Les 75 ans de Saint-Thomas-Didyme
Avant de faire l’historique des premiers pionniers, il est important de noter le pourquoi du nom de Saint-Thomas-Dydime. Thomas en l’honneur de Mgr Thomas Labrecque, évêque de Chicoutimi à cette époque et Dydime en l’honeur du curé Didyme Tremblay qui fit la mision à cet endroit de 1921 jusqu’au 25 septembre 1925. La «pré-histoire» racontée par Jean RaphaëlEn réalité, le premier à s'établir sur le territoire de la paroisse fut Jim McNicoll dit Raphaël. L'histoire débute en Écosse vers 1850, alors qu'un jeune écossais ayant du sang Inuit du nom de Jim McNicoll a été acheté comme esclave afin de travailler sur les bateaux de commerce. Lors d'un passage à Montréal, Jim profite d'un moment d'inattention des gardes pour prendre la clé des champs. Il redescend le fleuve Saint-Laurent jusqu'à l'embouchure de la rivière Saint-Maurice. Trouvant la voie plus sécuritaire et moins à la vue des humains, il remonte cette rivière. C'était pour lui un territoire inconnu; il y trouva sa subsistance avec les poissons des lacs et les animaux sauvages. Un bon jour, il arriva à un « tentement » indien nommé Motachaîne. Il a su se faire accepter par ces amérindiens en leur expliquant sa situation et en leur disant qu'il était lui-même descendant de tribu Inuit. Dans sa fuite, il avait changé de nom soit Jim Raphaël au lieu de McNicoll. Il vécut quelques années à Motachaîne. Il maria une femme de la réserve, mais n'eut pas d'enfant à la réserve. Un jour, des marchands de fourrure vinrent à la réserve afin d'acheter la chasse d'hiver faite par les amérindiens. Ces derniers les avertirent qu'une excursion était en route derrière eux afin de retrouver les esclaves déserteurs. Les amérindiens avertirent Jim qui était toujours recherché et lui conseillèrent de remonter les eaux de la Saint-Maurice afin de fuir. On lui donne quelques vivres et dans un canot d'écorce, il partit avec sa femme. À un moment donné, pour plus de sécurité, ils escaladèrent une chaîne de montagnes et arrivèrent à la rivière Chamouachan; ils la remontèrent jusqu'à l'embouchure de la rivière Slasller qu'ils canotèrent jusqu'au lac du même nom. Par la suite, ils redescendirent sur la Micouachasse pour venir s'établir sur une pointe du lac à Jim appelé aujourd'hui «Pointe à Ti-Biche». Ils y construisirent un camp en écorce monté sur une perche à l'aide de mousse et de terre; c'était vers les années 1870, après le grand feu. Quelques années plus tard, un père missionnaire, appelé Simonais, était à la recherche de familles indiennes afin de pouvoir les baptiser; c'est alors qu'il arriva chez la famille Raphaël. À cette époque, 5 enfants étaient au monde, il les baptisa tous: Simon, Modeste, Johnny, Marie et Xavier; de plus, il donna le nom du lac à Jim en l'honneur de Jim McNicoll dit Raphaël. À la suite de cet événement, la famille planta une croix en souvenir du Père missionnaire. Cette journée-là, Jim jura et fit jurer à ses enfants de toujours poursuivre la tradition de la croix. C'est aussi à partir de ce moment que Jim Raphaël entreprit des excursions vers Pointe Bleue puisque le missionnaire l'avait convaincu qu'il n'y avait plus aucun danger pour lui, le trafic des noirs étant aboli. Après cet événement naquirent Tommy, Philomène et Jacques surnommé «Ti-Biche». Actuellement, Jean Raphaël, le garçon à Ti-Biche, vit avec son fils Benoît Richard au lac à Jim, face à la pointe à Ti-Biche d'où il peut contempler le lieu de sa naissance. 1913 - Le récit d'un pionnier: Louis Côté
La
terre où on a connu Adéodat Fortin était habitée
par Alfred Tremblay, le père de Georges. Un Gauvin était
résidant à la place de chez Odilon Fournier (Hugues Lapointe),
à côté demeurait Edmond Guay. Arsène Simard
demeurait au coin (Dominique Guay), c'était un oncle à
Vincent Simard, cet Arsène Simard allait chercher la malle deux
fois par semaine à Normandin. À la place de chez Idola
Simard, c'était Jos.-F. Paquet (Bidou). Sur la côte du
Calvaire, il y avait Joseph Bouchard et ses beaux-parents: M. et Mme
Bernard Larouche qui demeuraient avec eux. Ils étaient les grands-parents
des enfants à Zéphir Girard et des enfants à Joseph
Bouchard; ils sont décédés en 1918 de la fameuse
grippe espagnole. Comme dernier résidant, il y avait une famille
d'Américains, composée du père, de la mère,
de trois garçons et de deux filles; ils venaient passer les étés
là et retournaient aux États-Unis pour la saison hivernale.
Louis Fournier, le père de Louis d'Or, avait un moulin à scie. Vers 1920, il construisit une fromagerie. La première maîtresse d'école, celle qui m'a enseigné était Vitaline Gingras (J.-Baptiste Laliberté), c'est la mère de Irène Laliberté (Mme Patricien Tremblay); elle enseignait dans la maison d'Adéodat Fortin, elle avait 15 élèves et elle pensionnait chez Arsène Simard. J'ai connu ma femme, Albertine Dion, en me rendant au mois de Marie à la petite école, au pied de la côte du Calvaire, elle restait avec sa soeur Alice qui enseignait là. Le seul sport qu'on pratiquait était le baseball. Les pratiques se faisaient dans la cour en arrière de chez nous. Les arbitres étaient tour à tour Jos.-F. Paquet (Bidou) et Joseph Biron qui demeuraient dans le rang. Ils avaient appris ce jeu aux Etats-Unis. Comme joueurs, on avait Omer et Viateur Perreault, Gérard, Philias, Georges et Roland Paquet, Noé et Charles Gravel, quelques Indiens également, comme Jimmy et Ti-Loup Raphaël. On pratiquait avec des bâtons fabriqués à la maison, mais, voilà qu'une bonne fois Édouard Lavoie arriva avec un vrai bâton réglementaire qu'il s'était procuré en Ontario où il avait travaillé et joué au baseball. On lui achète donc le bâton et on le rentre dans l'équipe avec nous. On joue contre Normandin, les équipes du rang Nord, du rang 10 et du village. On a jamais gagné. Il nous manquait toujours des joueurs ou pour une raison ou une autre, on ne pouvait pas gagner. Cependant, je me souviens d'une fois où on aurait eu la chance de gagner puisque le lanceur de Normandin s'était fait blesser, mais, plutôt que de le remplacer par son substitut, ils avaient eu trop peur de perdre et ils ont discontinué la partie. On était bien déçu, mais, on jouait quand même, on aimait çà, on était habitué de perdre. Un autre sport qu'on pratiquait, c'était le patin, mais pas les patins d'aujourd'hui; c'était des lames qu'on attachait en-dessous de nos chaussures. Imaginez-vous bien qu'on se renversait les pieds sur tous les sens, mais, ça faisait rien, on s'amusait ferme sur la petite rivière, on était heureux, on ne connaissait pas mieux. 1925 - La Société téléphoniqueL'Abbé Henri Tremblay trouvant sa paroisse isolée au point de vue communications, décida dans une assemblée générale des citoyens de former une société coopérative téléphonique. Cette assemblée fut tenue au presbytère et convoquée au prône le 20 décembre 1925. Il fut décidé par tous les membres de procéder à l'élection d'un président, d'un secrétaire et de six directeurs. Furent choisis à l'unanimité: président: l'Abbé Henri Tremblay; le secrétaire, Adélard Perreault; les directeurs: Georges Pelletier, Pierre Dufresne, Arthur Gilbert, Méridé Boivin, Joseph Bouchard, Georges Tremblay fils. Le 6 décembre 1925, les paroissiens s'organisent et demandent leur admission à la Société coopérative téléphonique du Lac St-Jean et de Chicoutimi... «attendu qu'il nous faut communiquer nécessairement pour affaires religieuses, civiles ou commerciales avec les paroisses du Lac St-Jean et de Chicoutimi, nous, soussignés, nous nous engageons d'avance à payer à part égale tous les frais d'installation projetés du téléphone». Ont signé pour la Société coopérative téléphonique du Lac St-Jean et de Chicoutimi: Méridé Boivin, Joseph Forget, Joseph Fournier, Adélard Perreault, Georges Tremblay, fils, Alfred Desjardins, Rodolphe Gaudreault, Alfred Potvin, Charles Pelletier, Joseph Potvin, Georges Pelletier, Arthur Gilbert, Oscar Leclerc, Pierre Dufresne, Joseph Mathieu, Joseph Bluteau, Hormidas Noël, Joseph Lavoie, Alphonse Caouette, Joseph Bouchard, Léo Dufresne, J.-Henri Tremblay, ptre. Il y aura des boîtes téléphoniques chez Arthur Gilbert, Méridé Boivin, et au presbytère, ainsi que chez Joseph Forget dit Latour. Le 6 janvier 1926, il est décidé ce qui suit: chaque actionnaire devra couper six poteaux (en bon bois). Ces poteaux devront avoir les dimensions suivantes: longueur de 20 pieds et grosseur de 6 pouces au petit bout. L'installation de la ligne téléphonique s'est faite en septembre 1926 et le téléphone sera au presbytère. Ce n'est qu'en 1929 que la Centrale téléphonique fut installée chez Johnny Tremblay et tenue par sa femme Rose-Ida Fontaine, cela jusqu'au 1er novembre 1941; par la suite chez Irénée Frigon jusqu'à la vente à la Cie Téléphonique Dubuc en avril 1949. À ce moment là, il y avait des boîtes téléphoniques chez Louis Côté, rang 10, canton Girard, Irénée Frigon, au village, et au Lac à Jim chez Henri Auger. Nous tenons à remarquer qu'au départ de l'Abbé Henri Tremblay, Méridé Boivin fut élu président et le fut jusqu'à la vente à la Cie Dubuc. L'actif était de $187,12 réparti entre les actionnaires. Aujourd'hui, nous sommes desservis par la Cie Bell Canada. 1935 - La société coopérative et la fromagerieVers 1935, une société coopérative agricole fut formée sous l'égide de Télesphore Thibeault. Ce dernier fit donner l'information voulue par un employé du gouvernement, qui a réussi à obtenir un octroi et un permis pour la construction d'une fromagerie, au village de Saint-Thomas-Didyme. La société possédait un crible, un sarcleur, un arrache-patates et un coupe-cornes qui servaient à tour de rôle aux sociétaires. Joseph Coutu a été secrétaire plusieurs années. Le dernier secrétaire fut Raymond Simard jusqu'au temps que la fromagerie soit fermée, soit au début des années 1960. Le charroyage du lait se faisait par camion. Chaque cultivateur avait son bidon qui était recueilli pour le transport à la fromagerie de Normandin. Les transporteurs de bidon furent Jean-Paul Bhérer et Albert Bouchard. Vers 1937, on décide d'installer une fromagerie au village pour accommoder tous les cultivateurs; mais voilà que pour que ce projet prenne de l'ampleur et surtout pour qu'il se maintienne, il fallait acheter la fromagerie de M. Louis Fournier qui était construite et fonctionnait depuis 1920 dans le rang 10, canton Girard. C'est dans cette partie de la paroisse que se trouvait les plus gros producteurs de lait avec quelques producteurs du nord de Normandin; ces derniers se joignaient à eux étant donné qu'ils se trouvaient à proximité de cette fromagerie.
Mais le choc avait été si fort qu'ils refusèrent
de venir à la fromagerie de notre paroisse, ce qui eût
pour effet de faire démarrer la fromagerie très lentement.
On peut dire que cette situation presque dramatique dura toute une génération,
jusqu'au temps où ces propriétaires se virent dans l'obligation
de transférer leurs biens à leurs descendants. Ces derniers
ont compris que pour la rentabilité de la fromagerie de leur
village, il fallait revenir, ce fut fait pour l'évolution et
la bonne entente de notre paroisse.
Les fromagers qui ont oeuvré chez Louis Fournier sont Léo Bernard, Élie Dion suivis de Stanislas Paradis. Ce dernier fut donc le premier à oeuvrer à la fromagerie du village (rang 12, canton Girard) au site actuel de la maison de M. Denis Tremblay, maire; lui ont succédé Méridé Filion, Aurèle Gilbert et Lorenzo Houde qui a eu comme assistant Alphonse Bellemarre, Paul Émile Leclerc et par la suite Jean Coutu qui devint le dernier fromager ayant oeuvré à cet endroit. La morale de ce récit est qu'on doit se dire: «Qu'est-ce que je peux faire pour le bien de ma paroisse?» et non «Qu'est-ce que la paroisse peut faire pour moi»? 1943 - Les chantiers racontés par M. Raymond SimardJe
me permets de vous faire revivre sommairement les années 43-44.
J'avais seize ans à l'époque et déjà il
m'a fallu oublier l'école pour me trouver du travail. J'ai donc
quitté ma famille pour me rendre dans les chantiers de
Auger Lumber situés à 30 milles de chez moi. Imaginez
30 milles à ce temps-là, c'était très loin
parce qu'on le faisait à pied. Aussi pas question de descendre
les fins de semaine. A seize ans, on devait être l'homme complet
qui donne plein rendement et qui toffe la run, si non,
on risquait de ne pas être sur la liste de rappel l'année
suivante.
Le dimanche était strictement respecté. On récitait le chapelet l'avant-midi et l'après-midi c'était le lavage du linge; les conditions d'hygiène étaient bien élémentaires. Dans nos temps libres on jouait aux cartes; le samedi soir, on faisait aussi de la musique à bouche, du violon, de l'accordéon. Il y avait aussi des séances de tir au poignet, tir de balais et parfois même de la lutte. On s'amusait, on était heureux et ça ne coûtait pas cher.
Ma première run avait duré six mois; en revenant au foyer de mes parents, j'eus l'impression que j'entrais dans un château. Je remis à mon père tout l'argent que j'avais gagné. J'étais fier de moi, j'étais devenu un homme. C'est un peu cela l'histoire de mes débuts sur le marché du travail. Si je vous ai raconté cela c'est pour vous faire constater l'évolution depuis ce temps. Quand on parcourait 30 milles, il fallait prendre 10 heures. Alors qu'aujourd'hui on le fait dans 30 minutes. Un salaire de 3$ par jour, soit 18$ par semaine de 60 heures. Aujourd'hui (1971) un opérateur reçoit 7$ l'heure ce qui fait 315$ par semaine de 45 heures. Ce que l'on appelait sciotte est aujourd'hui abatteuse mécanique. La hache est devenue ébrancheuse mécanique. Le cheval a été remplacé par la débusqueuse ou transporteur. Sommes-nous plus heureux? Sommes-nous plus riches? On peut tout de même dire sans risquer de faire d'erreur que c'est l'évolution qui fait ces progrès.
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