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NOTAIRE,
PREMIER MINISTRE ET AUTEUR
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Félix-Gabriel
Marchand
PAR Me LIONEL
FORTIN *
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Me
Lionel Fortin est un notaire ayant exercé sa profession
durant onze ans. Il est natif de Lacolle dans la paroisse Notre-Dame
du Mont-Carmel et beaucoup d’entre-nous l’ont connu au bureau
d’enregistrement de Montréal, étant surtout affecté
au service des quittances. Mais aussi, c’est un historien qui,
sous l’égide du défunt Père Jules Romme,
prémontré et historien de Lacolle, entreprend la
consultation des registres de l’état civil et des actes
notariés, afin de dresser sa généalogie de
famille. Il a été, ensuite, appelé à
rédiger le répertoire des mariages du comté
de Saint-Jean, a fait un travail sur Pierre-Paul Démary,
le maire Nelson Mott et l’histoire de Saint-Jean, sur Louis Molleur,
député d’Iberville et financier de Saint-Jean et,
finalement sur Félix-Gabriel Marchand, confrère
notaire qui a été premier ministre du Québec.
J.S.M.
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Félix-Gabriel
Marchand [1832-1900]
Source : Assemblée
nationale du Québec |
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La
tenue de ce colloque me permet de souligner que l’année
1997 coïncide avec le centenaire de l’accession de Félix-Gabriel
Marchand au poste de premier ministre du Québec le 24 mai
1897.
Depuis l’avènement de la Confédération en
1867 jusqu’à maintenant, le Québec a été
dirigé par 27 premiers ministres tous issus du monde des
professions libérales. Ainsi, l’on compte vingt (20) avocats,
deux (2) économistes, un médecin, un agronome, un
journaliste, un courtier d’assurances et également un notaire:
notre confrère Félix-Gabriel Marchand qui a été
le onzième premier ministre du Québec.
Comme
nous allons le voir ensemble, Félix-Gabriel Marchand était
un homme exceptionnel qui a fait valoir ses multiples talents
avec un grand succès dans plusieurs domaines. Né
à Saint-Jean (aujourd’hui ville de Saint-Jean-sur-Richelieu)
le 9 janvier 1832,
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il
était le fils cadet de Gabriel Marchand et de Mary McNider. Son
père, Gabriel Marchand, était alors un agriculteur prospère
qui avait fait sa fortune auparavant dans le commerce du bois. Sa mère,
Mary McNider était d’origine écossaise et membre de l’Église
anglicane. Néanmoins, les six enfants qui naquirent de cette
union furent baptisés dans la foi catholique.
Félix-Gabriel Marchand amorce son éducation en langue
anglaise au St.Johns Classical School. Il appert en effet que dans sa
famille, la langue anglaise était généralement
utilisée à la maison à cause de la mère
écossaise. C’est en entrant au Collège de Chambly à
l’âge de onze (11) ans qu’il fait l’apprentissage du français.
Après quelques difficultés au début, Félix-Gabriel
parvint assez facilement à bien maîtriser la langue française
au point de lui permettre plus tard de devenir journaliste et homme
de lettres. Du Collège de Chambly, le jeune Marchand passe en
1845 au Collège de Saint-Hyacinthe où il étudia
quatre ans.
Le notaire
Quelques mois après la fin de ses études classiques, Félix-Gabriel
Marchand optait pour une carrière dans le notariat. Il était
admis à une cléricature de cinq ans par la Chambre des
notaires de Montréal le 15 février 1850. C’est sous la
direction de Me Thomas-Robert Jobson notaire à Saint-Jean, que
Marchand étudia le droit et acquit une solide formation. Le notaire
Jobson, était alors âgé de 31 ans et possédait
six (6) ans de pratique professionnelle. J’ai personnellement parcouru
le greffe de Me Jobson et je peux vous assurer que Marchand a eu un
maître de cléricature doté d’une grande connaissance
des lois, d’une compétence qui se reflétait dans la rédaction
de ses actes. Félix-Gabriel Marchand fut admis à l’exercice
de la profession de notaire le 20 février 1855 et il ouvrit naturellement
son étude au village de Saint-Jean, rue Saint-Jacques.
Marchand sera notaire pendant 45 ans, soit jusqu’à sa mort en
1900. Il exercera en solo de 1855 à 1874 avant de s’associer
au notaire Charles-Thomas Charbonneau. Cette société durera
presque vingt (20) ans et ne sera dissoute qu’au moment du décès
de Me Charbonneau en 1893. Il s’associera ensuite avec Me Alfred-Noé
Deland, un jeune notaire, et la société Marchand &
Deland existera jusqu’au décès de Marchand. Le greffe
de Félix-Gabriel Marchand se compose de 6324 actes en minutes.
Il avait une importante clientèle d’affaires, nommément
les industriels Edward et Duncan Macdonald qui étaient propriétaires
de la plus importante manufacture de poterie au Canada, ainsi que plusieurs
banques de Saint-Jean, la corporation municipale et la fabrique de Saint-Jean.
Parmi les particuliers, on voyait défiler à l’étude
de Me Marchand des gens de toutes les classes de la société.
Le pseudo-patriote Félix Poutré, devenu célèbre
par une pièce de théâtre, figurait parmi ses clients.
Marchand aimait beaucoup la profession de notaire et il s’intéressa
toujours à son progrès. En 1860, au moment où une
loi crée la Chambre des notaires du district d’Iberville, il
est aussitôt élu membre du bureau de direction et trésorier
de cette corporation. Il est ensuite réélu en 1863, 1866
et 1869. En 1870, lors de la fondation de la Chambre des notaires du
Québec qui vient remplacer toutes les chambres de notaires régionales,
Marchand est désigné pour représenter le district
d’Iberville au bureau de cette nouvelle corporation professionnelle.
Il y siégera pendant douze (12) ans sans interruption jusqu’en
1882. Puis, il cédera sa place à d’autres confrères.
Toutefois en 1894, les notaires du district d’Iberville le choisissent
de nouveau comme représentant et il devient ensuite le neuvième
(9e) président de la Chambre des notaires du Québec pour
le triennat 1894-1897. Il sera ensuite simple membre du bureau de 1897-1900.
Soulignons que Félix-Gabriel Marchand a aussi participé
à l’avancement du droit notarial en publiant en 1892 un très
volumineux formulaire ayant pour titre Manuel et formulaire général
et complet du notariat de la province de Québec. Cet
ouvrage fut longtemps en usage chez les notaires du Québec avant
d’être remplacé par d’autres, dont le plus connu a été
le formulaire Senay.
L’auteur
Travailleur infatigable, Marchand trouva le temps, en plus de pratiquer
le notariat, de se consacrer au journalisme et de faire carrière
comme écrivain. Il faut préciser que l’activité
de cet homme exceptionnel était toute cérébrale
et que même 15 ou 16 heures d’application mentale soutenue semblaient
exercer agréablement ses facultés plutôt que de
les fatiguer. Aux dires de sa famille et de ses intimes, il ne restait
jamais inoccupé.

Un bonheur en attire
un autre. Affiche publicitaire de la comédie en un acte de
Félix-Gabriel Marchand.
Source : Le notaire,
instrument de dynamisme et de culture de la société
québécoise. |
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Marchand
fit ses premières armes dans le journalisme en 1853 en
collaborant aux journaux La ruche littéraire et politique
et L’Ordre de Montréal. En 1860, il participait
à la fondation du journal Le Franco Canadien
de Saint-Jean et en 1893, il fondait le journal Le Canada
Français. Ces deux journaux fusionnèrent
en 1895. Le journal est encore aujourd’hui l’hebdomadaire
le plus important du Haut-Richelieu. Félix-Gabriel Marchand
a naturellement tenu un rôle de premier plan dans ces journaux,
soit comme journaliste ou comme rédacteur en chef. La littérature
l’a aussi attiré et il a composé plusieurs œuvres.
Au nombre de ses plus importantes, il faut citer: Fatenville
[1869], une pièce de théâtre en un acte;
Erreur n’est pas compte [1872], un vaudeville en
deux actes; Un bonheur en attire un autre [1883],
une comédie en un acte; Les faux brillants
[1885], une comédie en cinq actes et Le Lauréat
[1899], un opéra-comique en deux actes. Ces œuvres ainsi
que d’autres textes en prose et en vers ont été
regroupés en 1899 par la librairie Beauchemin sous le titre
de Mélanges poétiques et littéraires.
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Hautement apprécié pour son apport à la littérature
québécoise, Marchand était nommé membre
de la Société royale du Canada lors de sa fondation en
1882 et devint président de la section française de cette
société en 1884. En 1897-1898, il était élu
président général de cette Société.
Le gouvernement français a aussi reconnu ses mérites en
le nommant en 1879 officier de l’Instruction publique et en 1898 officier
de la Légion d’honneur. Écrivain de talent, Félix-Gabriel
Marchand laissa ainsi sa marque dans notre patrimoine littéraire.
L’homme politique
La carrière politique de Félix-Gabriel Marchand s’amorce
en 1867 avec l’entrée en vigueur de la Confédération
canadienne. C’est en vertu de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique
qu’ont été créés le gouvernement fédéral
du Canada et les gouvernements provinciaux, dont celui du Québec.
Soulignons d’abord que Marchand s’était prononcé dans
différents journaux contre le projet de fédération
canadienne, erronément appelée Confédération.
Ce qu’il voulait, c’est que le pays se dote non pas d’une fédération
où tous les principaux pouvoirs sont concentrés dans les
mains de l’État fédéral, mais bien d’une confédération
réelle où chaque province serait demeurée souveraine
et n’aurait délégué que certaines compétences
à l’État central. Marchand se ravise cependant lorsqu’il
se présente comme candidat à l’élection en affirmant
ceci:
«Maintenant que la nouvelle constitution est un fait accompli
et qu’elle a reçu de l’autorité impériale la sanction
qui lui donne force de loi, il ne s’agit plus de la combattre et de
chercher à la renverser. Il vaut mieux s’y soumettre franchement
et travailler à lui donner, par des réformes opérées
d’une manière constitutionnelle, les véritables caractères
du système fédéral.»
À la demande de nombreux citoyens, Félix-Gabriel Marchand
se présente donc candidat du parti Libéral au poste de
député du comté de Saint-Jean à l’Assemblée
législative de Québec. Il est déclaré élu
le 20 septembre 1867 par 115 voix de majorité. Et pendant 33
années consécutives, soit jusqu’à son décès,
il représentera Saint-Jean au Parlement québécois
en étant réélu à huit reprises lors des
élections générales tenues entre 1871 et 1897.
Lorsque Marchand fait son entrée au Parlement québécois
le 27 décembre 1867, il se retrouve sur les banquettes de l’opposition,
car le Parti conservateur est majoritaire avec 50 députés,
tandis que les Libéraux ne sont que quatorze (14). Les Conservateurs
domineront ainsi la scène politique provinciale jusqu’en 1878
alors que les Libéraux prennent le pouvoir sous Henri-Gustave
Joly de Lotbinière. Marchand sera Secrétaire et registraire
de la province de Québec en 1878-1879, puis Commissaire des terres
de la Couronne de mars 1879 jusqu’à la chute du ministère
Joly lors d’un vote majoritaire de censure au Parlement le 30 octobre
1879. Félix-Gabriel Marchand siège donc de nouveau dans
l’opposition pendant sept (7) ans. Les Libéraux reviennent au
pouvoir en janvier 1887 sous la gouverne d’Honoré Mercier. À
l’ouverture du Parlement de Québec le 27 janvier 1887, Félix-Gabriel
Marchand est élu Orateur ou Président de l’Assemblée
législative. Il conserve son poste jusqu’aux élections
de 1892 qui ramènent les Conservateurs à la tête
du gouvernement. Marchand devient alors chef de l’opposition officielle
par suite du retrait d’Honoré Mercier qui a été
éclaboussé par l’affaire du chemin de fer de la Baie des
Chaleurs.
C’est à l’élection générale du 11 mai 1897
que Félix-Gabriel Marchand est porté au pouvoir avec une
confortable majorité de sièges. L’Assemblée législative,
qui compte alors 74 sièges, sera composée de 51 députés
Libéraux contre 23 Conservateurs.
Félix-Gabriel Marchand est assermenté comme premier ministre
du Québec le 24 mai 1897. Il se réserve également
le portefeuille de Trésorier de la province afin d’assainir les
finances du Québec qui étaient grevées d’une dette
importante. Sur un budget de trois (3) millions, la province devait
un (1) million à ses créanciers. Après deux ans
d’administration habile et ferme, Marchand devait faire disparaître
ce passif et déclarer dès 1899 un surplus de 22,000$ dans
les dépenses gouvernementales. En plus d’être un excellent
administrateur, Félix-Gabriel Marchand devait laisser sa marque
dans l’histoire du Québec grâce à sa tentative de
former un ministère de l’Éducation. Rappelons qu’à
cette époque, l’éducation était sous le contrôle
du clergé et que le gouvernement n’avait qu’un fonctionnaire
appelé "Surintendant de l’Instruction publique" pour
en surveiller la gestion. Marchand voulait que l’État prenne
sa place dans ce domaine en créant un ministère de l’Instruction
publique qui aurait des pouvoirs pour uniformiser l’enseignement et
pour contrôler la compétence des communautés religieuses
enseignantes. Ce projet de loi fut adopté par l’Assemblée
législative le 5 janvier 1898, mais il fut tout de suite en butte
à l’opposition de Mgr Paul Bruchési, archevêque
de Montréal, qui tenta sans succès de rallier le Pape
à sa cause. Cependant cette tentative de réforme du système
scolaire québécois devait échouer au Conseil législatif
(qui était l’équivalent du Sénat canadien), lequel,
à majorité conservatrice, repoussa le projet de loi par
13 voix contre 9. Il faudra attendre encore 66 ans avant qu’on ne constitue
enfin un ministère de l’Éducation au Québec en
1964.
Félix-Gabriel Marchand meurt dans ses fonctions de premier ministre
à Québec le 25 septembre 1900. C’est l’artériosclérose
dont il souffrait depuis le début de l’année 1900 qui
l’a emporté. Comme il était le premier chef de gouvernement
québécois à mourir en exercice, il eut droit à
des funérailles d’État qui furent grandioses. Le corps
de Marchand fut exposé en chapelle ardente dans la salle de l’Assemblée
législative. Le jour des funérailles, le 29 septembre
1900, les journaux du temps affirment qu’une foule d’environ 50,000
personnes était massée aux abords du Parlement pour assister
au départ du cortège funèbre composé de
5000 personnes. Les obsèques eurent lieu à la Basilique
de Québec et furent présidées par l’archevêque
de Québec Mgr Bégin. Ironie du sort, c’est Mgr Bruchési,
archevêque de Montréal, qui prononça l’oraison funèbre
de Marchand. La dépouille de Félix-Gabriel Marchand fut
par la suite inhumée au cimetière Belmont, à Sainte-Foy,
près de Québec.
Conclusion
Parce qu’il a osé énoncer avec courage des idées
libérales dans un contexte de société ultra conservatrice,
Félix-Gabriel Marchand aura marqué notre société
de nombreux traits bien modernes; notamment par son souci d’assainir
les finances publiques, par le soin qu’il a mis à assurer la
qualité de l’éducation publique en affirmant la responsabilité
de l’État dans ce domaine, puis par sa contribution personnelle
à la création d’une littérature québécoise
et à la formation d’une opinion publique éveillée
par le biais de journaux informés et engagés.

Me Lionel Fortin
et madame Linda Carrier lors des conférences sous le thème
«Notaires et politique».
Source : FSHQ |
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Et
puis, qui sait? Si, on avait suivi en 1867, l’opinion de Félix-Gabriel
Marchand, et institué au Canada une confédération
authentique où chaque province serait demeurée souveraine
tout en maintenant un partenariat avec l’État fédéral,
peut-être ne serions-nous pas embourbés comme maintenant
dans un débat constitutionnel interminable.
Pour terminer, nous saluons en Félix-Gabriel Marchand un
notaire de chez nous qui a, comme bien d’autres de nos confrères,
généreusement servi le peuple du Québec.
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* Lionel Fortin est notaire
et historien.
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NOTAIRES ET HUMOUR
Anecdotes notariales
Me JEAN MARTINEAU,
NOTAIRE À MONTRÉAL
Un
testateur, dans son codicile olographe, remercie Saint-Joseph
pour sa maternelle protection et l'inplore de lui sonner la santé
pour faire une belle mort et demande, ne voulant pas se trouver
«refroidi» un bon matin, d'être incendié.
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Lu
dans un testament olographe, intitulé «Testament
oléographe» : «Je recommande mon âne
à Dieu»
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