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IL N'Y AVAIT PAS QUE DES «HOMMES FORTS»

Marie-Louise Sirois, une force de la nature

PAR GUY THÉBERGE

Sainte-Anne-de-la-Pocatière n'aura pas fourni que des hommes remarquables dans les secteurs de l'enseignement, de l'agriculture et de l'industrie. Faut-il rappeler qu'à la fin du siècle dernier, nul mâle n'aurait osé parler de «sexe faible» devant la phénoménale Marie-Louise-Sirois.

À l'âge de douze ans, celle qui allait être reconnue comme «la femme la plus forte du monde» suivit sa famille pour émigrer aux États-Unis. Vers 1883, elle commença à semer la stupéfaction, peut-être même l'envie, en accomplissant des exploits peu communs. On raconte, qu'alors âgée de 17 ans, le jeune fille pouvait, deux ou trois fois de suite, soulever de terre jusqu'à la hauteur ordinaire d'un comptoir, un baril de 243 livres.

Marie-Louise Sirois inaugura sa légendaire carrière à Salem (Massachusetts) dans le gymnase privé que dirigeait son mari, Henri Cloutier, originaire de Roxton-Pond, au Québec. Un soir qu'elle regardait un groupe d'amateurs en train de s'esquinter à lever, d'une main, un plateau totalisant 400 livres d'altères, Marie-Louise échappa quelques blagues à l'endroit de ces «bons-à-rien». Mais on la prit au mot. Et voilà que se produisit l'inimaginable: dès le premier essai, Marie-Louise triompha. La revanche ne tarda pas et ne fut pas celle qu'on escomptait, puisque les «Samsons vaincus» se mirent à répandre la nouvelle dans toute la ville. De sorte que, dès le lendemain soir, une foule d'incrédules massés dans le gymnase exigèrent une réédition du spectacle de la veille. Devant les pressions de ses «fans», la jeune femme de 25 ans, fit ajouter 75 livres au plateau qui en contenait déjà 400, et le prodige se répéta.

À l'ovation succéda le délire qui allait rapidement se répercuter aux quatre coins de l'Amérique. Encouragée par ses premiers exploits, Marie-Louise embrassa donc la carrière athlétique et, grâce à un méthodique entraînement, se produisit dans les grandes villes des États-Unis et du Canada pour y établir un étonnant palmarès d'une quinzaine de records. Soulignons quelques rapides exemples: soulever de terre, d'une main, 510 livres; lever simultanément des deux mains à la hauteur des genoux: à droite, 200 livres et à gauche, 250 livres; soulever un poids au moyen de courroies fixées autour du cou, 800 livres; retenir deux chevaux de 1 400 livres à la manière de Louis Cyr. Marie-Louise Sirois mesurait 5 pieds 10 pouces et demi et pesait 185 livres. Ses frères, Élie et Arthur, furent des athlètes remarqués pour leur force musculaire. Il en fut de même pour ses deux filles qui héritèrent de la force physique de leurs parents. Nos recherches ne nous ont pas permis de préciser quand et où mourut cette femme qui porta le nom de Sainte-Anne-de-la-Pocatière sur les scènes sportives du continent.

C'est en 1983 que nous avons pu souligner le centenaire du début de la carrière peu banale de cette femme unique qui a vu le jour et a grandi sur la Côte-du-Sud. Il est sans doute dommage qu'aucun endroit public n'immortalise le nom de Marie-Louise Sirois.

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