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DANS LA PRESSE DE 1931 : DES SOUVENIRS
DE DÉCEMBRE 1837

Les révélations de Valérie Lebuis

PAR GILLES BOILEAU

Valérie Lebuis est née le 12 janvier 1833. Lors des événements de décembre 1837, elle avait presque cinq ans. Dans une entrevue accordée à un journaliste de La Presse en 1931, elle a raconté ses souvenirs de jeunesse, en particulier ceux qui lui revenaient en mémoire de cette malheureuse journée où les Patriotes de Saint-Eustache ont trouvé la mort en combattant les troupes de la reine Victoria.

Il ne faut pas accorder à ce récit plus d'importance qu'il doit en avoir en réalité. Mme Lebuis avait alors 98 ans quand elle a ainsi livré ses souvenirs. Comment pouvait-elle se rappeler avec exactitude les événements survenus près d'un siècle plus tôt? Nous ne saurons jamais si les déclarations de la vieille dame de Saint-Eustache ont ajouté à l'histoire ou à la légende. Quoi qu'il en soit, il demeure quand même très intéressant de prendre connaissance de ses déclarations. N'a-t-elle pas été un témoin vivant et bien placé malgré son jeune âge. Durant son enfance - et tout au long de sa vie - elle a certainement recueilli un bon nombre d'informations auprès de ses parents, de ses voisins et de ses amis.

Son frère est mort au combat

C'est cachée timidement derrière une fenêtre, en compagnie de sa belle-mère, que la jeune fille a assisté aux grandes manoeuvres. Elle a gardé bien vivant en elle ce souvenir de la deuxième épouse de son père. Elle la voyait, disait-elle à l'envoyé de La Presse, pleurer et frémir en entendant le crépitement de la fusillade et le sourd grondement des canons.

C'est sans doute parce qu'elle était bien jeune à cette époque qu'elle avoue ne pas avoir eu peur. En vérité, elle a commencé à avoir peur à compter du triste moment où on a ramené à la maison le corps de son jeune frère Alexis. Et Alexis Lachance n'avait que 14 ans.
Mais qu'était-il donc allé faire dans cette bagarre de grandes personnes? Elle a eu peur également quand les soldats britanniques sont arrivés dans la maison pour y voler les fusils qui s'y trouvaient et pour faire main basse sur les provisions accumulées pour l'hiver.

La jeune Valérie a même déclaré que les militaires étaient dangereux. C'est parce qu'ils étaient dangereux que son père a dû demeurer caché sous un pont pendant environ trois semaines afin d'échapper à la vengeance des troupes. Sa mère allait lui porter à manger durant la nuit, ajoutait-elle. Mais qui étaient donc ces militaires qui semaient la terreur dans le petit village de la rivière du Chêne?  Peut-être des hommes de Colborne demeurés sur place pour «assurer la paix et le bon ordre» mais sans doute Valérie voulait-elle parler des gens de Saint-Eustache - appelés les Volontaires - qui sous les ordres de Maximilien Globensky s'étaient joints aux Britanniques pour massacrer leurs propres compatriotes.
 

Sir John Colborne, surnommé le «vieux brûlot»
SOURCE : Émile Dubois, Le feu de la Rivière-du-Chêne, Montréal, 1937.

Les horreurs de la guerre

Selon les affirmations de Mme Valérie Lebuis, la soldatesque déchaînée s'est livrée à de regrettables actions dans le village. C'est en frémissant qu'elle racontait les horreurs commises par les soldats. Non seulement les militaires de Colborne, avec l'appui de leurs amis orangistes d'Argenteuil, ont-ils complètement saccagé le petit village du Grand-Brûlé mais ils se seraient aussi livrés à des gestes dégradants dans l'église de Saint-Eustache, tout comme ils l'ont fait à Saint-Benoît. À Saint-Eustache, ils ont saccagé l'église après y avoir mis le feu. Ils y seraient entrés avec leurs chevaux qu'ils ont fait boire dans les vases sacrés, après y avoir bu eux-mêmes et aussi après avoir répandu sur le plancher ce qui restait des ornements sacerdotaux que le curé et son vicaire n'avaient pu sauver du massacre.

C'est en 1931, alors qu'elle allait bientôt avoir 99 ans, que Mme Valérie Lebuis a raconté ces tristes événements survenus en 1837. Peut-être faut-il en prendre connaissance aujourd'hui avec une certaine prudence. Mais il n'est quand même pas impossible que les hommes de Colborne aient eu à Saint-Eustache une conduite aussi irrespectueuse que celle qu'ils ont manifestée à Saint-Benoît.

Jamais, bien sûr, nous ne saurons ce qui s'est vraiment passé à Saint-Eustache en décembre 1837. Près de 160 ans après ces tristes journées, on cherche encore à savoir et à comprendre le déroulement et le sens des événements. Cette recherche de la vérité n'est pas à la veille de s'arrêter. Nous le devons à la mémoire de ceux qui comme Alexis Lachance, le frère de Valérie, sont morts pour que vivent les générations d'après... Et Alexis Lachance n'avait que 14 ans.

Le témoignage de Valérie Lebuis vient s'ajouter à celui du curé Paquin, à celui d'Émélie Berthelot et à celui de tous les chroniqueurs de l'époque. Ils sont souvent contradictoires mais aucun ne nous laisse indifférents.

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