Réfléxion sur les villages du QuébecPAR GILLES BOILEAU Le peuplement des terres de la vallée du Saint-Laurent s'est effectué dans le cadre du régime seigneurial. Responsable de l'exploitation et du développement de son domaine, le seigneur était devenu un véritable entrepreneur en peuplement. Pour assurer l'égale mise en valeur du terroir, il fallait favoriser une juste répartition des paysans censitaires sur les terres à développer et éviter la création de foyers de peuplement dense jusqu'à ce que les premières concessions soient convenablement mises en valeur. Mais la dispersion de la population à travers un immense territoire engendrait également une regrettable insécurité. Pour cette raison, l'établissement d'un certain nombre de villages au sein de l'oekoumène naissant devenait souhaitable pour le plus grand bien du pays et celui de ses habitants. Si on fait confiance au Grand Intendant, c'est lui qui donna l'exemple et posa les premiers gestes. Jean Talon écrivait donc à Colbert: «J'ai entrepris de former trois villages dans le voisinage de Québec... Bourg-Royal, Bourg-la-Reine et Bourg-Talon». C'était le 12 novembre 1666. Le tracé originel de ces villages s'inscrit toujours nettement dans le cadastre d'aujourd'hui et la photographie aérienne révèle encore assez facilement la forme et les contours de ces agglomérations fort anciennes. Réunis à l'intérieur d'un carré restreint, les habitants pouvaient mieux se défendre et susciter entre eux une plus grande solidarité. Talon décrivait ainsi ce type nouveau de village: «Les terres partent en pointe d'un petit carré intérieur qui forme le centre, et vient aboutir, en s'élargissant toujours, aux quatre coins du grand carré. Elles rayonnent comme les feuillets d'un éventail dont les extrémités seraient coupées à angle droit». Le plus bel exemple demeure le trait-carré de Charlesbourg. Il semble toutefois que Talon se soit attribué des mérites qui auraient dû rejaillir sur d'autres que lui. En effet, l'historien Marcel Trudel a bien montré dans la Revue d'histoire de l'Amérique française (1991) que ce sont bien les Jésuites qui ont imaginé ce système de parcellaire et non Talon. Le recensement de la Nouvelle-France, en 1706, dénombrait 16 417 habitants répartis dans 80 localités, dont 39 pour le district de Québec et 26 pour Montréal. Montréal (2 025 h.), Québec (1 184 h.) et l'Isle d'Orléans (1 091 h.) étaient les paroisses les plus importantes. Mais déjà Portneuf, Batiscan, Sainte-Croix, Verchères et Longueuil s'inscrivaient aux meilleures places de ce tableau. Le parachèvement du chemin du Roy, entre Québec et Montréal, accélèrera la création et surtout l'expansion des paroisses déjà en place, qui ont toutes alors un accès direct au fleuve. On ne peut bien comprendre la répartition de la population à la grandeur du territoire québécois sans connaître l'histoire de ces villages et les raisons qui expliquent leur position. Toutes les seigneuries étant situées en bordure du Saint-Laurent, chacune avait intérêt à susciter la croissance, en ses limites, d'un village qui aurait assuré le contact avec la grande voie de communication que constituait le fleuve. Très tôt apparut sur les deux rives du Saint-Laurent un long ruban de villages, tous dotés d'un quai. C'est donc sur les bords du grand fleuve qu'a pris naissance le peuplement de la Nouvelle-France et c'est à partir de ces premiers villages qu'ont déferlé les vagues de peuplement suivantes. Ces premières paroisses répondaient à un besoin et aucunement à une quelconque théorie ou à un vague modèle préexistant. Presque tous les villages ancrés le long du Saint-Laurent ont encore un quai, désaffecté ou pas, qui demeure le témoin éloquent - et souvent bien émouvant - d'une époque où la seigneurie pouvait communiquer avec l'extérieur en utilisant déjà la voie maritime. Les vieux quais nostalgiques de Deschambault et de Saint-Jean-Port-Joli, entre autres, nous rappellent ce temps. Une définition difficile à cernerMais qu'est-ce donc qu'un village? Les termes «ville» et «village» correspondent avant tout à des statuts juridiques ou administratifs auxquels on ne saurait attacher trop d'importance. Ils interdisent toute analyse comparative et toute rétrospective historique. Tous ces lieux que nous considérons comme des villages et qui ont surgi au long des années sur le territoire québécois sont essentiellement des points de cristallisation, où pouvaient et où peuvent encore être comblés les besoins les plus généraux, voire quotidiens, d'une population implantée dans un contexte géographique particulier. Le «village» reste donc une question de mentalité, de comportement et surtout de perception. Ils sont d'abord définis par ceux qui les habitent. Entre le village «vécu» et le village «perçu», il y a une marge indescriptible et souvent insaisissable, imperceptible aussi. Quoi qu'il en soit, en terre québécoise, il n'y avait - jusqu'à tout récemment - guère de village possible sans son église, son presbytère, son école et son magasin général. On pouvait souvent y joindre une auberge et quelques services accessoires fort utiles, mais non essentiels, ceux du boulanger et du forgeron entre autres, du moins dans le cas des villages d'autrefois. Mais l'expansion urbaine incite de plus en plus à trouver une autre définition des villages, sinon même une autre vocation. Ainsi, les villages de la plaine de Montréal, et même de toute cette grande région naturelle qu'on appelle les Basses Terres du Saint-Laurent, ont de moins en moins de traits communs avec ceux de la Gaspésie, par exemple. Plusieurs générations de villagesAfin de ne pas ralentir la mise en culture du terroir, il fut longtemps interdit aux paysans de morceler leurs exploitations et d'y tailler des lots plus petits susceptibles d'engendrer un habitat plus dense d'où auraient pu naître les premiers villages. Une ordonnance émise en 1745 interdisait même la construction d'habitations sur des parcelles de moins d'un arpent et demi. Mais plus tard, la construction de l'église, en provoquant un gonflement de la population dans le rang choisi pour son érection, amorça presque toujours un processus irréversible aboutissant à l'émergence des premiers villages. L'Ange-Gardien et Château-Richer furent parmi les premières paroisses érigées canoniquement sur la Côte-de-Beaupré, aux environs de 1670. En face, sur la Côte-du-Sud, Saint-Ignace est du même âge et constitue le plus vieil établissement de la côte. Ces villages qui appartiennent au domaine des terres seigneuriales sont les plus anciens du Québec. Ce sont des villages de première génération. Les villages de seconde génération apparurent quand les bonnes terres de la vallée du Saint-Laurent et des ses principaux affluents furent toutes concédées. Il fallut alors se répandre par débordement sur les plateaux appalachiens et laurentidiens. Ainsi, de très nombreux villages naquirent et grandirent dans la seconde moitié du XIXe siècle. En remontant la Gatineau, l'ancien poste de traite de la compagnie de la Baie d'Hudson est devenu Maniwaki vers 1851, alors que sur les bords de la Lièvre, les colons s'amenèrent au Rapide-de-l'Orignal dès 1886, une trentaine d'années avant que les lieux ne prennent le nom de Mont-Laurier. Au coeur du Bouclier cependant, l'abbé Provost avait regroupé ses colons autour d'un moulin à scie, à Saint-Michel-des-Saints, dès 1862. C'est en 1892 que les Trappistes fondèrent leur monastère de Notre-Dame-de-Mistassini, au Lac-Saint-Jean entraînant dans leur sillage, par leur exemple, la fondation du quelque postes ou villages. Le premier tiers du XXe siècle fut un temps de consolidation et de parachèvement. L'oekoumène agricole québécois connut alors ses ultimes partages où l'on mit en valeur les dernières bonnes terres. Palmarolle, l'un des beaux villages agricoles de l'Abitibi, a reçu ses premiers colons en 1916. Avec l'arrivée du Transcontinental en Abitibi, plusieurs villages furent créés le long de l'axe La Reine-Senneterre, dont Taschereau. Les nouvelles routes et les chemins de fer aidèrent à l'expansion de l'espace habité. Les villages y étaient ceux de troisième génération. Avec les douloureuses années 30 et la grande crise économique survint la période de colonisation dirigée, soutenue entre autres par les plans Gordon et Vautrin. Apparut ainsi la quatrième génération de villages. On les retrouve particulièrement en Abitibi-Témiscamingue et dans l'arrière-pays de Matane et de Rimouski. Le plan Vautrin - du nom du ministre de la Colonisation dans le cabinet Taschereau - avait été conçu comme un double projet de transfert de population et de développement du Nord-Ouest québécois. Préparé par l'État et appuyé par l'Église, il faisait largement appel aux organisations diocésaines. Chaque diocèse adoptait un canton et y dirigeait ses propres colons. Sainte-Anne-de-la-Pocatière avait adopté la paroisse de Roquemaure, et Joliette avait jeté les yeux sur le canton de Rémigny. Première paroisse de colonisation fondée sous le plan Gordon, en 1932, Rollet s'appelait jadis Rivière-Solitaire (Lonely River... sur certaines cartes). Au droit de Rimouski, dans les Appalaches, Trinité-des-Monts et Esprit-Saint furent aussi inspirés par ce processus apostolique. Les villages ethniques et nationauxVenus d'Aunis et de Saintonge, de Bretagne et de Normandie, du Perche et du Poitou, les hommes et les femmes qui depuis trois siècles animent et donnent vie aux villages et aux paroisses des terres laurentiennes sont toujours en majorité dans leur milieu. Même si parfois ils doivent faire preuve d'une vigilance quotidienne pour protéger leur culture et leur patrimoine, ils sont encore bien installés dans leur fief et ils ne sont pas prêts d'en être dépossédés. C'est particulièrement vrai dans les villages de Charlevoix, de l'Islet et du Témiscouata où la population est à 98 ou 99% de langue maternelle française. La toponymie locale respire bien cette francité: Ville du Dégelis, Isle-aux-Coudres et Port-Joli.
Premiers habitants des lieux, les Amérindiens sont toujours présents sur la terre québécoise. Ils y occupent une soixantaine d'établissements répartis entre les postes, les réserves, les villages et même les «terres fédérales»... dans le cas légendaire (et regrettable) de Kanesatake. Tous n'ont pas la renommée de Kahnawake (Caughnawaga), mais on connaît assez bien ceux de Masteuiatsch (Pointe-Bleue), sur les bords du lac Saint-Jean, ou d'Odanak, sur la rive sud du lac Saint-Pierre, à quelques kilomètres en aval de Sorel. Éloigné de ce que les Blancs appellent «la civilisation», le village algonquin du Grand Lac Victoria est sans doute l'un des plus ignorés, mais peut-être appartient-il à cette catégorie d'établissements indiens les plus représentatifs d'une culture et d'un mode de vie originaux. Quant au village huron de Wendake, aux abords de Québec, il se confond à toutes fins pratiques avec la grande banlieue de la capitale. On notera avec nostalgie qu'il s'agit là du seul et dernier village huron au Québec. Les colons venus d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, après la Conquête, se sont dispersés sur une large fraction du territoire québécois et leurs établissements y sont toujours nombreux, même si dans quelques cas le caractère britannique s'est sérieusement estompé. La vallée de la rivière des Outaouais et celle de la Gatineau en renferment de bons échantillons: Grenville, Bryson, Shawville, Wakefield et Lakefield. Les Écossais sont passés par New-Glasgow, dans la plaine de Montréal, Scotstown et Storneway, alors que les Irlandais ont laissé leur souvenir à Coleraine, Saint-Malachie, Armagh et en particulier à Saint-Colomban, à deux pas de la rivière du Nord. En cet endroit, les colons étaient venus de leur pays pour éviter les conséquences d'une vaste famine provoquée par la maladie de la pomme de terre. Guidés dans leur périple par le futur évêque de Kingston, Mgr Phelan, ils donnèrent au village naissant le nom du saint patron de leur contrée d'origine. La guerre de l'Indépendance, dans les colonies du Sud, a valu au Bas-Canada, un fort afflux de Loyalistes qui se sont infiltrés profondément à travers toute l'Appalachie méridionale. Le peuplement des Eastern Townships en a été fortement marqué. Le relevé des noms de lieux à travers la région ne laisse aucun doute à ce propos: Ayer's Cliff, Rock-Forest, Stanstead-Plain, Windsor-Mills... Qui dit mieux? Du Saint-Laurent au lac Memphrémagog et même au-delà, toute une dentelle d'établissements fondés ou investis par les Loyalistes venus principalement du Vermont et du New Hampshire, borde la frontière entre le Québec et les États-Unis: Franklin, Hemmigford, Clarenceville, Philipsburg, Hemmingford, Frelighsburg, Dunham, Cowansville, Cookshire, Coaticook... Ces Loyalistes ou leurs descendants ont aussi atteint Douglastown, Hope-Town et New-Carlisle, en Gaspésie. Même s'ils sont revenus de Boston et de la Nouvelle-Angleterre vers 1772 pour fonder le village agricole de Saint-Jacques, à quelques kilomètres de Joliette, les Acadiens de la Déportation (1755) se sont surtout installés sur les bords de la baie des Chaleurs. Grâce à des arrivées soutenues, ils ont aidé à consolider le peuplement de souche française, face aux Britanniques envahissants. Bonaventure, Tracadièche (Carleton), Notre-Dame-de-la-Garde et Matapédia ont connu à un moment donné une bienfaisante présence acadienne. Les ressources génératrices de villagesPlusieurs villages du Québec ont longtemps vécu en symbiose avec l'une ou l'autre des grandes ressources du pays. Quelques-uns en vivent encore passablement. La proximité de la mer et la possibilité de se livrer à l'industrie et au commerce de la pêche expliquent la naissance et l'évolution de plusieurs établissements de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. En dépit de sa vocation touristique actuelle, Percé fut longtemps l'un des plus grands centres de pêche à la morue en Amérique du Nord. Denis Riverin avait également créé à Mont-Louis un impressionnant et fort actif complexe de pêche. Deux siècles plus tard, Rivière-au-Renard a pris la relève de ces deux premiers postes. Les villages de pêche traditionnels sont presque tous disparus en raison du regroupement de toutes les activités relatives à la pêche en certains points précis... et en raison aussi de la disparition de la ressource première. L'agriculture de subsistance et le commerce des fourrures ont assuré la survivance des premiers habitants de la Nouvelle-France. Le bois est cependant vite devenu une ressource essentielle qu'on exploita à fond, peut-être même à outrance. Une fois le peuplement des basses terres complété, on se lança à la conquête des plateaux limitrophes qui furent vite parsemés d'établissements forestiers ou agro-forestiers. Chantiers de coupe, moulins à scie, usines de transformation et grandes papeteries surgirent tour à tour. Au Québec, rares sont les villages qui ne possédèrent pas, pendant deux ou trois générations, leur propre moulin à scie. Lorsqu'ils débarquèrent au Saguenay, en provenance du pays de Charlevoix, les membres de la Société des 21 durent d'abord se faire bûcherons avant de pouvoir «faire de la terre». Notre-Dame-de-la-Doré, au Lac Saint-Jean, Taschereau, en Abitibi, Saint-Michel-des-Saints, au coeur des Laurentides, ont vécu ou vivent encore plus ou moins bien de l'industrie et du commerce du bois. Il suffit de voir, au cours des dernières décennies, combien furent importants les remous provoqués par la fermeture de quelques scieries ça et là à travers le Québec. Ce fut le cas entre autres pour la scierie Richardson, à Cap-Chat. On a pu alors mesurer la force des liens qui unissaient l'exploitation de la ressource forestière à la population locale. Qui a oublié dans quelles circonstances, à Temiskaming, fut créée Tembec? Le Bouclier canadien recèle d'abondantes et précieuses richesses minérales. Rouyn-Noranda est né avec la première coulée de cuivre en 1927. Mais déjà sous le régime français, il y avait eu les forges du Saint-Maurice. Des toponymes comme Saint-Marc-des-Carrières ou Montauban-les-Mines sont révélateurs des activités d'une région. Au coeur de la Gaspésie, les gisements de cuivre ont permis la naissance de Murdochville, qui n'est en somme qu'un gros village. Pour leur part, les villages miniers du nord Québécois sont parfois devenus de petites villes très animées... ou sont disparues avec l'épuisement des gisements ou par suite de simples décisions - hélas! - d'ordre administratif pour éviter de voir baisser les dividendes des actionnaires.
en pays de colonisation, et auxquels on donnait des noms remplis d'espoir
comme Belleterre, Saint-Félicité ou l'Avenir. N'y a-t-il
pas eu, au Québec, un Saint-Agricole, et un Saint-Isidore, dans
le nord de l'Alberta, juste aux portes de la ville de Peace River! Tous
les pionniers de Saint-Isidore venaient du Lac-Saint-Jean.
En certaines occasions, la nature même du paysage a pu contribuer à façonner la vocation d'un lieu ou tout au moins à le maintenir en vie. L'immensité du territoire, la richesse du couvert végétal, la majesté du paysage et les particularités du climat ont transformé plusieurs villages en stations de villégiature ou de plein air. De Saint-Jovite à Mont-Saint-Pierre, de Saint-Zénon à l'Anse-Saint-Jean, de nombreuses communautés locales tirent une part importante de leurs revenus de l'exploitation des attraits de la nature. Pentes de ski, sentiers pédestres, pistes cyclables, truites et orignaux maintiennent en vie plusieurs villages. Qu'on se souvienne de la vocation balnéaire de Saint-Irénée-les-Bains; qu'on songe à la transfiguration de la station du Mont-Tremblant! Dans un pays aussi vaste que le Québec, il était normal que le développement de certains petits centres soit intimement liés aux différents modes de transport et aux installations de services qu'on y trouvait. Ce fut pendant longtemps le cas de Pointe-au-Père, alors que la station de pilotage pour les transatlantiques y était basée. Elle est maintenant aux Escoumins, sur la rive nord du fleuve. Rivière-du-Loup doit beaucoup à sa position de carrefour et aux chemins de fer. Les points de raccordement ou de jonction entre deux lignes de chemin de fer ont aussi fait surgir ici et là - sans raison apparente - des postes comme Rivière-à-Pierre, Tring-Jonction, Senneterre, Hervey Jonction et Parent. Dans la Beauce, il y a Vallée-Jonction et Scott-Jonction. Nombreux sont les villages au Québec où un hameau situé à un ou deux kilomètres du centre du village porte le même nom que le village auquel on avait accolé le terme de «Station». Les anciennes cartes topographiques le prouvent clairement, dans la cas de La Pocatière Station et de quelques autres lieux de la Côte-du-Sud. Les villages évoluent. Bien situés ou en bonne posture économique, ils grossissent et deviennent des villes, d'autres voient leur population s'amenuiser de plus en plus. Plusieurs villages jadis bien vivants n'existent plus. Saint-Jean-Vianney, partiellement détruit par un glissement de terrain le 4 mai 1971 a été rayé de la carte et ses habitants relocalisés. Au pied de la chute de la rivière Ouiatchouan, les habitants de Val-Jalbert ont dû quitter leur village un peu avant 1930, alors que l'usine locale ne pouvait plus rivaliser avec les géants de l'industrie du papier. Saint-Cyriac, sur les rives du lac Kénogami, a disparu en 1924 pour permettre le relèvement des eaux à des fins industrielles. Un barrage construit à la décharge du lac Taureau a fait disparaître le petit hameau de Saint-Ignace vers 1930. En Gaspésie, à la suite d'études et de recherches menées par le Bureau d'Aménagement de l'Est du Québec (B.A.E.Q.) dans le cadre d'une vaste expérience pilote d'aménagement du territoire, on a fermé une dizaine de villages au début des années 70. On racontait que la vie y était devenue impossible. Ne cherchez donc plus sur la carte du Québec les noms de Saint-Nil, de Saint-Paulin-Dalibaire ou de Saint-Octave-de-l'Avenir ou encore de Saint-Thomas-de-Cherbourg. À une cinquantaine de kilomètres au nord de Montréal, l'aménagement du nouvel aéroport international de Montréal (Mirabel) a perturbé au plus haut point la vie de plusieurs petites communautés et celle de milliers de paisibles citoyens, agriculteurs surtout. Sainte-Scholastique et Sainte-Monique devaient disparaître. Elles sont encore là mais elles ont été profondément blessées. Près de 30 ans plus tard, le gouvernement fédéral reconnaît que la décision prise en 1969 avait été une erreur... Comme quoi le destin des communautés humaines ne dépend pas toujours de ceux et celles qui les habitent.
Évolution
de la population dans quelques villages
Quelques-uns des plus petits villages du Québec en 1996
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