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L'HISTOIRE
PAR LES NOMS ET LES LIEUX
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Charles Painchaud, curé
fondateur
PAR N.-E.
DIONNE
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Dans
sa Galerie historique, la Maison Laflamme &
Proulx, de Québec, a publié, en 1910, un modeste
ouvrage consacré à L'histoire de Sainte-Anne
de la Pocatière [1672-1910] et de l'Île-aux-Oies
[1646-1910]. Membre de la Société royale
du Canada, professeur d'archéologie canadienne à
l'Université Laval et bibliothécaire de la Législature
provinciale, Monsieur N.-E. Dionne en était l'auteur. C'est
de ce document ancien que nous avons tiré quelques extraits
de la vie du curé Charles Painchaud.
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Sainte-Anne,
en 1814, comptait plus d'un siècle d'existence, et c'était
encore une paroisse mal organisée en dépit de son antiquité
relative. L'église n'était pas terminée à
l'intérieur, et le clocher faisait défaut. Quant au système
d'éducation paroissiale, il y avait beaucoup à réformer,
bien qu'il y eût une école tenue par un professeur respectable
nommé par le gouvernement.
Robert
Dupont était peu instruit, partageant en cela le sort de plusieurs
de ses collègues dans l'enseignement. Son école relevait
de l'Institut royal, fondé en 1802, sur des bases vicieuses,
et dont le fonctionnement devait être nécessairement vicieux.
Dupont étant canadien-français et catholique, pouvait
toujours faire du bien dans sa paroisse.
M.
Painchaud se trouva quelque peu embarrassé au début. Seul,
dans une paroisse de onze cents communiants, avec cette école
imparfaitement organisée, il se trouvait en face de difficultés
que le temps et la patience devaient vaincre. Mais il importait qu'il
prît l'initiative et poussât à la roue. Ses premiers
efforts, quelque bien dirigés qu'ils fussent, ne lui réussirent
pas, et il éprouva un peu de découragement, soit qu'il
craignît de ne pouvoir donner libre carrière à son
zèle, soit qu'il s'imaginât qu'un autre réussirait
mieux à développer les oeuvres déjà fondées.
«Je
ne puis me faire ici, écrivait-il à Mgr Plessis,
et je préfèrerais me rapprocher des Trois-Rivières
ou de Montréal». L'évêque ne parut
tenir aucun compte de cette lettre, où dominait la note décourageante.
M. Painchaud resta à son poste, et il reprit avec ardeur le cours
de ses travaux, se livrant au ministère des âmes avec tout
le zèle que Dieu sait faire germer dans le coeur de ses apôtres.
Un curé dévoué
et charitable

Charles-François
Painchaud [1792-1838], fondateur et premier supérieur du
Collège de Sainte-Anne-de-La-Pocatière. |
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Bientôt,
le presbytère de Sainte-Anne devint trop étroit
pour contenir la foule des pauvres, des malades, des infirmes,
des déshérités de toutes les paroisses environnantes.
La bourse du curé était ouverte à tous les
mendiants, d'où qu'ils vinssent, et sa charité devint
bientôt proverbiale. Les médecins étant alors
peu nombreux, et souvent les malades trop pauvres pour se payer
les règles de l'art, M. Painchaud commit l'imprudence,
bien pardonnable, d'administrer des médicaments à
quelques pauvres familles, et il obtint des succès qui
ne tardèrent pas à le mettre en vogue. De proche
en proche, sa réputation d'habile guérisseur s'étendit
tout le long de la côte, et il lui fallut, bon gré
mal gré, donner des soins aux gens qui avaient recours
à sa science.
Il en venait ainsi de toutes les paroisses du sud, et l'affluence
devint si grande, que le curé, n'en pouvant plus, avertit
ses confrères que désormais il ne soignerait que
les pauvres, à condition qu'ils soient porteurs d'un certificat,
signé par leur curé, attestant leur incapacité
à payer le médecin.
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Ce procédé lui procura un peu de répit, mais il
n'en continua pas moins à guérir ceux qui se présentaient.
Nous disons «guérir» et ce mot n'est pas impropre,
car M. Painchaud connaissait une foule de recettes utiles qu'un homme
de l'art n'eût pas désavouées. Lors de l'épidémie
de choléra de 1832, ce fut grâce à son intervention
heureuse que les cholériques recouvrèrent la santé.
Son modus operandi se trouve en toutes lettres dans Le
Canadien, et à soixante ans de distance, avec tous les
perfectionnements de l'art moderne, il serait imprudent de déclarer
que son mode était irrationnel.
À
travers les préoccupations multiples de son ministère,
M. Painchaud trouvait le temps de travailler pour son propre compte.
À l'exemple de plusieurs de ses confrères, peu nombreux
cependant, qui faisaient marcher de front la culture des sciences et
toutes les exigences de la vie sacerdotale, il consacrait une fraction
de son temps à l'étude des auteurs sacrés et des
auteurs profanes. Son hospitalité, aussi proverbiale que sa charité,
lui valut une clientèle d'hôtes qui entretinrent avec lui
des rapports d'amitié constants. À côté des
prêtres de son voisinage, attirés à Sainte-Anne
par l'attrait de ses réceptions, venaient se ranger des laïques
distingués. Parmi ceux-là, nous pourrions citer M. de
Gaspé, l'auteur des Anciens Canadiens, Sir E.-P.
Taché, l'honorable M. C.-W. Casgrain, Sir John Caldwell, Frédéric
Weyss, arpenteur, érudit et fin causeur, l'avocat Elzéar
Bédard, de Québec, et combien d'autres !
Nous
avons vu qu'il existait à Sainte-Anne, en 1814, une école
royale, et c'était la seule pour une paroisse de quinze à
seize cents âmes. M. Painchaud, qui aimait tant l'éducation
à tous ses degrés, comprit bientôt qu'il y avait
une réforme à faire. Ouvrir de nouvelles écoles
? Il lui eût fallu des ressources spéciales ; quant à
compter sur le bon vouloir des habitants, et surtout sur leur persévérance
dans une oeuvre de cette nature, c'eût été imprudent.
Il existait trop d'apathie ou trop d'indifférence chez les uns
; pour d'autres, l'école était un obstacle à l'agriculture,
un acheminement vers la ruine. Comment dissiper ces préjugés
populaires ? Qui aurait le courage de se mettre à la tête
d'un mouvement favorable à l'éducation, non seulement
pour la paroisse de Sainte-Anne, mais aussi pour les paroisses voisines,
dont plusieurs, comme Kamouraska et la Rivière-Ouelle, étaient
beaucoup plus populeuses ?
Sa volonté de construire
un collège
C'est
alors que M. Painchaud, mis en face d'une réalité de plus
en plus désespérante, résolut de bâtir un
collège dans sa paroisse. Après quelques négociations
avec l'évêque, et avoir obtenu son approbation, il réunit
sa paroisse, le 8 mars 1827. On organisa un comité de treize
citoyens, avec M. Painchaud comme président. Ce comité
était composé de John Smith, vice-président ; Isaac
Hudon, trésorier ; Julien Saillant, secrétaire ; Rémi
Piuze, Vincent Dubé, François Miville, Joseph Anctil,
J.-B. Ouellet, François Anctil, Pierre Sirois et Clément
Bois.
Le
lendemain, 9 mars, le comité donnait, par contrat passé
devant maître Piuze, notaire, l'entreprise de la construction
du collège à François Richard et Antoine Gagnon,
moyennant la somme de 500 louis. Les deux entrepreneurs s'engageaient
à commencer les travaux le 20 juin suivant, et à les terminer
au mois d'octobre 1828. L'édifice devait être en pierre,
à trois étages, de 93 pieds de long, sur 43 de large et
37 d'élévation, mesure française.
Le
mois de juin 1828 fut témoin des premiers travaux du collège.
Les matériaux arrivaient de tous côtés, pendant
que les ouvriers creusaient les fondations. Les habitants de Sainte-Anne
firent preuve d'un grand zèle, et M. Painchaud lui-même
était partout à leur tête, au champ comme à
la forêt, se multipliant pour stimuler ce zèle. La maçonnerie
commença bientôt, et le 2 juillet eut lieu la bénédiction
de la pierre angulaire.
La
paroisse de Sainte-Anne avait alors fourni pour la construction
du collège de 600 à 700 louis. Il y avait eu une
crise de générosité que M. Painchaud seul
avait su provoquer. La reconnaissance a consigné aux archives
du collège les noms de ceux qui vinrent en aide au curé
de Sainte-Anne. |
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Le Collège
de Saint-Anne en 1840.
Source : ANQ,
fonds Morisset, 5083-C1
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Argent, matériaux, journées de travail gratuit, voyages
pour transporter le bois, la chaux, la pierre, rien n'a été
oublié. Le bien que les autres faisaient à l'éducation
en contribuant à l'érection du collège, il le regardait
comme fait à lui-même, et il voulait que sa gratitude fut
connue des générations futures.
De
sa propre main, M. Painchaud abattit les arbres qui couvraient l'emplacement
du collège; il allait lui-même en traîneau à
bâtons couper le bois de charpente. Même labeur pour arracher
la pierre dans les champs et la charroyer. Ses paroissiens se portaient
en masse aux corvées. Comment auraient-ils pu refuser leur concours
à ce curé qui ne disait pas : «Allez !» mais
: «allons !» M. Painchaud se montrait toujours à
la tête des travailleurs, et s'il remarquait parmi eux quelques
symptômes de découragement : «Ne voulez-vous
pas avoir des prêtres dans vos familles ! Ne voulez-vous pas que
ceux de votre chair et de votre sang montent un jour à l'autel
! Allons-y donc de tout coeur et bâtissons, nous pauvres, bâtissons
un beau collège ! Nous réussirons !» Et
les paroissiens, remplis d'un nouvel enthousiasme, se répandaient
à sa suite dans les champs et dans la forêt ; le bois et
la pierre s'amoncelaient : maçons, charpentiers et manoeuvres
poussaient activement les travaux, si bien que, vers la fin d'octobre
1827, la maçonnerie était terminée. On put poser
le toit avant les neiges et les froids de l'hiver ; le comble fut levé
le jour des Morts.
À
peu de distance des ruines de l'église du haut de la paroisse,
on voit encore les restes d'un ancien four à chaux ; c'est une
vieille relique contemporaine de la construction du collège.
Voici à quelle occasion il fut construit. Lorsque M. Painchaud
se fut décidé à construire son collège,
il eut d'abord l'intention de n'employer que du bois, parce qu'une des
nombreuses difficultés qu'il y avait à surmonter était
de ne pouvoir se procurer que difficilement de la chaux. Mais il y avait
un de ces cultivateurs intelligents, comme il s'en trouve toujours dans
chaque paroisse, qui comprennent l'importance de l'éducation.
Ce
brave cultivateur était un des amis intimes de M. Painchaud,
et il fut un de ses meilleurs supports dans l'oeuvre qu'il voulait entreprendre.
«Si on bâtit en bois, dit-il, ce ne sera qu'une école
qui pourra brûler et ce sera fini, ce ne sera pas un collège
pour y faire des prêtres.» M. Painchaud lui proposa
de construire un four à chaux, et d'y faire transporter la pierre
de la Malbaie. Le cultivateur agréa la proposition : le four
fut fait et bénit solennellement par M. Painchaud. Cet homme
s'appelait François Roy, qui fit instruire tous ses enfants :
trois furent médecins et un autre arpenteur et député
à l'Assemblée législative.
Un bien grand jour
La
bénédiction du collège se fit le 23 septembre 1829.
M. Painchaud, qui savait faire grand, vit à ce qu'on déployât
toute la pompe possible. Dès le matin, le canon placé
sur la montagne avait annoncé à la paroisse en liesse
et aux étrangers des lieux circonvoisins, que ce n'était
pas un jour ordinaire qui commençait. Le chemin qui conduit de
l'église au collège était tout balisé et
pavoisé de drapeaux aux couleurs vives et variées. Mgr
de Fussala célébra une grand'messe à laquelle assistait
tout le clergé du district.
À
l'issue de l'office pontifical, le Prélat, revêtu de ses
habits les plus riches, se rendit au collège, à la suite
du cortège qui défila au chant du psaume Nisi Dominus
aedificaverit domum, etc. M. Painchaud, seul sur le perron du
collège, reçut Sa Grandeur en la saluant par ces mots
de l'Évangéliste: Benedictus qui venit in nomine
Domini. Puis la procession, continuant sa marche triomphale,
ne s'arrêta que sur le pallier du second étage, où
Mgr Signay fit la bénédiction de l'édifice. Le
Te Deum entonné, la procession se reforma pour
retourner à l'église. Pendant toute cette cérémonie,
le canon de la montage grondait à intervalles réguliers.
Le
premier jour d'octobre 1829, le collège ouvrait ses portes, et
il ne les a pas refermées depuis quatre-vingts ans. Pendant cette
période, il a fourni au clergé plus de trois cents prêtres
et aux carrières libérales un grand nombre de médecins,
d'avocats, de notaires, d'arpenteurs, de fonctionnaires publics. La
paroisse de Sainte-Anne s'enorgueillit de ses quarante-huit prêtres,
dont six dans la famille Dionne et trois dans les familles Pelletier,
Guy et Potvin...
Et la politique...
Au
cours de son administration, M. Painchaud fut entraîné,
et par la nature de son tempérament et par la position éminente
qu'il occupait dans les rangs du clergé, à se mêler
aux questions religieuses les plus délicates. La politique même
ne le laissa pas indifférent. C'était en 1830, M. Charles-E.
Casgrain et M. Amable Dionne se présentaient conjointement comme
candidats pour le comté de Kamouraska. Les «patriotes»
du comté offrirent la candidature à M. Marquis, de Saint-André,
et à M. Elzéar Bédard, avocat, de Québec.
La
lutte fut très chaude. Les patriotes avaient à combattre
l'influence du gouvernement, outre celle d'un seigneur généralement
estimé, allié à toutes les grandes familles du
comté, et celle d'un des plus riches marchands de la côte
sud. M. Painchaud était pour Bédard, son ami intime. Toute
la paroisse de Sainte-Anne vota pour Bédard. Cependant MM. Dionne
et Casgrain sortirent victorieux de la bataille électorale. On
fit un grand triomphe, le premier de la sorte, depuis Kamouraska jusqu'à
Sainte-Anne. Rendus à la Rivière-Ouelle, les partisans
victorieux dételèrent les chevaux des deux élus,
et traînèrent eux-mêmes la voiture jusqu'à
un bosquet où se prit un dîner champêtre. Puis la
procession continua par le chemin de la Rivière Saint-Jean, passa
par la route de l'église, et s'en retourna en traversant le village.

Amable Dionne,
commerçant à Kamouraska et homme politique influent
Source : ANQ,
P600-6/N-476-41 |
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M.
Painchaud ne dut guère goûter cette manifestation
dans sa paroisse où le triomphe des autres ne pouvait altérer
le chagrin de la défaite des siens. Il n'en fit rien paraître,
et il continua à vivre en dehors des passions politiques...
Ce
fut vers la fin de l'année 1837 que M. Painchaud se sentit
frappé de la maladie qui devait le conduire si vite au
tombeau. Il avait alors demandé un vicaire ; mais, au commencement
de décembre, éprouvant un mieux sensible, il écrivit
à l'évêque qu'il n'en avait plus besoin. Il
était statué qu'il supporterait seul jusqu'à
la fin le fardeau de sa cure. La paroisse comptait alors dix-huit
cents communiants. Il est vrai que M. Mailloux, directeur du collège,
entendait quelques confessions, mais il s'en tenait aux personnes,
qui, plus avancées dans la pratique de la perfection chrétienne,
avaient recours à la communion fréquente.
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Quoi
qu'il en soit, M. Painchaud déclinait visiblement vers la tombe.
Les occupations nombreuses et incessantes du ministère curial,
les soucis que lui apportait l'administration financière de son
collège, et toute la peine qu'il s'était donnée
depuis quelques mois pour régler ses affaires temporelles, contribuèrent
sans aucun doute, à abréger la vie de cet homme bien constitué.
Chez lui le moral était aussi affecté que le physique,
et durant l'année qui précéda sa mort, il disait
souvent : «Je suis malade, et mon mal est ici»,
en portant la main au coeur.
Une perte pour la région
et pour le pays
Vers
le 15 janvier, il prit le lit pour y rester jusqu'à l'heure fatale.
L'avant-veille de sa mort, il reçut le saint Viatique, avec une
piété vraiment angélique, après avoir, le
jour précédent, reçu l'Extrême-Onction. Enfin,
M. Painchaud remit sa grande et belle âme à son Créateur
le vendredi 6 février à trois heures de relevée,
entre les bras de MM. Mailloux, Pilote et Moïse Fortier, de ses
neveux J.-E. Landry et François Painchaud, de sa soeur Justine,
et de sa nièce Élizabeth Painchaud. Son agonie n'avait
duré que cinq minutes.
La
nouvelle se répandit dans la paroisse avec la rapidité
de l'éclair, et elle jeta la consternation au sein de toutes
les familles ; car le défunt avait su conquérir l'estime
et la vénération de ses paroissiens, durant les vint-trois
ans et demi de son séjour au milieu d'eux. Que dis-je ? Ce n'était
pas seulement leur estime qu'il commandait ; il en était adoré
comme le meilleur des pères. Aussi, que de larmes versées
en ce jour-là sous le toit du pauvre, qui avait été
le témoin de son éminente charité !

Cour avant du Collège
de Sainte-Anne en 1916.
Source : Archives
de la Côte-du-Sud et du Cillège de Sainte-Anne |
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Et
au collège, dans ce cher collège, quel deuil immense,
quel vide irréparable ? On ne verrait plus ce bon prêtre
se mêler aux jeux des élèves, apporter la
note gaie à leurs conversations, charmer tout le monde
par ses fines reparties, ses saillies heureuses et le ton enjoué
de ses manières ! On n'entendrait plus cette voix sympathique
dont les accents harmonieux élevaient l'âme jusqu'à
Dieu ! On ne verrait plus le Fondateur ! Ce fut aussi un deuil
général dans toute la province. La presse consacra
à sa mémoire des articles élogieux.
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M.
Painchaud avait ordonné dans son testament que son corps fût
inhumé à l'Île-aux-Grues, sa paroisse natale. Comme
ce n'était pas simplement son désir, mais une expression
formelle de sa volonté, l'on dut s'y conformer à la lettre.
En conséquence, après un service solennel célébré
à Sainte-Anne, le corps fut placé dans un chariot traîné
par deux chevaux. Le convoi se mit en route après le dîner,
et vers deux heures, le lundi 12 février, MM. Mailloux, Beaulieu,
Pilote, Pelletier et Langlois, formaient tête au cortège,
suivis par les citoyens de la paroisse.
Le
cercueil fut déposé, le soir, dans le presbytère
de l'Islet. Le lendemain, après un libera solennel,
on se rendit jusqu'à Cap Saint-Ignace, d'où l'on traversa
le fleuve pour arriver à l'Île-aux-Grues, dans l'après-midi.
Le 14 février, il y eut un service solennel dans la petite église
de l'île. M. Mailloux, chargé de prononcer l'oraison funèbre,
fit couler bien des larmes dans cet auditoire, composé de parents
et d'amis du vénéré fondateur.
Pendant
53 ans, le corps de M Painchaud a reposé sur son île chérie,
à l'ombre du modeste sanctuaire où les siens avaient prié
depuis trois quarts de siècle. Ils l'ont conservé comme
une relique précieuse, jusqu'à l'heure où les anciens
élèves du collège voulurent s'en constituer les
gardiens. Ses restes furent transportés à Sainte-Anne,
le 15 juin 1891, et déposés, le 23, dans une chapelle
spéciale érigée par les anciens élèves
reconnaissants, sur le flanc de la montagne, à l'endroit même
où se dressait jadis le «berceau» au toit de chaume,
dans sa corbeille de houblon verdoyant, à l'extrémité
ouest du jardin des petits écoliers. La Chapelle-Painchaud est
devenue un lieu de pèlerinage. On ne va pas au collège
sans rendre visite à celui qui y repose.
LA
LETTRE D'UN PAUVRE CANADIEN INCONNU
La lettre du curé
Painchaud à Chateaubriand
Passionné
pour le domaine des lettres, M. Painchaud, curé de Sainte-Anne
et fondateur du collège, adressa, le 19 janvier 1826, une
lettre fort admirative au poète René de Chateaubriand.
Voici quelques extraits de cette lettre qui laisse bien voir dans
quelles dispositions se trouvait l'auguste prêtre :
«À
Son Excellence le vicomte de Chateaubriand
Pardonnerez-vous
à un pauvre Canadien inconnu, mais qui traverserait les
mers pour vous aller baiser les mains, d'oser vous adresser une
lettre, sans autre motif que l'orgueil de parler à l'admirable
auteur du Génie du Christianisme, appuyé de l'espoir
présomptueux, de recevoir de sa main un mot, qui lui seul,
lui vaudrait la gloire d'une action d'éclat dont il est
incapable ?
[...]
Sachez seulement que plus d'une fois, ne pouvant plus lire, j'ai
mis là votre livre pour aller à l'église
sécher d'abondantes larmes de religion et d'admiration.
[...]
Si un nouvel orage vous éloignait encore des rives du vieux
monde, vous trouveriez sur celles du nouveau, non plus des sauvages
seulement, mais un peuple d'amis et d'admirateurs, qui brigueraient
l'honneur de vous offrir le partage de ce qu'ils ont, un feu clair,
des eaux limpides, des peaux de castor et un ciel bleu ; ou, en
canadien, bon feu, bonne mine et bon chien, car les jeunes, vous
le savez, ont coutume d'être plus généreux
que les vieillards.»
Quinze
mois plus tard, le curé Painchaud recevait une réponse
qu'il n'attendait sans doute plus…
Paris,
le 29 avril 1827
Si
la date de votre lettre est exacte, monsieur, ce n'est qu'après
plus d'un an que cette lettre me serait parvenue; je n'ai donc
pu avoir l'honneur de vous répondre plus tôt. Je
ne mérite pas sans doute, monsieur, les louanges que vous
voulez bien me donner; mais croyez que je suis infiniment plus
touché des éloges d'un pauvre curé du Canada,
que je ne le serais des applaudissements d'un prince de l'Église.
Je vous félicite, monsieur, de vivre au milieu des bois;
la prière qui monte du désert est plus puissante
que celle qui s'élève du milieu des hommes; toute
pour le ciel, elle n'est inspirée, ni par les intérêts
ni par les chagrins de la terre; elle tire sa force de la pureté.
Désormais,
monsieur, les tempêtes politiques ne me jetteraient sur
aucun rivage; je ne chercherais pas à leur dérober
quelques vieux jours, qui ne vaudraient pas le soin que je prendrais
de les mettre à l'abri; à mon âge il faut
mourir pour le tombeau le plus voisin, afin de s'épargner
la lassitude d'un long voyage.
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J'aurais
pourtant bien du plaisir à visiter les forêts
que j'ai parcourues dans ma jeunesse, et à recevoir
votre hospitalité.
Agréez, monsieur, je vous prie, avec mes remerciements,
l'assurance de ma considération très distinguée. |
Chateaubriand
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