibougamau» quant à la valeur réelle des découvertes faites et d'avoir leur opinion sur l'avenir minier de cette région. Le Dr Alfred Barlow, conférencier sur la géologie pratique à l'Université McGill et ancien membre de la Commission géologique du Canada fut choisi comme président. J.C. Gwillim, ingénieur des mines, professeur à l'Université Queen's, de Kingston, et M. E.R. Faribault, membre de la Commission géologique du Canada complétèrent cette Commission. Dans leur rapport les commissaires disaient que la région de Chibougamau offrait beaucoup d'attraits pour le prospecteur actif et intelligent, mais l'éloignement du district et l'épaisseur de mousse et de tourbe rendaient la recherche des minéraux à la fois difficile et très dispendieuse; comme de grandes étendues de terrain, tout aussi attrayantes au point de vue minier, restent encore non prospectées dans des parties beaucoup plus accessibles du nord de Québec, il serait inopportun pour le moment, selon les Commissaires, de continuer la prospection dans le district de Chibougamau... Grande déception chez plusieurs! Le
rapport ajoutait encore... Si la grande demande pour le bois de pulpe
continue d'augmenter comme par le passé et nécessite l'usage
de la petite épinette noire et du cyprès, la région
qui entoure immédiatement le lac Chibougamau offre une très
abondante réserve de ces essences... Le district est tout-à-fait
impropre à la culture, tant à cause de la stérilité
générale du sol, que de l'extrême rigueur du climat...
Puis vint la guerre de 39-45Les besoins stratégiques de métaux incitèrent quelques grandes entreprises à se fixer sur les gisements de la région. La construction de la route, achevée à l'été de 1950, reliant le lac Chibougamau au lac Saint-Jean s'avéra un puissant facteur de développement. Le Conseil économique du Saguenay présenta le 28 octobre 1948, au gouvernement fédéral, une résolution demandant que le Canadien National prolonge sa ligne de chemin de fer du lac Saint-Jean à Chibougamau. Depuis 1948, la situation a rapidement progressé. Les réserves minières prouvées se sont beaucoup accrues; la route accélère les développements. Quatre sociétés au financement solide sont sur le point d'entrer en production: Campbell Chibougamau Mines, Merrill Island Mining Corporation, Opemiska Copper Mines et Chibougamau Explorers. Le 4 juillet l950, à Saint-Félicien, le gouvernement provincial vend aux enchères le premier groupe de 48 lots à bâtir de 55 pieds par 120 pieds. Cette vente rapporta au ministère des Mines la somme inattendue de 1O7 39O$. Des lots furent vendus à des sociétés importantes comme Shell Oil, Hudson Bay Company, la Banque de Commerce. Une paroisse a été fondée, Saint-Marcel de Chibougamau. Et ainsi, encore une fois, les hommes auront fait reculer les frontières. Pour combien de temps? Pour qui? À quel prix? |