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SUR LA RIVIÈRE DES MILLE-ISLES

Les moulins de Terrebonne

Ce texte a été rédigé par Alice Boileau, urbaniste, à partir du document de la Direction générale du patrimoine du Québec intitulé L’île des Moulins, produit en 1979.


C'est en 1973 que le ministère des Affaires culturelles du Québec attribue le statut de «site historique classé» à l'île des moulins en raison de l'intérêt historique et architectural des lieux. Site enchanteur au coeur du Vieux-Terrebonne dont elle a entraîné la revitalisation, l'île des Moulins ramène le visiteur à l'époque fébrile où les grands moulins étaient au coeur de la vie quotidienne. C'est en effet par l'existence successive de plusieurs moulins que la ville de Terrebonne est née et s'est développée pour devenir aujourd'hui un des meilleurs exemples qui soient de ce qu'on peut faire pour le patrimoine. Nous citons ici les paroles de Denis Vaugeois, alors ministre des Affaires culturelles:
 
Version hypothétique de l'île des Moulins vers 1736.
Source : L'île des Moulins.

[…] Mais au-delà des restaurations et des reconstructions, ce sont des gens qui sont en cause, car les équipements vont trouver de nouvelles fonctions dans la vie quotidienne. Terrebonne est sans doute l'un des meilleurs exemples de ce qu'il faut faire pour le patrimoine: le redonner aux citoyens en fonction des usages qu'ils auront eux-mêmes définis.

Les citoyens de Terrebonne ont toujours considéré l'île des moulins comme un bien collectif et ils ont fait pression pour que cette île au passé historique si chargé soit classée site historique, l'histoire devenant un moyen de promotion culturelle et économique.

Un peu d'histoire

L'exemple de l'île des Moulins nous montre l'importance des moulins sous le régime français et ensuite sous le règne des marchands écossais. Dès 1707, les habitants de Terrebonne obtiennent le permission de construire un moulin «hydraulique» sur la rivière des Mille Isles et dès 1721 on rapporte l'existence d'une chaussée reliant l'île des Moulins à la rive du bourg de Terrebonne. Le seigneur Louis Lepage exploite un moulin à farine et un moulin à scie.

L'arrivée des seigneurs écossais Jacob Jordan et Simon McTavish vont donner, dès 1784, un élan formidable au site qui devient un centre commercial et industriel, lieu de rencontres et d'échanges avec les Pays d'en-Haut. À la tête de la compagnie du Nord-Ouest, McTavish et ses héritiers vont construire de nouveaux moulins à farine, à scie, avec de grands docks sur les lits de roches de la rivière, y ajoutant une boulangerie, des dépendances secondaires. En 1815, Joseph Bouchette rapporte que les moulins de Terrebonne sont les plus complets et les mieux construits au pays. C'est le déclin du commerce des fourrures qui amène le ralentissement des activités. Le site n'est plus fréquenté que par les cultivateurs de la région. Avec l'arrivée de Joseph Masson, la physionomie de l'île se modifie. On ajoute des greniers, une forge, des bâtiments de fermes, de nouveaux mécanismes pour les moulins construits sur la chaussée, un bureau seigneurial, un moulin à carder et plus tard sa veuve fait construire le moulin neuf.

L'île des Moulins ne retrouvera plus son importance d'antan. Les bâtiments se dégradent mais le site conserve son caractère. En 1945, Sylva Lamothe se porte acquéreur de l'ensemble du système des forces hydrauliques. Le site continue de se dégrader pour devenir un centre de baignades et un terrain pour la location de maisons mobiles. Le 22 mai 1974, le ministère des Affaires culturelles acquiert le site par expropriation.

Restauration et reconstruction des bâtiments

Malgré de multiples transformations, le site portait encore les traces de quelques bâtiments d'intérêt, comme un moulin à farine, un moulin à carder et à scie, le bureau seigneurial, la boulangerie et le moulin neuf. Ce sont les bâtiments que l'on décida de restaurer.

Le moulin neuf

Construit en 1850, le moulin neuf est le plus vaste et le mieux situé des bâtiments de l'île des Moulins. Il devait remplacer le vieux moulin à carder qui en 1870 n'existait plus. On y fabriquait des «étoffes et satinettes» pour le fils de Joseph Masson, seigneur de Terrebonne. La vocation textile du moulin est abandonnée et le moulin déserté après l'incendie de 1909 qui devait l'endommager fortement. La reconstruction de la toiture d'origine du moulin neuf, avec une rangée de lucarnes sur chaque versant, fera de ce bâtiment une construction remarquable.

Le moulin à farine

Construit en 1846 en pierres sciées, ce moulin est possède un seul étage du côté de la digue et deux étages du côté du pont. À la fin du XIXe siècle, on ajoute un autre étage recouvert d'un toit en pente comme celui du bâtiment adjacent et du moulin neuf. Sa construction devait entraîner des travaux considérables dans le lit de la rivière des Mille Isles jusqu'à Saint-Eustache afin de garantir un débit d'eau convenable.

Le cas du moulin à farine ressemble à celui du moulin neuf: il s'agit d'une restitution de forme. L'opération la plus importante de la restauration consiste à supprimer le troisième étage et à redonner au toit son angle d'origine.

La boulangerie

Construite dans les années 1800, par des charpentiers et des maçons de Terrebonne, elle avait trois étages et servait à la fois de résidence, d'entrepôt pour le grain et le bois, de lieu de rassemblement. On y fait du pain et des biscuits jusqu'en 1815. Ayant perdu sa fonction originelle, en raison de l'incendie de 1875, elle était dans un piètre état en 1974, mais ses vestiges solides en imposaient la restauration car la boulangerie demeurait le seul bâtiment «d'esprit français.»

Le bureau seigneurial

C'est le bâtiment le mieux conservé. Il présente une caractéristique qu'il faut souligner, celle de son double appareil de maçonnerie. La façade et les deux murs latéraux sont en pierre de taille et la façade ouest en moellon. Ce bureau seigneurial présente une valeur historique incontestable car il constitue un bon exemple de l'architecture urbaine du milieu du XIXe siècle. C'est dans cet édifice que se discutaient et se réglaient les affaires de la seigneurie.

Le moulin à scie

Construit en bois, on sait qu'il fut plusieurs fois incendié, reconstruit et remis en état pour la dernière fois en 1804. Dans les années 1720, l'île des Moulins était reliée à la terre ferme par une chaussée en pierre et en maçonnerie où étaient installés à l'entrée un moulin à farine et, cinquante pieds plus loin, un autre «moulin à eau à deux scies faisant des planches». Au XXe siècle, il y avait toujours un moulin à scie sur cette chaussée, avec ses dépendances. L'île des moulins servait alors de clos de bois. Toutes ces restaurations et constructions vont toucher également les barrages et le pont reconstruit pour être la réplique du pont de bois du XIXe siècle.

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L'île des Moulins devait être un grand projet de restauration historique. Il a entraîné le réaménagement patrimonial du Vieux-Terrebonne. Il reste un exemple magnifique du nouveau concept de conservation du patrimoine qui associe culture historique et tourisme.

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