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Des éveilleurs de mémoire«L'histoire n'est pas la branche morte du passé, elle est la racine vivante du présent». Tirée de la Revue de l'Institut international d'histoire du Notariat, cette phrase pourrait s'ajouter à cette autre tirée des Mémoires d'Outre-Tombe de Chateaubriand qui dit : «Loin de mépriser le passé, nous devrions, comme le font tous les peuples, le traiter en vieillard vénérable, qui raconte à nos foyers ce qu'il a vu. Quel mal peut-il nous faire ? Il nous instruit.» On pourrait continuer ainsi encore longtemps, avec Ernest Renan, par exemple, qui écrivait : «Les hommes de progrès ont ceux qui ont pour point de départ un profond respect du passé.» Chacun pourrait en ajouter bien d'autres, et d'aussi pertinentes. Les congrès annuels de la Fédération des sociétés d'histoire nous permettent d'évaluer nos comportements, individuels et collectifs, face au respect que nous portons à notre histoire et à notre patrimoine. À Chicoutimi et à Gaspé, à Sorel, à Rouyn-Noranda et à Rivière-du-Loup, nous avons été en mesure de prendre connaissance - et aussi de rendre conscience - des richesses fabuleuses que recèlent toutes ces régions. Et encore une fois, en juin 1998, nous rentrerons de La Pocatière plus convaincus que jamais que la Fédération et les sociétés d'histoire ont un rôle essentiel à jouer au Québec. Il n'est point besoin d'insister sur la richesse humaine et culturelle de la Côte-du-Sud. Mais nous devons au moins reconnaître avec grand bonheur que le travail patient et acharné d'hommes et de femmes regroupés au sein de quelques vivantes sociétés ont permis de conserver en bonne partie l'identité culturelle de leur petit pays et de faire en sorte que ce caractère devienne même un facteur de développement, d'épanouissement et, il faut le souligner, d'orgueil. Au-delà du travail de persuasion et de vigilance que poursuivent les sociétés et leurs membres, il faut aussi insister - et c'est le cas dans plusieurs régions - sur le fait que c'est grâce principalement à ces sociétés que s'est développé au sein de la population régionale un solide sentiment de fierté et d'appartenance. Ce qui compte, ce n'est pas que nos sociétés enrégimentent ou embrigadent des milliers de citoyens, loin de là. Ce qu'il faut, c'est savoir jouer pleinement son rôle, c'est-à-dire se faire à la fois bon éducateur, habile communicateur et ardent défenseur de nos objectifs. C'est la présence et les actions réfléchies et constructives, souvent exemplaires, des sociétés d'histoire qui font que le Québec peut encore s'enorgueillir de son passé et surtout en faire voir d'émouvants témoignages. Si les sociétés d'histoire n'existaient pas, le visage de plusieurs de nos régions ne serait plus le même. À une époque où, comme l'écrit si justement madame Lise Bisonnette, «Nos gouvernants hésitent entre l'intelligence à long terme et la démagogie à court terme», notre vigilante présence est plus nécessaire que jamais. Nous avons la mission de devenir de plus en plus des éveilleurs de mémoire, au risque de déranger parfois l'ordre établi. Il y a cependant des règles d'honnêteté que nous ne pouvons transgresser et des compromis que nous ne pouvons pas accepter si nous voulons être en harmonie avec nous-même, tout comme nous devons nous méfier de certains concensus faciles et douteux. La recherche de la vérité demeure un combat parfois difficile mais cela ne doit pas nous faire baisser les bras. Bien sûr, nous avons presque quotidiennement des exemples flagrants qu'en démocratie l'imbécilité est un droit inaliénable, mais il n'en demeure pas moins vrai que le bon sens et la vérité ont encore aussi le droit d'exister. Le jour où nous aurons amené nos collectivités à réfléchir davantage en profondeur sur notre passé pour en tirer des enseignements pour demain [et même pour aujourd'hui], nous aurons atteint une partie de notre raison d'être. L'intérêt de l'Histoire, c'est l'avenir... c'est de tenter d'éviter que dans nos petits univers nous répétions les erreurs du passé. Tout cela doit se faire sans jamais perdre de vue, tel que nous le rappelle l'ancien directeur de l'Institut d'histoire du temps présent, que la bannière de l'histoire porte en grandes lettres ces trois mots : Vérité, Objectivité, Responsabilité. Gilles Boileau
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