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PARMI LES NOMBREUX JOYAUX DE LA CÔTE-DU-SUD

L'église de Saint-Jean-Port-Joli

PAR RAYMONDE MORIN

Monument historique depuis 1963, l'église de Saint-Jean-Port-Joli est à la fois l'un des plus beaux témoignages de l'architecture religieuse de la vallée du Saint-Laurent et un incontournable point de repère sur la route du fleuve. Nous croyons tous bien la connaître, même ceux qui ne font que passer, et pourtant... Pour mieux nous la remettre en mémoire, pourquoi ne pas jeter un coup d'oeil sur les quelques notes rédigées en 1984 par Madame Raymonde Morin à l'intention des visiteurs de ce précieux monument. Ces notes sont en effet extraites d'un modeste mais très utile feuillet mis à la disposition de ceux qui y passent.




Extérieur de l'église de Saint-Jean-Port-Joli en 1903.
Source : L'église de Saint-Jean-Port-Joli.
 
L'église de Saint-Jean-Port-Joli est érigée en 1779. Grâce à ses transepts, elle prend la forme d'une croix dominée par un clocher sur le sanctuaire. En 1815, l'église est allongée de trente-six pieds vers l'ouest, elle est munie d'un second clocher sur le portail.

La lampe du sanctuaire, datant de 1810, est attribuée à un orfèvre de Québec, François Renvoyzé. L'autel, sculpté et doré à la Romaine par François Baillargé en 1805, sert de support au magnifique tabernacle qui constitue la plus ancienne oeuvre d'art renfermée dans l'église. Entièrement recouvert de feuilles d'or et sculpté, dit-on, par Pierre-Noël Levasseur en 1740, ce tabernacle est d'abord installé, jusqu'en 1779, dans une chapelle située à un kilomètre à l'ouest de l'église actuelle.

De 1794 à 1797, des architectes sculpteurs bien connus à l'époque, Jean et Pierre-Florent Baillargé, érigent dans le sanctuaire la corniche et le rétable, ce dernier étant d'ailleurs un des plus anciens du Québec. En 1797, François Baillargé sculpte le corpus remarquable par l'expression donnée au visage du Christ et par le respect des détails de son corps sur la croix.

En 1798-1799, l'église fait l'acquisition de trois tableaux réalisés par Louis Dulongpré, maître-peintre de Montréal. Ces peintures représentent l'Immaculée Conception, le Baptême de Jésus et sainte Catherine de Sienne. Les dorures de l'encadrement sont effectuées par les dames Ursulines de Québec.

D'après les plans de Chrysostome Perrault, d'habiles artisans exécutent divers travaux de 1816 à 1818 : la décoration de la voûte comptant au-delà de quatre mille [4 000] rosaces, les sarments de vigne en bordure des transepts, les boiseries du pape de l'évêque ainsi que le chandelier pascal sculpté dans une seule pièce de bois.


Intérieur de l'église vers 1950.
Source : Inventaire des Biens culturels du Québec.
 
De chaque côté du sanctuaire, on peut voir deux tabernacles sculptés par David Ouellet en 1886-1887, étant supportés par des autels [tombeaux] réalisés par Chrysostome Perrault en 1871.

L'architecte François Fournier, de Montmagny, construit les galeries en 1845. C'est une des rares églises à conserver cette première forme de galeries implantées au Québec pour répondre à l'augmentation du nombre des fidèles.

Avec l'arrivée de l'électricité, le système d'éclairage est transformé ; des lustres de cristal importés d'Europe remplacent les lustres alimentés à l'huile.

À la même époque, soit en 1923, les bancs à porte et à taquet cèdent leur place aux bancs actuels fabriqués par Nilus Leclerc de L'Islet. le banc seigneurial est conservé en l'honneur du dernier seigneur de Saint-Jean-Port-Joli, Philippe-Aubert de Gaspé, qui repose sous son banc.

Des oeuvres du «Père de la sculpture» à Saint-Jean-Port-Joli, Médard Bourgault, ornent l'église: la chaire en bois - devenue maintenant l'ambon - réalisée en 1937 avec son frère Jean-Julien ; le bas-relief de la sainte Famille ; les statues de sainte Anne, du Christ-Roi, de saint François d'Assise et celle de saint Jean-Baptiste recouverte de feuilles d'or. En 1979, un des fils de Médard Bourgault, Jacques, sculpte la statue de saint Joseph artisan.

En 1978-1979, grâce à une aide financière substantielle du ministère des Affaires culturelles du Québec, l'église et la sacristie bénéficient d'une restauration complète, ce qui donne l'allure qu'elles ont actuellement.

Il est important de se souvenir que l'intérieur de l'église est entièrement fait de bois et qu'au cours des ans, malgré de multiples modifications et restaurations, ce temple a toujours su conserver son cachet original.

Madame Angéline Saint-Pierre, résidente de Saint-Jean-Port-Joli, a publié en 1976 une remarquable étude consacrée à L'Église de Saint-Jean-Port-Joli [Éditions Garneau, Québec]. Par ailleurs, c'est aux Éditions Port-Joly, en 1975, que MM. Alain Duhamel et Benoi [sic] Deschênes ont chanté les sculpteurs de Saint-Jean-Port-Joli dans un ouvrage de haute tenue consacré aux Gens de bois. Ce sont là deux documents qui n'ont rien perdu de leur excellence.

Médard Bourgault [1897-1967]



Médard Bourgault
Source : Forces, hiver 1968.
 
Il y eut, à Saint-Jean-Port-Joli, Magloire puis Médard et ses frères... Un beau matin, Médard est parti naviguer, embrasser la mer à perte de vue, se créer une imagerie dont il tapissera sa mémoire. Quand il revient au pays natal, il s'aperçoit que ce qu'il croit rapporter avec lui, le pays lui offrait, depuis toujours; et il réapprend à regarder.

Dès 1933, il se tourne vers l'art religieux auquel il vouera près de 25 ans et qui marquera profondément sa carrière. Ses personnages parlent à l'âme en faisant revivre, pour les générations à venir, le monde des siens, les grandeurs et les vicissitudes d'une vie qu'on glorifie en labourant, en semant, en pêchant... Le beau ne peut pas être une abstraction, mais doit être concrétisé, incarné, humanisé.

Ce qu'il a amassé en lui depuis des années de navigation, depuis ses premières amours, durant toute sa vie d'infatigable labeur, dans la méditation de toutes les paroles refoulées, au contact des éléments créateurs de la nature, dans son silence immense comme les champs de neige en hiver, tout ce qu'il a amassé d'amour jusqu'au plus profond de lui-même va éclater.

Que reste-t-il de tous ces tilleuls venus s'abattre sur Saint-Jean-Port-Joli, de tous ces pins écorchés à vif, de tous ces acajous mutilés à coups de cisaille, de tous ces blonds noyers bercés sur l'établi, de tous les bois de chêne ? Que reste-t-il de ces arbres ? Pour quelle symphonie a-t-on rangé tous ces chants pastoraux ? Ces questions, le sculpteur Médard Bourgault a répondu cent, mille fois, toute sa vie, par des gestes lents comme des prières, féconds comme des miracles d'amour, dont est né un peuple aux dimensions vertigineuses.

Médard Bourgault n'est plus. Mais une vision magnifiée de l'amour a été exprimée, un esprit créateur se perpétue et continue de témoigner. Médard Bourgault demeure.

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