La Saint-Jean-Baptiste
à Saint-Jean-Port-Joli

Philippe-Aubert
de Gaspé [1786-1871], auteur du roman Les anciens Canadiens.
Source : ANQ,
P600-6/GH571-26 |
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Chaque
paroisse chômait autrefois la fête de son patron.
La Saint-Jean-Baptiste, fête patronale de la paroisse de
Saint-Jean-Port-Joli, qui tombait dans la plus belle saison de
l’année, ne manquait pas d’attirer un grand concours de
pèlerins, non seulement des endroits voisins, mais des
lieux les plus éloignés. Le cultivateur canadien,
toujours si occupé de ses travaux agricoles, jouissait
alors de quelque repos, et le beau temps l’invitait à la
promenade. Il se faisait de grands préparatifs dans chaque
famille pour cette occasion solennelle. On faisait partout le
grand ménage, on blanchissait à la chaux, on lavait
les planchers que l’on recouvrait de branches d’épinette,
on tuait le veau gras, et le marchand avait bon débit de
ses boissons. Aussi, dès le vingt-troisième jour
de juin, veille de la Saint-Jean-Baptiste, toutes les maisons,
à commencer par le manoir seigneurial et le presbytère,
étaient-elles encombrées de nombreux pèlerins.
Le seigneur offrait le pain bénit... Ce n’était
pas petite besogne que la confection de ce pain bénit et
de ses accessoires de cousins (gâteaux), pour
la multitude qui se pressait, non seulement dans l’église,
mais aussi en dehors du temple,
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dont toutes les portes restaient ouvertes, afin de permettre à
tout le monde de prendre part au saint sacrifice. Il était entendu
que le seigneur et ses amis dînaient, ce jour-là, au presbytère,
et que le curé et les siens soupaient au manoir seigneurial.
Un grand nombre d’habitants, trop éloignés de leurs maisons
pour y aller et en revenir entre la messe et les vêpres, prenaient
leur repas dans le petit bois qui couvrait le vallon, entre l’église
et le fleuve Saint-Laurent.
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Philippe Aubert de Gaspé,
Les Anciens Canadiens, Coll. Bibliothèque québécoise
(Fides), Montréal.
Hymne au «Bas
de Québec»
Je
t'aimais tant, pays de mes jeunes années,
Que j'ai gardé toujours en moi ton souvenir.
Le sort eut beau souffler au vent mes destinées,
Je t'apporte un amour que rien n'a pu ternir.
Vaste
plaine à carreaux où les avoines d'or
S'étendent mollement dans leur décor de saules,
Où les troupeaux songeurs que l'équinoxe endort
Vers le ruisseau voisin balancent leurs épaules.
Fleuve
où j'allais rêver au vent des promontoires,
Regardant s'écrouler, là-bas, sur les récifs,
Les houles qui giclaient en larges flots de moire
Jusqu'au lointain poudreux des horizons captifs.
Quais
aux plançons verdis par les baisers des flots
Où les pêcheurs muets s'estompent dans la brume;
Abordage éperdu des mers aux longs sanglots
Brandissant leurs cheveux éblouissants d'écume.
Plages
d'or où les «crans» font des taches plus
sombres,
Où la «pêche» «tendue»
en zigzags vers la mer
Semble indiquer au loin, passant comme des ombres,
Le morne défilé des élégants
steamers.
Montagnes
d'outremer où l'on voit se percher
Des fermes en plein ciel, que la forêt emmure,
Couronnant le sommet des farouches rochers,
Comme des écussons sur l'acier d'une armure.
Et
vous, les monts du sud aux versants affaissés,
Comme sous le fardeau obscur des millénaires,
Retraites de fraîcheur d'où les champs assoiffés
Attendent le breuvage haletant des rivières!
Collège
de Sainte-Anne, au loin, sur la colline,
Tel une forteresse au milieu d'un jardin,
Tu t'incrustes au coeur des souples mousselines,
Que pointillent de vert les têtes des sapins.
La
plaine, de partout, s'entr'ouvre comme un vase,
Entre chaque taillis surgit une maison.
L'Alleluia pensif des clochers en extase
Chemine, harmonieux, au bout de l'horizon.
Ô pays de lumière et de rusticité,
Où la légende vibre aux humains fraternelle,
Pays que la «jongleuse» a jadis visité,
Où son pied s'est gravé sur la roche éternelle,
Pays
que j'ai quitté, mais que j'aime toujours,
J'aurais voulu fixer tes sites grandioses
En un hymne brûlant comme un premier amour
Où j'aurais pénétré jusqu'à
l'âme des choses;
J'aurais
voulu graver du burin de mon style,
Dans le bronze des mots, tes contours imprécis...
Hélas, je n'ai tracé qu'une esquisse débile
De ton âme innombrable, ô mon pauvre pays!
François
Hertel
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