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DANS L'UN DES PLUS BEAUX VILLAGES DU QUÉBEC

L'incroyable odyssée du pont de l'Anse-Saint-Jean

C'est la représentation de ce pont couvert que l'on peut voir sur les billets de $ 1 000 canadiens. Érigé au coeur du village depuis plus d'un demi-siècle, il a été emporté un bon matin par les glaces... C'est cette histoire que vous raconte ici M. Gérald Arbour. Elle a d'abord été racontée dans Le PONT'ÂGE, revue publiée quatre fois par année par la Société québécoise des ponts couverts. Parce qu'elle se veut exemplaire et symbolique, c'est avec plaisir que nous vous la présentons à notre tour, avec l'aimable autorisation de l'auteur et de la S.Q.P.C. - Si toutes les villes et municipalités du Québec suivaient l'exemple des gens de l'Anse-Saint-Jean, le patrimoine québécois serait en bien meilleur état.

Mille dollars à la dérive


Anse-Saint-Jean, 2 avril 1986, 3h15...
(photo : André Goossens)
 
Le 2 avril dernier (1986), le pont couvert de l'Anse-Saint-Jean était emporté par un embâcle qui a cédé. En fin de journée le pont couvert du village s'échouait à l'embouchure de la rivière Saint-Jean.

Immédiatement après l'incident une rencontre a eu lieu entre la municipalité et le responsable de district du ministère des Transports.
La première réaction de ce dernier était de libérer le plus rapidement possible le lit de la rivière de cet encombrant débris. Les solutions envisagées allaient de l'incendie volontaire au remorquage de la structure dans le Saguenay. La municipalité et les habitants de l'Anse-Saint-Jean ne l'entendaient pas de cette façon. Leur intention était de récupérer ce pont et de le remettre sur ses assises ou, à tout le moins, de le conserver à un autre endroit.

Le 8 avril, M. Gilles Lambert, secrétaire de la municipalité de l'Anse-Saint-Jean, nous confirmait les décisions suivantes: le pont couvert sera ramené à son emplacement original. Les premières évaluations concluent que cette structure est encore utilisable malgré sa ballade imprévue. En second lieu, la municipalité a présenté au ministère des Affaires culturelles un projet évalué à plus de $ 25 000 en vue de mettre en valeur le pont couvert du village et surtout d'obtenir son classement en tant que bien culturel.

L'échéancier qui a été établi en vue de replacer le pont sur ses assises est le suivant: - fin avril, arrimage du pont en vue des hautes marées à venir; - en juin, le pont sera remorqué ou déménagé près de ses piliers et réparé; - réouverture fin septembre - début octobre. Les coûts de cette opération sont estimés à $ 100 000.


Photo : André Goosens
 
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le pilier central qui a été ajouté il y a quelques années n'est pas la principale cause de l'accident survenu au pont couvert de l'Anse-Saint-Jean. Des embâcles ont lieu régulièrement à cet endroit. Cependant, ce qui se produisait aux cinq ou six ans se répète maintenant aux deux ou trois ans et à chaque fois ces embâcles prennent de l'ampleur. La cause de tout cela c'est l'importance des alluvions charriées par la rivière
Saint-Jean et qui sont aujourd'hui concentrées dans le delta de la rivière. La présence de ces dépôts successifs a eu comme résultat de hausser le fond de la rivière de telle sorte que les glaces ne peuvent plus s'écouler librement vers le Saguenay. D'énormes blocs de glace s'empilent à cet endroit sur une distance de plus en plus grande chaque année. Ce printemps le phénomène s'est produit jusqu'en amont du pont couvert et lorsque cette glace a cédé, elle a emporté le pont ainsi que plusieurs arbres. Aucune autre construction ne se trouvait sur le parcours de ce déluge de glace. Diverses solutions existent pour corriger ce phénomène annuel. Le creusage du lit de la rivière serait la solution idéale mais il est fort peu probable qu'elle soit autorisée par le ministère de l'Environnement. Le ministère des Transports a mentionné l'hypothèse de surélever le pont ce à quoi s'oppose la municipalité. En dernier recours, il reste la possibilité de construire un brise-glace suffisamment efficace pour contrer la poussée des glaces et capable de protéger la structure. Il est fort probable que cette solution sera retenue ou une combinaison des trois proposées.

L'attachement de la population de l'Anse-Saint-Jean envers son pont couvert nous a permis d'espérer que cette structure serait épargnée dans la mesure où elle serait encore utilisable après une telle mésaventure. A moins d'une autre catastrophe naturelle qui réduirait à néant ces espoirs, c'est ce qui se produira sous peu. Il sera de nouveau possible de franchir le pont couvert de l'Anse-Saint-Jean.

Il y a une leçon à tirer de cette histoire. Toutes structures autres que celles en bois auraient fort probablement été inutilisables après un tel dérangement.

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