Saint-Benoît, lieu historique de premier ordrePAR GASTON ST-JACQUES * Tous ceux et celles qui ont une certaine connaissance de l'histoire du Québec savent qu'en 1837 se sont produits des événements graves opposant le Gouvernement de Sa Majesté Britannique et la population canadienne. Des noms d'hommes qui ont participé activement à ces événements ont été mis en évidence, tels que les Louis-Joseph Papineau, le docteur Jean-Olivier Chénier et autres. Des lieux ont aussi été mis en relief, dont Saint-Charles-sur-Richelieu, Saint-Eustache et de nombreux autres. A travers toute la nomenclature citée sur le sujet par nos historiens, souvent apparaît le nom de Saint-Benoît, paroisse située dans la région nord de Montréal. Que s'est-il donc passé ces 15 et 16 décembre 1837 pour que le général John Colborne laisse ses troupes et les loyalistes d'Argenteuil s'emparer des biens puis mettre le feu à ce village prospère et à une partie des «rangs» ? Qui était l'élite et les paisibles habitants de cette population pour avoir été écrasés par ces supporteurs du pouvoir ? Qu'est-il advenu de cette localité ? Tout lieu historique qui se respecte a généralement l'opportunité de pouvoir montrer à ses visiteurs un ou quelques éléments historiques qui cautionnent de l'authenticité des faits: une église, un moulin, un manoir existant de l'époque. À Saint-Benoît, le village a été anéanti ! Cependant, avec courage et acharnement, après avoir pansé leurs blessures et vaincu la terreur, nos anciens ont reconstruit leurs maisons et leurs bâtiments malgré leur pauvreté et leur misère. C'est cette oeuvre magistrale que nous voyons et nous vivons. Nous nous permettons de vous présenter deux patriotes remarquables de Saint-Benoît, mais qui ont servi de manière totalement différente. D'abord, un mot sur le grand patriote, de tendance modérée, qu'était le notaire Jean-Joseph Girouard. Jean –Joseph Girouard
Girouard, un homme de bienAu moment des Troubles de 1837, des patriotes montent des camps d'armée de recrues, d'armes et de vivres et ce, souvent sous la menace. Ce sont des excès comme ceux-là que des modérés comme Girouard condamnent. Le 15 décembre, après la défaite de Saint-Eustache, Girouard qui a toujours envisagé une politique défensive, convainc ses concitoyens de Saint-Benoît de déposer les armes; les proscrits chercheront refuge dans la fuite. Mais Girouard choisit de se livrer pour aller supporter ses amis en prison.
anglais,
Sir Charles Bagot, désire donner plus de pouvoir aux Canadiens
au sein du gouvernement. Girouard est pressé de toutes parts
pour qu'il accepte une charge de haut fonctionnaire, puis de ministre.
Il refuse ce qu'on lui offre parce qu'il voit l'Union comme une punition
envers son peuple suite aux Troubles de 1837 et il souhaite un retour
à l'ancienne constitution.
En janvier 1853, Girouard reçoit un montant d'argent en indemnisation pour les dommages qu'il a subis en 1837. Avec sa nouvelle épouse, Émilie Berthelot, il utilise ce montant, et plus encore, pour la construction de l'Hospice Youville destiné au soin des enfants et des vieillards pauvres et à l'éducation des jeunes filles. Le notaire rebelle et patriote décède le 18 septembre 1855 dans sa "maison blanche" de Saint-Benoît, à l'âge de 60 ans. Grâce à sa facilité d'écrire, il a laissé à la postérité un nombre impressionnant d'écrits et de lettres. La maison GirouardC'est le notaire Jean-Joseph Girouard qui a fait bâtir cette résidence, surnommée à l'époque la «maison blanche». Incendiée en 1837, elle a été construite d'après les plans utilisés lors de la construction de la première maison et sur les mêmes fondations. Une plaque commémorative souligne le séjour de l'homme illustre à l'intérieur de ses murs. Cette magnifique demeure située au coeur du village de Saint-Benoît est le symbole d'une réalité historique nationale. Des rencontres, des discussions, des décisions tenues en ce lieu, en compagnie de son ami Louis-Joseph Papineau et de l'intelligentsia patriote, ont encore des répercussions sur la population de notre pays. Étienne Chartier, un homme passionné et changeantNé en 1798 à Saint-Pierre-de-la-Rivièrp-du-Sud, Étienne Chartier est fils de cultivateur. Après de brillantes études, il est tenté par la prêtrise, mais décide plutôt d'opter pour le droit. Invité par le curé de L’Assomption, il y fonde une école de fabrique reconnue d'une grande valeur par le docteur J.-B. Meilleur, futur surintendant de l'Instruction Publique. Durant cette période, M. Chartier a du mal à supporter constamment la situation déplorable des écoles, due à la mauvaise volonté d'une minorité d'Anglais qui gère le pouvoir. Finalement, après une période de réflexion, Chartier se dirige vers le sacerdoce, ce qui répond davantage à son grand désir de vocation apostolique. Il encaisse un premier refus de son évêque, mais il finit par accéder à la prêtrise. En 1828, M. Chartier est invité par le curé de Sainte-Anne-de-la-Pocatière à lui soumettre un mémoire sur un nouveau système d'éducation basé sur le principe de la liberté et de la promotion de la raison. En 1829, il prend en main la direction du nouveau collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. À l'inauguration, en présence de nombreux dignitaires, il prononce un discours où il en profite pour s'attaquer au petit groupe d'Anglais au pouvoir, responsable de bien des maux de ses concitoyens. Cela provoque une réaction défavorable de la part des journaux anglais; l'incident devient une affaire d'État qui a des répercussions jusqu'au parlement de Londres. Un curé pas comme les autres
à condition qu'il cesse de lutter contre le Conseil exécutif,
qu'il renonce à vouloir donner des pouvoirs accrus aux laïcs
dans la fabrique et à son désir que les curés soient
nommés pour au moins trois ans à la tête d'une paroisse.
Le nouveau curé de Saint-Benoît entre de plein fouet dans l'un des principaux centres d'agitation patriotique du Bas-Canada. Chartier a peut-être résisté à l'attraction de l'appel à l'agitation dans la région, mais à la longue, ses sentiments patriotiques contenus remontent à la surface. Il assiste aux assemblés, prononce des discours en termes violents et va, dans ses sermons, jusqu'à inciter ses paroissiens à la révolte armée. La plupart des curés ont un fort penchant nationaliste, mais craignent une perte de pouvoirs aux mains de la petite bourgeoisie : marchands, médecins, avocats et notaires. Pour contrer l’emprise grandissante du Partie Patriote et affirmer son influence auprès du Gouverneur, Mgr Lartigue publie son fameux mandement du 24 octobre 1837. Cet «ordre écrit » aux curés, précise que les « souverains [représentés par les gouverneurs] sont nommés par Dieu, qu’ils ont un pouvoir absolu sur les hommes et que toute opposition à l’autorité légitime est condamnable ». Certains curés sont réticents mais finissent tous par emboîter le pas, sauf Chartier. Suite à la victoire des Patriotes à Saint-Denis-sur-Richelieu, les Patriotes du nord, sont réellement confiants d’une victoire sur les Anglais. Toutefois, suite à la défaite des patriotes du 14 décembre 1837 à Saint-Eustache, Chartier constate que la cause est vraiment désespérée. Comme la plupart des chefs patriotes les plus impliqués, il s’enfuit vers les Etats-Unis. De là, ils espèrent pouvoir continuer à défendre la cause de la liberté de leur peuple. Mgr Lartigue réplique durement à l’action de son curé ; il institue un procès canonique sur Chartier, avec enquête à Saint-Benoît même, à la suite de quoi il lui interdit la pratique sacerdotale et le déchoit de sa cure. Le curé Chartier, durant ce temps, fait du ministère aux Etats-Unis tout en se joignant aux leaders patriotes en exil quiorganisenet un plan d’invasion du Bas-Canada qui avorte en 1838. Chartier, en 1840,semble plus incliné vers la modération. Au niveau politique et religieux, il se pose de plus en plus de questions sur son option et sa consuite. En 1841, il décide de rencontrer Mgr Ignace Bourget, successeur de Ngr Lartigue ; l’évêque exige de sa part un pardon public. Dons, dans le journal le Canadien du 10 décembre il fait plublier une longue lettrede soumission, de réparation et de rétraction. En voici une courte citation : « Pour conclusion, je désavoue pleinement et entièrement le passé, je rétracte sans restriction tout ce que j’ai pu dire ou faire à l’appui des mouvements de 1837 […] ». Aegidius Fauteux, éminent journaliste et historien, dira de lui « qu’il ne fut peut-être pas d’une profonde sagesse, mais il aima immensément son pays et il lui sacrifia jusqu’à ses meilleurs intérêts ». Revenu au pays en 1845, il est curé à St-Gilles de Lotbinière, lorsqu’il décède la 6 juillet 1853 à l’âge de 55 ans. Sa mort passa presqu’inaperçue dans le public. * L’auteur est Président du Comité des fête du 200e anniversaire de Saint-Benoît.
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